• - A PROPOS DU DÉBAT SUR LE GRAND RESET

    A PROPOS DU DÉBAT SUR LE GRAND RESET, LES BANQUES CENTRALES, L’AUTOMATISATION , LA DETTE & L’ÉVOLUTION DU CAPITALISME…

     

    Un texte du camarade VG (Et une réponse de TML en fin) :

    Remarques préliminaires sur tes deux derniers textes

    Cher camarade,

     

    Voici quelques remarques (préliminaires) qu'appellent les deux textes très intéressants que tu as publiés récemment (superbes infographies sur la dette). On voit que tu as bien fouillé le sujet. Tu ouvres d'abord beaucoup de pistes, dont je pense avoir commencé à traiter ces dernières années. 

     

    - Tu remarques le transfert de plus-value provenant d'industries délocalisées à basse composition organique. C'est effectivement une tendance lourde inéluctable pour tenter de contre-carrer la baisse du taux de profit. "L'eau s'écoule toujours vers le bas" disent les élites chinoises depuis plus d'une décennie...

     

    - Tu remarques aussi que la hausse de la composition organique du Capital induite par l'automatisation et la robotisation toujours plus poussées tend à faire s'effondrer le taux de profit, voire même à supprimer la production de plus-value.

     

    Ce n'est qu'en partie vrai : la quantité de plus-value extorquée par le travail humain est proportionnelle au degré de la productivité du travail qui dépend en premier lieu du niveau technologique des outils de l'homme. Mais l'outil de l'homme (que ce soit une hâche ou une machine-outil CNC) n'est pas indépendant : il fusionne avec l'homme. Il est à la fois le produit et l'extension de sa main et de son cerveau.

     

    C'est pourquoi le travail accumulé dans tout le processus de production du robot lui-même est du travail productif, qu'il s'agisse de la formation de la main-d'œuvre humaine (depuis l'ingénieur qui conçoit le robot, jusqu'à l'ouvrier qui le manie (ou vérifie l'exécution des tâches).

     

    Le seul contrôle, s'il est nécessaire et ne peut être automatisé, n'en reste pas moins une fraction du travail productif, car conditionnant la production elle-même. En d'autres termes, un travail exclusivement intellectuel peut être productif s'il est contrôlé par le cerveau humain... 

     

    - Le capitalisme tend (sans que ce soit pour le moment réalisé complètement) donc non pas à supprimer la production de toute plus-value, mais à transférer la production de la plus-value de la sphère matérielle à la sphère intellectuelle : l'ouvrier spécialisé est remplacé par le métier à tisser, l'ouvrier qualifié par le robot de soudage, et l'ingénieur peut-être bientôt par l'IA (couplée à l'informatique quantique). 

     

    Et si le capitalisme supprime du travail humain matériel productif par du travail humain intellectuel productif, au final, il peut bien avoir réussi à créer des emplois (débouchés à la consommation) et de la plus-value...

     

    - Il ne faut pas oublier que le capital fixe, les robots les plus perfectionnés également, même si le capitalisme tendra toujours plus à réaliser la production de machines par d'autres machines, nécessitent encore la mise en œuvre de quantités gigantesques de travail humain, depuis la conception des composants et des logiciels (langage d'interface homme-machine), l'extraction des matières premières, l'assemblage des composants, etc.

     

    Et c'est à travers toute cette chaîne que se constitue la plus-value. C'est également cette chaîne complexe qui forme la base des échanges marchands "inégaux" entre marchandises high-tech (incorporant de nombreux intrants fabriqués par une main-d'œuvre bien formée et payée proportionnellement à un standard de vie privilégié) et des gadgets en plastique issus d'industries à bien plus basse composition organique en capital et produits par une main-d'œuvre low-cost...

     

    Et c'est encore elle qui assure à une minorité de nations dominantes une place privilégiée au sommet de la division internationale du travail...

     

    - Notre crise de déclassement et de surendettement actuelle (celle de l'Occident) provient de la réévaluation (comparaison croissante) de ce travail humain de haute technologie par rapport à celui, de valeur d'usage équivalente, mais de valeur marchande bien meilleure marché, de l'impérialisme chinois qui remonte à grande vitesse les niches technologiques longtemps chasse gardées de l'Occident).

     

    Et si ce bastion tombe, alors les ingénieurs, et leur coût de formation avec tout le standard de vie que cela comporte et son impact sur les autres secteurs économiques de la "société de consommation" (commerce, loisirs, etc.) deviennent inutiles, se dévaluent et doivent disparaître...

    C'est je le pense le sens profond du Grand Reset... Tout un pan (le plus gros), de l'économie et des sociétés occidentales est en cours d'effondrement...

     

    - Sur la dette et la spéculation : je crois pouvoir dire que si Marx a parlé du capitalisme individuel qui spécule sur un profit futur, il n'a pour autant jamais affirmé que la société capitaliste dans son ensemble n'était qu'une gigantesque spéculation.

     

    Ce que je veux dire, ce n'est pas qu'une coalition de capitaliste ne puisse pas se lancer dans des actions aventureuses et hasardeuses avec des bénéfices future hypothétiques, mais je veux dire que la dette représente quelques chose de bien réel : et quand nous désignons quelque chose comme de la spéculation (à l'instar des capitalistes eux-mêmes), c'est que c'est quelque chose que nous ne parvenons pas à comprendre et expliquer.

     

    Et si ces encours gigantesques étaient tout simplement le reflet de la hausse de la composition organique du Capital ? De même, le taux d'intérêt versé pour cette dette n'est qu'un reflet du taux de profit moyen.

     

    L'appréciation ce ce taux de profit moyen est faussée par le CAC-40, Nasdaq, etc, qui représentent les hautes technologies et Gafam, jouissant souvent d'une situation de monopole et donc potentiellement d'un taux de profit supérieur aux autres capitalistes...

     

    De ce point de vue, l'encours de la dette publique et des taux d'intérêts servis serait un indice beaucoup plus fiable que les cours de la bourse (représentatifs des leaders)...

     

    - Je pense donc que tu souffres d'une "fétichisation" de la robotique, qui amènerait selon toi à la disparition du travail productif (humain) à relativement court terme, mais qui à mon avis ne tend seulement pour le moment qu'à remplacer (dans la sphère de production matérielle) le travail matériel par le travail intellectuel, à ne faire de l'homme qu'une extension de la machine et de la machine un outil virtuel que l'on peut même ne plus avoir besoin de toucher mais commander à la voix…

     

    De même, un certain fétichisme de la dette, qui n'est qu'un reflet/symptôme indéniablement très utile pour diagnostiquer l'état de santé le capitalisme mais qu'il est vain de vouloir "socialiser" : c'est le reflet de la concentration organique extrêmement élevée de notre capitalisme, doté d'un outil productif au coût prohibitif (quoique considérablement délocalisé dans les branches industrielles traditionnelles), et "grevé" du coût (élevé) et de la durée considérable de formation de la main-d'œuvre (ingénieurs compris).

    De ce fait, je comprends partiellement les réserves formulées par Robert : le but reste la socialisation des moyens de production qui doivent être conçus comme d'office élargis aux centres de R&D, et le prolétariat tend à s'intellectualiser (comme ce serait le cas sous le communisme qui amènerait à l'effacement de la frontière travail manuel/travail intellectuel) dans un cadre évidemment borné et retreint (celui des métropoles impérialistes dominantes). (...)

     

    Sois certain, dans tous les cas, que s'il advient (à la lumière de la lecture des Grundrisse et des débats) qu'il faut réévaluer quoique ce soit pour nous mettre en conformité avec notre réalité contemporaine, nous le ferons !

     

    Mes amitiés

    VG

     

    LIRE AUSSI :

    Paradoxe et suspense économique en 2021: le Capital atteindra-t-il, ou non, le Nirvana par la Dette Mondiale ? Par TML

    –>> https://tribunemlreypa.wordpress.com/2021/01/23/paradoxe-et-suspense-economique-en-2021-le-capital-atteindra-t-il-ou-non-le-nirvana-par-la-dette-mondiale/

     

    Rappel de l’URL de l’article suscitant cette réponse du camarade VG

    >> http://reconstructioncommuniste.eklablog.fr/great-reset-le-banco-centralisme-est-il-un-complot-pervers-video-pdf-m-a205090176

     

     

    La réponse du camarade TML :

     

    Bonjour,
     
    Je souffre simplement du syndrome qui consiste à ouvrir les yeux sur la réalité du monde actuel sans gober les bobards des intellos de service sur l’évaluation de leur propre travail…
     
    Je ne vais pas passer mon temps à citer Marx, qui se serait donc éventuellement complètement gouré, pourquoi pas, mais néanmoins il est donc ici à nouveau nécessaire de rappeler que la plus-value provient du temps de travail directement objectivé dans le processus de production, et qui est évalué comme quantum de travail.
     
    Tout travail est potentiellement productif, et même potentiellement productif de valeur, sous une forme ou sous une autre, mais pas nécessairement productif de plus-value.
     
    Pour soutenir la « thèse » du « travail intellectuel » productif de plus-value sans lien avec le travail directement objectivé dans le processus de production il faut donc renoncer au  distinguo entre travail vivant et travail mort…
     
    Même si tu renonces à ces fondamentaux du marxisme, j’espère néanmoins encore que tu ne renonceras pas à la mise en ligne des Grundrisse, un texte passionnant et utile pour mieux comprendre notre monde.
     
    Ceci dit, Le Capital, Livre I, chapitre 1, suffit pour comprendre ces notions, complétées par d’autres textes également déjà en ligne, même sur « marxists.org » !
     
    D’autres, ici :
    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/09/24/contre-la-vacuite-du-marxisme-universitaire-revenir-a-loriginal/
     
    Ceci-dit, mon propos repose sur ce qui me semble être une approche matérialiste dialectique, et je ne fais donc aucun fétichisme du texte de Marx non plus, et je suis prêt à l’abandonner, également, si tu parviens à élaborer une approche méthodologique et analytique qui soit davantage efficace pour comprendre le monde actuel et son évolution.
     
    Pour l’instant je constate simplement qu’il me fournit une méthode d’analyse rationnelle de tout ce que nous vivons en ce moment, ce qui n’est pas du tout le cas du confusionnisme complet de toutes ces notions qui se dégage de ta réponse, et qui nécessiterait d’être remis au clair point par point, et donc de revenir sur les notions de base quasiment à chaque ligne, à chaque phrase et même, membre de phrase…
     
    Je comprends très bien que tu sois effectivement fatigué par les conditions de travail actuelles, et les efforts que tu fournis en plus pour la cause.
     
    Franchement, il peut donc être nécessaire de faire une pause sur ce qui n’est pas à quelques jours près, et avec le repos, prendre du recul, revenir à ce qui te semble fondamental, que ce soit Marx ou non, de façon à faire un choix d’orientation qui soit suffisamment clair, et donc sur ce sujet, pour ce qui nous concerne.
     
    Bien à toi,
    Bien à vous tous,
    Et bonne journée !
     
    TML

     

    Réponse du camarade VG :

    Camarade, il y a méprise :


    Marx sépare travail vivant et travail mort à l'échelle de la production sociale dans son ensemble, pour comprendre qu'à une étape précise, c'est bien le travail vivant (dans la sphère de production matérielle) qui est le seul facteur de création de la plus-value. C'est selon moi le seul intérêt de cette séparation : prouver que seul le facteur travail intervient dans la création de valeur et non la loi de l'offre et de la demande ou l'utilité marginale (valeur d'usage subjective). Et sinon, et bien il y a peut -être une interprétation dogmatique de Marx, ou qui sait, peut-être même une erreur... 


    Quand une marchandise n'est pas produite en une seule étape mais à partir de nombreux composants nécessitant eux-mêmes une succession de transformations (biens intermédiaires), ce qui n'est de nos jours plus la règle que l'exception, chaque étape où du travail vivant a été ajouté participe globalement à la création de plus-value. Je ne crois pas que le point de vue de Marx soit antagoniste avec cela.

    Tout travail n'est pas productif de valeur : un commerçant et un banquier ne produisent aucune valeur d'usage. Mais un ingénieur travaillant au design d'une puce électronique fournit bel et bien un travail vivant productif de plus-value à une étape donnée (un travail essentiel sans lequel la puce en question n'existera jamais), même si ce travail est absolument immatériel (tant que la dite puce n'a pas été fabriquée).

    La même chose vaut pour un programmateur qui conçoit les logiciels formant l'interface homme-machine : ces marchandises immatérielles s'incorporent ainsi... dans la sphère de production matérielle dont elles deviennent une fraction. (Marx n'a pas connu l'informatique et n'a je crois jamais envisagé l'existence d'une interface homme-machine).

    Et au risque de te choquer, je vais même aller plus loin : Marx ayant démontré que l'homme étant lui-même une marchandise (sa force de travail), la production de l'homme est elle-même un travail productif (et même le plus capital !) : les professeurs formant des ingénieurs qui iront travailler dans l'industrie mécanique font donc aussi un travail productif en produisant la marchandise force de travail hautement qualifiée (tant qu'elle s'objective ensuite dans la sphère de reproduction matérielle, car si l'individu formé finit éboueur, sa formation est sans objet ...)

    Et c'est ce travail ultra-qualifié, dont la propriété intellectuelle est une partie essentielle, qui permet à mon avis de comprendre bien des choses sur l'impérialisme, depuis la domination technologique de long terme d'une minorité de pays situés au sommet de la chaîne de valeur industrielle à la quantité faramineuse de dette accumulée... L'Homme, le Capital le plus précieux, disait Staline...

    De même, Staline a insisté sur le fait que sous le socialisme était produite une autre espèce de marchandise, qui en revêt la forme (l'enveloppe extérieure et la transaction marchande), sans pour autant aboutir aux phénomènes destructifs que la circulation marchande occasionne inévitablement sous le capitalisme, et il a conditionné cela à l'exclusion des moyens de production de la sphère de circulation marchande, c'est-à-dire la socialisation des moyens de production et donc l'absence de classe exploiteuse détournant une fraction du produit social).

    Marx n'a à ma connaissance pas parlé du caractère de cette production marchande modifiée et transitoire sous le socialisme. Et si Marx, quelque brillant qu'il fût, n'avait pas TOUT découvert, parce limité par le cadre historique borné et des connaissances scientifiques de son époque ? Ce serait compréhensible si on fait sienne la théorie (léniniste) de la connaissance qui inclut une part de relativité (Cf. Matérialisme et empiriocriticisme)... 

    Ce n'est là qu'une interrogation et nous reparlerons de tout cela après l'étude des Grundrisse... Et s'il advient que je me suis trompé, eh bien je ferai mon autocritique !


    Amitiés

     

     

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    LIRE AUSSI :

     

    Les « Grundisse » de Karl Marx - Sur l’automatisation et la robotisation, par Recocom

    >> http://reconstructioncommuniste.eklablog.fr/les-grundisse-de-karl-marx-sur-l-automatisation-et-la-robotisation-par-a194262154

     

    - Merveilleux monde d’après : face à l’émergence du banco-centralisme, quelle forme de résistance ?

     

    >> « Merveilleux » Monde d’Après : face à l’émergence du banco-centralisme, quelle forme de Résistance ?

     

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