• - A PROPOS DU MAOÏSME ET DE LA CHINE: UN NOUVEL ÉCHANGE AVEC M. DRWESKI

    - A PROPOS DU MAOÏSME ET DE LA CHINE: UN NOUVEL ÉCHANGE AVEC M. DRWESKIReçu de M. Bruno Drweski

    « Dans votre analyse du « maoisme », vous négligez la vision à long terme par rapport au court terme et le fait que l’histoire a démontré que l’on ne peut passer au socialisme sans passer par l’étape du capitalisme (sur ce point, alors que les bolcheviks avaient raison sur le court terme et sur le très long terme, l’histoire de l’URSS et des autres pays socialistes, Chine comprise, a démonté que les mencheviks avaient raison sur le moyen terme, de la NEP à Gorbatchev, aux politiques chinoise et cubaine actuelles). L’idéal réaliste étant un capitalisme contrôlé par un Etat où le prolétariat et la légitimité prolétarienne gardent un « droit de veto » avec une vision « étatiste » permettant de garder le cap pour le long terme, en s’appuyant en plus sur un système d’éducation et une superstructure enseignant la supériorité du socialisme sur le capitalisme à terme. Rien n’est cependant tranché d’avance et cette voie étroite peut mener vers les dérives gorbatchéviennes ou néo Zhao Ziyang (« Tien an men » 1989).

     

    Dans ce contexte, la seule chose possible pour un partisan du prolétariat est de garder en vue le long terme malgré des concessions sur les court et moyen termes, ce qui nécessite des campagnes visionnaires d’éducation politique, comme celles de la révolution culturelle proprement dite (1966-68) mais aussi comme celles contre le « droit bourgeois » des années 1971-76 qui prouvent que l’on n’avait pas renoncé aux acquis de la révolution culturelle à l’époque, et donc que Mao n’avait pas trahi en cautionnant la création des comités révolutionnaires après la tentative impossible de la Commune de Shanghaï. Aujourd’hui, sous la direction de Xi Jinping, le PCC en tenant compte des rapports de force existant dans la société chinoise (rapports entre bourgeoisie compradore, bourgeoisie nationale, prolétariat et petite bourgeoisie ; rapports entre la Chine et l’impérialisme mondialisé ; rapports entre la Chine côtière plus tournée vers le commerce international et la Chine de l’intérieur plus tournée vers le marché intérieur), réhabilite par petites touches certains éléments au moins de la révolution culturelle, ce qui démontre que les principes révolutionnaires vivent toujours dans la société et au sein du Parti communiste où une lutte de classe se déroule. Le problème étant de ne pas pousser la bourgeoisie nationale et la petite bourgeoisie parvenue dans les bras de la bourgeoisie compradore tout en donnant aux forces prolétariennes les moyens de participer aux décisions politiques. 

    Mao, en raison de la pression impérialiste (Viet-nam, Cambodge, Laos, Corée) et du conflit armé avec l’URSS révisionniste en 1969 soutenant l’Inde voisine ‘social-démocrate’ du parti du Congrès contre la Chine, ne pouvait pas ne pas voir la menace extérieure mortelle qui pesait sur la Chine, il devait donc manoeuvrer à l’échelle internationale, qui ne pouvait qu’accompagner un certain recul tactique idéologique intérieur, ce qui avait, par la force des choses, un impact sur la question du pouvoir sur la scène intérieure où la bourgeoisie nationale marginalisée, voire éliminée de toute influence pendant la période 1966-69, exigeait des concessions pour prix de son appui renouvelé à l’Etat, comme elle l’avait fait en 1949. C’est là l’essence des conflits entre « les quatre » et Lin Biao (qui tendait vers un compromis avec l’URSS révisionniste) puis entre « les quatre » et Deng Xiaoping (qui tendait vers un compromis avec le capitalisme impérialiste US…). Mao, vieillissant, arbitrant ces luttes de classe sans jamais être en état de trancher définitivement vu l’état du rapport de force dont il n’était évidemment pas le maître …car ce n’était pas un dieu ! Même après la victoire de Deng (1976-78) pourtant, la faction « maoiste » n’a jamais disparu de la scène, ce qu’on peut constater aujourd’hui en lisant les polémiques politiques qui se déroulent dans les organisations du Parti communiste, dans les écoles du Parti et plus largement dans les médias chinois. Le « culte de Mao » qui se maintient en Chine, à la base de la société, est utilisé par les partisans de la ligne prolétarienne pour s’affirmer contre les déformations bourgeoises, et même les fractions les plus droitières ne peuvent ouvertement s’y opposer car elles savent qu’elles iraient à l’encontre des désirs populaires et qu’elles scieraient aussi la branche sur laquelle elles sont assises face à l’impérialisme US qui est en guerre contre les intérêts bourgeois nationaux et prolétariens (nationaux) chinois. Le peuple chinois, en bon praticien matérialiste, sait que la légitimité et la pensée maozedong résumant et prolongeant le marxisme-léninisme est une arme entre ses mains, ce qui explique pourquoi il ne l’a pas laissée tomber après 1978, malgré les tentatives des fractions droitières du Parti de la dénigrer.

    On ne doit donc jamais, pour ne pas être éjecté du train de l’histoire, s’attaquer au drapeau rouge de Mao comme par exemple l’ont fait les partisans de Enver Hoxha qui, eux, ont été définitivement éjectés du train de l’histoire. En Chine, la lutte de classe se déroule au sein d’une superstructure toujours socialisante et d’une base économique qui l’est en partie, en Albanie, la lutte des classes est totalement désorganisée car elle a perdu toute base organisationnelle, idéologique et politique, à cause de l’aveuglement nationaliste, sectaire et bureaucratique de Enver Hoxha après 1976, puis de son successeur. A Cuba, la lutte des classes se déroule au sein d’un Etat socialisant, comme en Corée et au Viet-nam ou au Laos. Il faut donc bien sûr réanalyser l’étape de la révolution culturelle mais aussi celle de la campagne « Pi Lin pi Kong ! » (Dénonce Lin Biao, dénonce Confucius !) d’après 1971 et celle contre le droit bourgeois peu après, qui ont laissé des traces profondes dans la conscience du peuple chinois. Et replacer tout cela dans le long terme …dans le très long terme, car la lutte des classes se déroule sur plusieurs générations et l’histoire ne peut s’accélérer d’un coup de baguette magique comme le rêvaient certains révolutionnaires prolétariens radicaux en 1966, empruntant en fait sans en être conscient un chemin qu’avaient déjà tenté d’emprunter les trotskystes à la fin des années 1920. Si le trotskysme n’a pas réussi à s’implanter dans les masses d’aucun pays, comme le « hoxhaisme » plus tard, alors que le maoisme résiste lui d’une certaine façon visible, dans de nombreux pays (Inde, Népal, Pérou, Philippines, Belgique, Russie, Turquie …Chine !!!), il y a là « un signe pour ceux qui réfléchissent » …Mao a constitué une leçon historique magistrale de lutte des classes à l’intérieur du socialisme, mais ce n’est pas un dieu, ce n’est qu’un instrument de progression historique qui a montré le développement et les contradictions de la révolution prolétarienne.

    A ce titre, même les antimaoistes l’étudient comme un « danger lucide et respectable » car eux comprennent les vrais enjeux en tant que classe dirigeante. …alors, le côté révolutionnaire doit lui aussi s’emparer de ses avancées, comme nous admettons le faire avec Rosa Luxemburg et Lénine, pourtant opposés sur des points fondamentaux, mais dans le cadre d’une même dynamique révolutionnaire. Soyons au moins envers la pensée Mao aussi créatifs et imaginatifs que Léninele fut face à Luxemburg, lorsqu’elle était vivante et lorsqu’elle a été assassinée et qu’ll a donné comme consigne d’éditer en Russie en pleine guerre civile la totalité de ses oeuvres, y compris celles polémisant avec lui ! Luxemburg a eu raison sur le long terme mais pas sur le court terme …il en va un peu de même avec Mao …la différence étant que Luxemburg ne participait pas au pouvoir alors que Mao en constituait un élément clef, d’où des contradictions par la force des choses moins palpables. Sachons utiliser la méthodologie matérialiste et refusons le culte magique des chefs révolutionnaires ou des …anti-chefs !

    Les cultes magiques peuvent parfois être justifiés ou tout au moins compréhensibles comme étape, comme ce fut le cas au début de la révolution culturelle, mais au final, il faut savoir les relativiser …ce que Mao a lui-même tenté de faire dès la chute de Lin Biao !!! …alors même que les masses continuaient …et cela jusqu’à aujourd’hui à le célébrer de manière symbolique et quelque part « magique ». La ‘magie religieuse’ apparaît nécessaire aux masses qui s’attachent aux ‘messages prophétiques’ en période de « basses eaux » révolutionnaires, mais, fondamentalement, c’est parce qu’elles utilisent la méthodologie matérialiste dans leurs luttes et opinions concrètes.»

    Salut et Fraternité ! 

    BD

    RÉPONSE TML

    Bonjour,

    Tout d’abord, je tiens à vous remercier pour l’effort d’apporter enfin au débat une contribution qui a au moins le mérite, rare ces temps ci, d’une relative cohérence interne. Néanmoins il apparaît d’autant plus clairement que cette cohérence interne repose sur un certain nombre de postulats dont il est nécessaire de contrôler la relation avec la réalité si l’on devait vouloir déduire une ligne politique correspondant à cette cohérence apparente.

    Établir une ligne politique est une affaire de choix à faire en fonction des objectifs, eux mêmes déterminés par l’analyse et l’orientation idéologique qui y préside.

    Par orientation idéologique, je n’entends nullement aucun préjugé idéologique, ni même aucun héritage idéologique, si ce n’est celui des fondamentaux, en tant qu’outils de recherche et d’analyse, et dans la mesure où ils sont constamment étalonnés à l’épreuve des faits et de l’évolution du réel.

    A partir de l’analyse et de la définition des objectifs, il devrait pouvoir, par contre, se former une idéologie nouvelle, correspondant à la réalité de notre époque, et ouvrant une voie révolutionnaire prolétarienne appropriée aux conditions actuelles, c’est à dire une expression actuelle du marxisme-léninisme.

    Le constat manifeste est que l’on est encore loin d’une telle situation.

    Une des questions que pose notre débat, c’est la validité du maoïsme en tant qu’idéologie révolutionnaire prolétarienne.

    La difficulté apparente réside dans la confusion intrinsèque introduite par cette doctrine elle-même.

    Le maoïsme prétend clairement, avec son concept fondamental de « démocratie nouvelle », établir une « troisième voie » entre capitalisme et socialisme, avec un « troisième type » d’État, qui ne serait ni capitaliste ni socialiste, mais doté d’une nature de classe « interclassiste », qui n’a pas, selon cette « théorie », de nature de classe déterminée, ni bourgeoise, ni prolétarienne.

    Or, si l’on veut bien accepter que l’idée est bien de dépasser le stade féodal, et non d’y revenir, il n’y a clairement pas d’alternative, et ce « raisonnement » outre le fait d’être une forme particulièrement grossière et grotesque de révisionnisme, ne correspond donc à aucune forme de réalité concrète et doit donc nécessairement correspondre à l’une ou l’autre de ces deux réalités essentielles en matière de nature de classe possible d’un État moderne.

    Bien évidemment, chacune de ces deux réalités essentielles des États modernes n’est pas univoque et recouvre encore un grand nombres de possibles, et pour des raisons assez évidentes dans l’un comme dans l’autre cas.

    Le socialisme est, par définition, une société de transition entre capitalisme et communisme, et doit donc assurer la transformation révolutionnaire de l’un à l’autre. Il est donc normal, comme nous l’explique Marx qu’il porte encore, et surtout à ses débuts, les stigmates du capitalisme, et ne peut donc en effacer toutes les traces du jour au lendemain.

    Les formes subsistantes du capitalisme dans les premières phases de la transformation socialiste ne peuvent donc être déterminées ou choisies de manière arbitraire. Elle sont la résultante de l’évolution propre de chaque pays, mais néanmoins il est évidemment essentiel de les réduire autant que possible, et non pas de les développer, si l’on veut parler de socialisme. Cela suppose donc de développer également autant que possible un secteur économique véritablement socialiste, c’est dire planifié en fonction des besoins sociaux réels recensés, et non en fonction de la loi du marché. Dans ce secteur, le principe économique des échanges est celui de la valeur-travail, des quantum de travail nécessaires évalués par le plan, et non la loi du marché.

    Dans une première phase du socialisme, l’existence d’un tel secteur socialiste n’est pas forcément incompatible avec une survivance du capitalisme d’État, mais il s’agit bien là de deux secteurs économiques distincts et la domination du secteur économique socialiste ne peut clairement être assurée que par la dictature du prolétariat.

    Si l’on veut parler de la Chine actuelle et de sa prétention affirmée au socialisme, dans sa constitution, sur la base d’une « dictature démocratique ouvrière et paysanne » le décalage apparaît déjà comme énorme entre de telles prétentions et la réalité.

    Même s’il reste une partie d’adhésions prolétariennes au PCC, l’évidence est bien que ni la classe ouvrière ni la paysannerie n’y sont les classes dominantes.

    De plus, cet état de fait n’est pas nouveau ni même récent et la classe ouvrière, à l’époque où Mao définissait son concept de « démocratie nouvelle », était déjà ultra-minoritaire au sein du PCC.

    Il existe encore manifestement un secteur capitaliste d’État, en Chine, mais tout aussi manifestement et en aucune façon, un secteur économique socialiste, jusqu’à preuve du contraire, et pour cause…

    Et de plus, ce secteur capitaliste d’État lui-même est en voie de régression constante, et s’il concerne encore des secteurs économiques importants, il est également directement corrélé en interdépendance avec le capitalisme financier et les marchés boursiers. C’est un état de fait typique du capitalisme monopoliste d’État, et non du socialisme.

    Il est donc vain de parler de la Chine actuelle comme d’un pays socialiste, et du reste, vous ne semblez pas non plus accréditer réellement cette idée, mais simplement tenter d’y voir des « restes de socialisme », ce qui impliquerait que la Chine ait connu une telle phase auparavant…

    Vous parlez d’ « une superstructure toujours socialisante et d’une base économique qui l’est en partie »… Or, vous en conviendrez, parler d’une « superstructure toujours socialisante » qui ne reposerait sur aucune base correspondante est effectivement un concept purement ésotérique et il vous reste donc à trouver les éléments d’une « base économique qui l’est en partie »… Sans même préjuger du « socialisme en partie », cela ne semble pas se trouver dans le livre de M. Herrera non plus, suite au récent débat, mais peut-être avez vous de meilleures sources ? C’est ce que j’ai sollicité de votre part dans notre précédent échange et je reste disposé à publier et à débattre de ce que vous voudrez bien m’envoyer à ce titre !

    Selon vous, également, comme selon la plupart des maoïstes, « Mao a constitué une leçon historique magistrale de lutte des classes à l’intérieur du socialisme »… Ce qui est une affirmation que la Chine était « socialiste » au moment de la GRCP. Or, constitutionnellement parlant, elle était toujours sous le régime de la « Démocratie Nouvelle », jusqu’en 1975, ce que ne contredit pas la republication, en 1967, des textes anciens de Mao, et notamment, « De la juste solution des contradictions au sein du peuple », même si ces textes, comme d’autres, plus récents à l’époque, parlent déjà également de « socialisme » et même de « dictature du prolétariat » qu’il faudrait défendre contre ses ennemis de l’intérieur, notamment.

    Or à quel moment réellement le prolétariat est-il supposé avoir pris le pouvoir ? A quel moment la « Démocratie Nouvelle » est-elle supposée avoir cédé le pas à cette « dictature du prolétariat » ? Le flou et le double langage constants des différents dirigeants rend ce passage à peu près indiscernable… 

    La simple « nationalisation » des principales industries suffirait-elle à caractériser ce passage ? C’est ce que tend à affirmer le camarade Viriato, dans un long débat que nous avons au fil des différents articles sur le sujet… Or, très concrètement, ce n’est pas ce qui était le vécu ressenti et exprimé par le prolétariat à l’époque même de la GRCP, et notamment pas, dans le Hunan, comme le montre l’histoire de Shengwulian.

    Ce qui a entraîné l’ampleur des mouvements de masse prolétariens, qui ont dépassé les affrontements puérils mais violents entre bandes de gardes rouges semi-officiels, c’est donc bien un sentiment de lutte de classe, et de lutte de classe contre l’essentiel de la bureaucratie considérée comme une nouvelle bourgeoisie « rouge », et pas seulement un quarteron de dirigeants hostiles à la personne et aux choix politiques de Mao Zedong.

    C’est manifestement ce que Mao Zedong n’avait pas anticipé et qui l’a amené rapidement à adopter la stratégie réactionnaire des « Comités révolutionnaires de triple alliance », à partir de la brève « Commune de Shanghai », puis une attitude carrément et violemment répressive, dès le début de 1968.

    La mort de Mao, en 1976, marque certainement un tournant dans le rapport de forces entre les factions en lutte pour le pouvoir, mais pas une évolution décisive en matière de politique internationale, et notamment dans la Kollaboration avec l’impérialisme US, clairement et franchement inaugurée au tournant des années 1971-72, par Mao lui-même, et aussitôt matérialisée par la vente de parts sur l’industrie nationale au capital US, via Hong Kong et le système des « Red Chips », toujours en fonction, du reste.

    Parler du révisionnisme du PCUS, c’est évidemment une des réalités consternantes de cette époque, mais la nature de classe des deux régimes, révisionniste maoïste et révisionniste soviétique, ne souffrait jusque là, en réalité, que de l’opposition de deux formes de nationalisme et de social-chauvinisme, et non pas réellement de deux natures de classe différentes, même si la formation de ces deux bourgeoisies nationales-bureaucratiques a effectivement été la résultante de deux histoires tout à fait différentes, contrairement à une idée reçue et entretenue par l’idéologie et les médias bourgeois, même « de gauche ».

    L’option de Lin Biao pour un rapprochement avec l’URSS révisionniste, si avérée, eut donc été un pis aller, dans ce contexte, pour maintenir au moins l’unité anti-impérialiste des différentes bourgeoisies nationales, à défaut de front prolétarien, déjà en voie de reflux, à cette époque.

    D’une autre manière, mais assez efficace, c’est la Russie de Poutine, aujourd’hui, qui joue ce rôle de catalyseur des résistances nationales bourgeoises, sans pour autant entretenir d’ambiguïté sur sa nature de classe, ce qui est donc un point plutôt positif, en réalité, en permettant d’éviter le confusionnisme induit par la doctrine maoïste de « Démocratie Nouvelle », qui, effectivement, entretient encore des illusions, ici, et là, tout en menant à des échecs, également, jusqu’à présent.

    La question d’un front uni anti-impérialiste reste donc posée, mais elle ne saurait être résolue en termes maoïstes, au vu de l’expérience.

    En termes ML, la dialectique d’unité tactique possible avec une bourgeoisie nationale progressiste éventuelle, en fonction des circonstances concrètes, est suffisamment établie et se distingue précisément du confusionnisme maoïste. Tant que le prolétariat n’a pas pris le pouvoir en tant que classe dominante, une alliance de classes anti-impérialistes au pouvoir ne peut constituer ni la base ni la superstructure d’un prétendu « socialisme », sauf, précisément, à duper les masses, à sombrer dans le révisionnisme, et finalement, à aboutir à un échec, non seulement en termes de « socialisme », mais aussi en termes d’indépendance vis à vis de l’impérialisme, et c’est bien là l’une des leçons de l’expérience chinoise, avec celle de la mutation d’une bourgeoisie nationale-bureaucratique en bourgeoisie comprador et monopoliste d’Etat, à la suite.

    En tant que seconde puissance financière mondiale, le statut actuel de la Chine en termes de stade de développement du capitalisme ne laisse place à aucun doute, à l’évidence, et vouloir même encore y voir le pouvoir d’une « bourgeoisie nationale » relève de l’aveuglement, à la rigueur encore possiblement attribuable à la foi religieuse en la doctrine maoïste de la « Démocratie Nouvelle », « bénéfice du doute » que je veux bien vous accorder pour ne pas envenimer davantage cette polémique.

    Pour finir, vous évoquez, pêle mêle, Trotsky, Luxemburg et Hoxha, encore trois autres histoires différentes et sans rapport direct avec notre sujet.

    Rapidement, si Trotsky a tenté de se poser en leader de « gauche » durant les années 20, c’était nettement par manque d’un autre créneau où se placer, vu la contradiction entre ses options économiques et celles de l’ « opposition de gauche » de ce moment. La suite et l’étude de ses écrits montrent pourtant que son « programme de transition » était bien de même nature que d’autres tentatives de « troisième voie » entre capitalisme et socialisme et constituait, précisément, le prototype du concept de « socialisme de marché », comme l’a établi lui-même un de ses partisans de la première heure de la « 4ème internationale », Michel Raptis.

    Rosa Luxemburg ne sert plus que de « caution idéologique » aux néo-gauchistes, ce qui, malheureusement, ne fait pas honneur à cette grande dame, dont la mémoire mérite mieux ! Hoxha a courageusement fait les premiers pas, fort utilement, dans la dénonciation du révisionnisme maoïste, mais il n’a effectivement pas su trouver la voie de l’unité anti-impérialiste qui lui aurait permis de désenclaver son pays, et, peut-être, d’en sauver au moins l’indépendance, comme l’ont fait Cuba et la RPDC.

    Voilà ce qu’il m’a semblé utile de repréciser et de résumer, dans l’attente d’éléments concrets, de votre part, qui valideraient la qualification socialiste de la Chine.

    Bien à vous,

    Amicalement,

    Luniterre

    Source : https://tribunemlreypa.wordpress.com/2019/07/11/a-propos-du-maoisme-et-de-la-chine-un-nouvel-echange-avec-m-drweski/

    « - JANVIER 1968, RÉVOLUTION « CULTURELLE » DANS LE HUNAN : LA GAUCHE PROLÉTARIENNE ÉCRASÉE PAR LE POUVOIR MAOÏSTE !- MAO – LIN BIAO, LE PREMIER CRASH D’UN MYTHE »
    Partager via Gmail Yahoo!

    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :