• - ALGÉRIE : La mobilisation populaire face aux enjeux de ses succès : synthèse au regard du contexte international et des développements internes.

    Un très intéressant article sur la situation mondiale, les risques d'embrasement et l'évolution de la lutte du peuple algérien...

    Par Mohamed Bouhamidi

    - ALGÉRIE : La mobilisation populaire face aux enjeux de ses succès : synthèse au regard du contexte international et des développements internes.Cette synthèse est la transcription d’une conférence suivie d’un débat sur la situation actuelle dans le monde et dans notre pays.  Elle est volontairement restée proche du style de la conversation. Notre choix est en réalité une attente que des lecteurs intéressés puissent noter les insuffisances et les point faibles ou à développer, pour que ce débat serve à une sorte de texte instituant une vision commune de plusieurs Algérien(ne)s attaché(e)s à l’héritage du courant révolutionnaire qui a libéré notre pays.


    Bien sûr ce débat révèle que les intervenants considèrent que nous sommes toujours dans la phase de la révolution nationale, dans la phase de la libération nationale. La mobilisation populaire actuelle en est un flux nouveau, puissant, marqué cependant par des exigences sociales et démocratiques.

    Ces exigences sont les signes précurseurs d’une conscience plus grande que la libération nationale ne peut réussir sans rupture avec le capitalisme à son stade impérialiste, qui a généré le colonialisme.

    Si la question sociale reste seconde, elle apparaît cependant comme condition nécessaire, aujourd’hui, à la réussite de cette nouvelle phase de la libération nationale.

     

    I - Un contexte international de crise, d’agressivité impérialiste accrue, de guerres de basse intensitémais élargies :

    Les sanctions U.S contre l’entreprise chinoise Huaweiont ont révélé que la guerre commerciale entre les USA et la Chine est de niveau planétaire. Il s’agit, non d’un fait nouveau, mais d’un nouveau palier dans une confrontation déjà ancienne et multiforme, qui a embrassé tous les domaines possibles de la contrainte US : propriété intellectuelle, espionnage industriel, lutte pour la conquête des marchés, confrontation entre les rentes de situation coloniale des puissances occidentales et la conquête, par l’investissement chinois, de nouvelles parts de marchés sur tous les continents, y compris en Europe et aux USA (et, secondairement, par l’investissement indien, brésilien, etc.).

    Cette ligne de confrontation générale a pris des formes souterraines ou violentes avec destruction d'États, voire de pays comme en Libye, en Irak, au Yémen comme auparavant en Yougoslavie. Guerres inédites, dénommées de quatrième ou de cinquième génération, elles mobilisent toutes les formes possibles de violences et d’influences. Le but fondamental est de ne laisser, devant l’expansion de la globalisation et de la domination d’un  capitalisme financiarisé en crise permanente et croissante, aucune des formes sociales de résistances réelles, de la simple famille aux États nationaux et encore plus les grands États nationaux.


    Cette crise et cette agressivité ont mené aux révolutions de couleur mais aussi à des  campagnes militaires qui couvrent aujourd’hui, directement ou indirectement, une grande partie de notre continent et de l’Asie du Sud-ouest ou du Sud-est.Elles menacent aujourd'hui l'Amérique Centrale et la Caraïbe (Venezuela, le Nicaragua, Cuba) et la Bolivie.

    Les sanctions contre l’entreprise Huawei vont étendre cette confrontation aux pays amis des USA.Le développement de la 5G aurait donné à la Chine un atout décisif dans le dépassement de la supériorité d’innovation et d’invention technologiques qui faisait la suprématie des USA.  Ils viennent de perdre en dehors aussi de cette 5G ce facteur de suprématie  technologique qui leur laissait croire en une solution militaire « sans grand risque » pour ramener la Chine au rang de manufacture et lui interdire toute marche vers le statut de grande   puissance et d’économie dominante dans le plus proche futur. Le blocage du développement de la Chine justifie le blocage des puissances amies des USA à accéder à cette 5G, confirmant ainsi que la crise de l'impérialisme l'a amené dans une phase d'involution et de dégénérescence.

    Bien entendu, le projet de « Une route, une ceinture » va concentrer sur son parcours et ses points nodaux plusieurs pays africains.Le Sahel, du Soudan au Golfe du Niger – incluant notre pays – est sur cette trajectoire stratégique, en plus des richesses fabuleuses de cette ceinture.

    Cette agressivité accrue de l’impérialisme va s’élargir et certainement épouser la « route et la ceinture », mais rien ne leur garantit le succès depuis leur échec en Syrie, grâce à la naissance de l’alliance militaire Russie – Syrie – Iran – Irak, avec en arrière plan une Chine discrète mais active.

     Les tentatives américaines de déstabiliser le Venezuela ont connu leur dernier développement dans l’échec lamentable d’une tentative de coup d’Etat contre Maduro, orchestrée par la CIA via sa marionnette locale, Juan Guaido, et des mercenaires locaux appuyés de professionnels de Blackwater. 

    La fidélité du peuple et de l’armée au gouvernement démocratiquement élu, ainsi que l’appui logistique et tactique sino-russe, ont déjoué jusqu’ici les tentatives de "regime change" américaines, malgré tout l’arsenal déployé de la guerre non conventionnelle, allant des sanctions économiques aux sabotages (dont le blackout de 80% des installations électriques du pays), en passant par la reconnaissance internationale de la marionnette citée plus haut.

     

       L’hubris américain, aiguillonné par les duettistes Pompeo et Bolton, n’en continue pas moins ses sinistres foucades, et tourne ses feux vers l’Iran. Perdant de vue que l’Iran n’est pas l’Irak, et que le contexte des alliances internationales en 2019 n’est plus celui de 2003, les USA menacent d’entraîner le monde dans une troisième guerre mondiale militarisée.

    L’Iran a d'emblée prévenu qu’il considèrera toute attaque lancée depuis un pays du Moyen-Orient comme une déclaration de guerre dudit pays, et a assuré qu’il n’hésitera pas à riposter et à porter le feu chez l’ennemi. Encerclé par les bases américaines en Irak, Arabie Saoudite, Sultanat d’Oman, et en Afghanistan (ainsi que d’autres pays peut-être moins enclins, suite à un rééquilibrage des alliances, à servir de base de lancement à une agression US, comme le Pakistan et la Turquie), l’Iran est déjà sur le pied de guerre, notamment depuis la classification du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique comme organisation terroriste, prétexte usé jusqu’à la corde de la lutte US contre « le terrorisme ».

       Au-delà de l’aspect psychopathologique des faucons américains, l’enjeu de ces guerres froides qui menacent de s’embraser reste la maîtrise des routes de l’énergie, et la mainmise sur le marché du gaz, qui passe par la mise sous dépendance totale de l’Europe au gaz américain, et donc le sabotage, notamment, de l’alternative russe. Par ailleurs, la guerre commerciale avec la Chine continue de faire rage, avec l’échec des négociations sino-américaines et l’augmentation des droits tarifaires de chaque partie sur les marchandises de l’autre.

    Dans une récente mise à jour de sa vision des guerres hybrides, Andrew Korybko écrit que « l'objectif principal derrière chaque guerre hybride est de saboter les projets multipolaires d'infrastructures connectives et transnationales à travers la fomentation, à l'intérieur de chaque pays partie prenante de ces projets, de conflits ethniques, religieux, régionaux ou politiques ».

       Même si elle n’est pas clairement formulée, à l’intérieur de cette définition se trouve aussi comme cible et objectif le contrôle des routes stratégiques (routes et détroits commerciaux, pipelines cruciaux pour la sécurité énergétique, etc.).

    Après de multiples succès dans la destruction ou la balkanisation de pays pour la maîtrise de zones stratégiques (comme le partitionnement du Soudan en vue de contrôler la route de l’eau), l’essoufflement de cette martingale commence à se faire sentir, à travers les échecs de plus en plus patents essuyés dans divers pays cibles. Si le cas le plus retentissant semble être la Syrie, le fiasco le plus complet s’observe au Yémen, état parmi les plus pauvres du monde, mais dont les populations non insérées dans la mondialisation, à l’économie de subsistance non extravertie et basée sur une production encore en grande partie domestique, font preuve d’une résistance héroïque face à la coalition menée par l’Arabie Saoudite.

    II -Dans ce contexte hautement délétère, quid de l’Algérie ?

        L’Algérie, en tant que potentielle puissance régionale, de par son histoire, ses ressources naturelles, sa position géographique et le non alignement de son armée aux injonctions impérialistes, constitue une cible évidente pour les apprentis-sorciers du regime change. Le projet de démantèlement de l’Etat-nation algérien a été mis en court dès les années quatre-vingts, avec le déclenchement du processus de désarmement industriel, politique et culturel, qui s’est concrétisé dans le démembrement et le bradage des entreprises publics au profit d’oligarques fabriqués de toutes pièces, à l’ombre d’une guerre non conventionnelle planifiée et fomentée notamment par les officines britanniques, grandes spécialistes de l’ingénierie de la monstruosité (dont le machiavélisme s’illustre de la manière la plus éclatante avec la fabrication de l’entité sioniste).

    Au sortir de la décennie noire, l’arrivée au pouvoir de Bouteflika s’est caractérisée par l’aggravation du désarmement global cité plus haut. Sur le plan économique, la panacée des IDE s’est avérée une escroquerie complète, malgré tous les cadeaux et facilitations octroyés aux multinationales. L’embellie financière due aux cours très hauts des hydrocarbures a laissé dans la perception des Algériens l’image d’un immense gâchis : malgré les réalisations notables d’infrastructures (logements, accès à l’eau), une redistribution sociale (crédits aux TPE), et la liquidation anticipée de la dette envers le FMI, ces accomplissements ont été perçus comme très en dessous de l’immense potentiel de développement que représentait cette embellie financière, à fortiori lorsque le détournement du plus gros de cette manne a commencé à sauter au yeux du public à travers les multiples scandales qui ont éclaboussé l’oligarchie, dont la privatisation de l’état à son profit a été très justement diagnostiquée dans le slogan : « Une république, pas une monarchie. »

         A partir de 2013, la chute des cours du pétrole, en amenant la paupérisation et le déclin du pouvoir d’achat des couches populaires et moyennes, jusque chez les cadres, a rendu plus aiguë la perception, chez le peuple algérien, de cette mainmise d’une caste sur les richesses du pays à travers le pouvoir d’Etat.

    L’inféodation de cette caste à la domination étrangère, savamment exhibée par ces mêmes dominants comme moyen de pression pour obtenir plus de concessions, a profondément heurté le sentiment patriotique des couches populaires.

         Non contente de piétiner la sensibilité nationale du peuple algérien, la caste au pouvoir a poussé l’ignominie jusqu’au fétichisme maraboutique : la farce des hommages à l’effigie du président-pharaon a scandalisé l’opinion publique, indignation accrue par les railleries répétitives outre-mer.

        L’obstination de « La Momie », « l’Homme à la charrette », « Highlander », à briguer un cinquième mandat, a mis le feu aux poudres, et déclenché la vaste mobilisation populaire qui a réclamé non seulement l’annulation du cinquième mandat prévu, mais encore le démantèlement de toute la caste maraboutique et ses relais dans les appareils de l’Etat.

    III - Après trois mois de mobilisation, quels enjeux aujourd’hui ?

    Après avoir relégué le cinquième mandat aux oubliettes, et amené l’ANP à rejoindre les vues du peuple et entamer le démembrement de la caste au pouvoir, le mouvement semble enregistrer un piétinement, sinon un recul. Les immenses victoires réalisées par la mobilisation (démantèlement de la police politique, emprisonnement des oligarques, récupération d’une partie des biens spoliés) ne semblent pas affleurer à la conscience populaire.

    Ceci est particulièrement net dans les couches moyennes et la petite bourgeoisie plus attirées par l'ascenseur social que par le partage des aspirations populaires. Cette conscience paraît s’enferrer dans un dégagisme abstrait et ardemment entretenu par les courants printanistes qui tentent de cornaquer le mouvement, et dont la nocuité reste intacte malgré les coups portés par l’ANP à ses commanditaires et financiers.

    Malgré l’accumulation de maladresses (néo-San Egidio, résurgence de l’appel au piège du fédéralisme), l’agitation des partis et ONG créés par l’ex-DRS, nourries par des mesures incompréhensibles au public (interdiction d’accès au parvis de la Grande Poste, blocage des accès à la capitale) est en train de faire insensiblement basculer le mouvement vers l’affrontement avec les forces de l’ordre. Le pacifisme des débuts, et le flot de louanges reçues en conséquence, a créé une sorte de point aveugle, un angle mort, qui, en posant le mouvement comme essentiellement et donc définitivement pacifiste, empêche de voir les tentatives patentes de dévoiement.

    Par ailleurs, « la fraternisation avec l’ennemi », préconisée par Gene Sharp et Otpor, en « brisant le mur de la peur », a cédé la place à l’arrogance et au sentiment de toute-puissance[1], savamment entretenu par, entre autres, le slogan : « Le pays est nôtre et nous faisons à notre tête. » La fermeture des accès à la capitale, qui peut être interprétée comme une mesure de protection des manifestants, en empêchant qu’une foule trop dense soit la cible de baltadjias disséminés parmi elle (voire pire), a eu pour effet déplorable de laisser l’initiative aux agitateurs : les premiers jours de la mobilisation, un excité qui escaladait un lampadaire de la place Audin était rappelé à l’ordre par une foule de manifestants ; le 13ème vendredi, les esprits sages ne suffisaient plus à pondérer les agitateurs qui escaladaient les camions de CRS, et ceux-ci reçurent des hourras et des applaudissements nourris des « observateurs »lorsque l’un d’eux jeta à bas de l’engin un agent de l’ordre.

     

    [1] Titre pour une analyse des révolutions colorées : De Gene Sharp à Gustave Le Bon : comment « silmiyasilmiya » et « nahi l’casquitaw’arwah m’âna » deviennent « ndirourayna » et « policiya, yachiyatine ».

     

       Face à ce recul du mouvement populaire, ou du moins à sa stagnation, l’ANP semble rester lucide quant aux enjeux en cours. Sans doute forte de l’expérience tirée d’erreurs passées (autant les nôtres que celles de nos voisins), l’ANP a pris la mesure du danger et, tout en menant la guerre aux têtes et aux portefeuilles de la guerre hybride fomentée contre l’Algérie, elle a non seulement évité toute effusion de sang, mais a de plus signifié son adhésion aux revendications légitimes du peuple.

    L’insistance sur ce qualificatif dans les déclarations de l’ANP est remarquable, et la critique cinglante (mais non dénuée de maladresse) « d’une tourbe qui cherche à forcer une phase de transition taillée à sa mesure », montrent le souci impérieux de ne pas permettre aux affidés de l’impérialisme de s’engouffrer dans le vide constitutionnel.

        Devant ces enjeux, et dans un contexte d’encerclement de nos frontières par les vassaux de l’OTAN, l’aveuglement de la gauche et sa focalisation sur la question des classes distordent complètement son angle d’analyse, l’enferment dans les abstractions et les nuées, et l’empêchent de saisir et la réalité des forces en lutte, et l’hétérogénéité du mouvement populaire, l’égrégore des débuts ayant pu laisser croire qu’il était non seulement un, mais unique et uniforme.

    IV - En pareille situation, quelles sont nos tâches ? Avec quels atouts ?

    Si les dangers, aussi bien intérieurs qu’extérieurs, sont pour le moins inquiétants, les possibilités de résistance et de mise en échec des plans impérialistes sont largement à notre portée, face à un empire qui s’est cassé les dents contre des pays moins bien armés que le nôtre (Syrie, Yémen).

       La solidarité internationale commence à se tisser, d’aucuns parlent de « nouveau mouvement des non alignés », et ce malgré certaines positions d’intérêt étroit (abandon du Yémen). La convergence d’intérêt de différentes organisations et projets internationaux (la Communauté des États indépendants, la nouvelle route de la soie [BRI : Belt Road Initiative]), la résistance du projet sino-pakistanais (CPEC : China/Pakistan Economic Corridor) au sabotage américain, sont autant de signes probants de l’agonie de l’empire, et de l’avènement d’une ère multipolaire.

    La victoire récente des agriculteurs européens, de nouveau autorisés à faire usage de leurs semences, représente une défaite cuisante pour Monsanto, et signe le retour à une agriculture plus responsable, respectueuse de l’environnement et des spécificités de chaque pays, face à l’uniformisation nocive et mortifère des multinationales monopolistes.

    La remise en question de plus en plus large de l’hégémonie du dollar sur les échanges internationaux constitue à terme le dernier clou dans le cercueil de l’impérialisme US, d’où les soubresauts paniqués de la bête et son recours à la politique de la terre brûlée.

    Face à cette déliquescence de l’empire, l’ANP, comme évoqué plus haut, s’est trouvée prête à faire face aux défis imposés par l’offensive multidimensionnelle du "regime change" à la sauce américaine, aussi bien sur le plan interne (malgré quelques errements de communication) que sur le plan international : armement, sécurisation de la production des véhicules militaires à travers la récupération de la SNVI, réactivation de la Base Centrale Logistique de Béni Merad, sécurisation des frontières, refus systématique de s’embourber comme proxy dans les sales guerres impérialistes au Sahel et ailleurs (Mali, Yémen), et ce conformément au principe de non-ingérence inscrit dans notre constitution.

    Le démantèlement de la police politique, s’il n’a pas balayé l’ensemble des réseaux infiltrés dans les rouages de l’État et de la société, est en bon chemin suite aux coups décisifs portés à leurs dirigeants avec leurs oligarques préfabriqués.

    De ce fait, aiguillonnée par la mobilisation populaire, l’ANP s’est trouvée être la seule force de coercition assez organisée pour mener une double révolution : politique d’abord, avec la mise au placard du régime monarcho-maraboutique ; sociale ensuite, à travers le renversement de la caste oligarchique, notamment son aile déterritorialisée et aux intérêts étroitement liés à l’étranger, et pour qui l’État, de paravent au pillage, est devenu un frein à l’accroissement dudit pillage.

       Si le renversement du régime bouteflikien a fait l’unanimité, l’attaque contre la caste déterritorialisée et relais de l’impérialisme (notamment sa figure la plus éclatante, Issad Rebrab) a fait pousser les hauts cris aux chantres d’un CNT local. Une gamme d’arguments, où la mauvaise foi le dispute au ridicule, se sont succédés : pas de jugement avant une transition démocratique qui épurerait la justice (on peut rêver) ; pas de règlements de compte sur le dos du mouvement populaire ; et puis l’inénarrable : « Tout cela n’est que mise en scène. »

         Tant que l’ANP allait (en apparence) dans le sens du "regime change", à travers l’éviction de Bouteflika, le mot d’ordre était : « Fraternité entre ANP et peuple. » Une fois qu’il s’est avéré que l’ANP, lucide quant aux enjeux de la crise, n’allait pas laisser les printanistes « se tailler une transition à leur mesure » ; une fois qu’elle a comprimé le nerf de la guerre avant d’emprisonner ses commanditaires, les attaques des printanistes dans les médias et réseaux sociaux ont monté crescendo contre la figure d’Ahmed Gaïd Salah, voire, pour certains, contre l’ensemble de l’état-major, notamment à travers la convocation du souvenir des « janviéristes » et l’imputation de la décennie noire à leur responsabilité. Même la mise sous écrou du honni Saïd Bouteflika (en compagnie du général Toufik) et la mise en examen du non moins honni Ouyahia n’ont pas fait fléchir l’attaque contre le chef de l’État-major, coupable de vouloir imposer le maintien du cap constitutionnel contre vents et marées.

        Cette campagne médiatique a quasi totalement voilé aux yeux du mouvement populaire deux faits essentiels : les formidables victoires accomplies jusqu’ici (telles qu’évoquées plus haut), mais surtout le fait que, la transition réclamée à cor et à cris, et qui serait supposément « bloquée par l’armée », est en réalité en train de s’accomplir, concrètement, sur le terrain, et non de la manière formelle dont rêvent les disciples de la martingale : « Tout changer pour que rien ne change » (sinon au pire).

        La propagande semble avoir pris efficacement sur les étudiants, qui se sont laissé mener (en ce qui concerne ceux d’Alger) vers l’idée délétère (et aux relents insurrectionnels) de se diriger vers le palais du gouvernement, d’où des frictions avec les CRS, abondamment relayées par les médias et les réseaux sociaux.

       Encore une fois, le changement de prisme est significatif : alors que l’initiative prise, durant les toutes premières marches, par une partie (assez importante) des manifestants de se diriger vers le palais d’El-Mouradia a été dénoncée comme une erreur, « faisant le jeu de l’ennemi » ; alors qu’elle a été critiquée comme contraire à l’esprit pacifique des marches, voilà qu’aujourd’hui pareille initiative des étudiants ne focalise l’attention que sur « la répression policière ».

    Encore une fois, ce glissement insensible vers la recherche de l’affrontement est passé quasi inaperçu, le pacifisme des débuts ayant, comme développé plus haut, induit un « angle mort » qui empêche de voir l’escalade inhérente au mode opératoires des révolutions colorées, dont les étudiants, fait notable, ont toujours été la cible privilégiée. Décrétée « pacifique », le mouvement ne peut être tenu responsables des débordements nécessairement imputables aux forces de l’ordre. Une pancarte brandie le 13ème vendredi de la mobilisation illustrait parfaitement cette idée ; il était écrit, en substance : « Ceux qui empêchent une révolution pacifique poussent à la révolution violente. » Tout un programme.

    Que faire ?

        Afin de contrer cette propagande massive, et maintenir le cap révolutionnaire d’une mobilisation qui a été le catalyseur d’une véritable action de salut public menée par l’ANP, différentes actions peuvent et doivent être menées :

    • La multiplication des débats populaires, sur une base rationnelle et pragmatique. L’expérience personnelle révèle que beaucoup de gens au sein de la mobilisation populaire sont lucides quant au tropisme impérialiste de certains courants de plus en plus dominants dans le mouvement. La crainte de se mettre à dos ses compatriotes en émettant des doutes sur le dégagisme a bâillonné beaucoup d’esprits, sinon clairvoyants, du moins critiques.

     

    • Le travail au détricotage du maillage juridique tissé depuis vingt ans par la caste au pouvoir, à travers un travail de pédagogie pour orienter les mots d’ordre et revendications en ce sens, sur des bases concrètes.

     

    • L’insistance sur la nécessité de préserver coûte que coûte l’Etat-national, qui passe par la préservation de l’alliance stratégique avec l’ANP, laquelle, débarrassée du DRS, remplit un rôle fondamental dans cette tâche vitale et essentielle.

     

    • L’insistance sur la nécessité de s’organiser afin de devenir une force de proposition, avec des revendications concrètes et lucides qui dépassent le dégagisme abstrait en forçant, par l’essence de la revendication concrète, à l’éviction – ou du moins à la neutralisation – de ce qui peut s’y opposer.

    En conclusion :

    Le mouvement populaire, après avoir remporté d’immenses victoires, se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins : continuer sur sa lancée pour amorcer le processus de réédification d’un Etat solidaire qui assure l’harmonie et la justice sociale, ou remettre ses victoires et sa destinée entre les mains des apprentis-sorciers du « changement de régime pour le maintien/l’aggravation du système ».

       Conserver, pour le peuple, ces formidables acquis et pousser plus loin son avantage passe nécessairement par la préservation de l’Etat, à travers les moyens de cette préservation, à savoir :

    1- Le retour à une politique de développement national, enraciné, répondant aux aspirations de notre peuple, et particulièrement de sa jeunesse et valorisant nos ressources humaines et matérielles

    2- L’interdiction de privatiser sous quelque forme que ce soit nos ressources naturelles et principalement le pétrole. La défense de notre production nationale industrielle et agricole, secteur privé et public confondus. Le retrait des secteurs de la santé, de l’éducation, de la culture et du sport de la sphère marchande et leur classement dans les biens communs immatériels du peuple algérien,ainsi que celui de l’énergie et de l’eau à usage domestique. L’interdiction de l’importation de tous les produits non nécessaires à la production nationale ou à la santé et l’éducation des citoyens.

    3-La promulgation immédiate dans la phase de transition d’une ordonnance garantissant la liberté et les droits d’association, de réunion, d’expression et d’édition sur le simple mode déclaratif. Le retour à une politique de souveraineté pleine et entière, sans aucune concession et notamment en interdisant aux ambassades et autres structures étrangères telle l’U.E d’entretenir des relais politiques et de les financer.

    4-L’annulation pure et simple et non négociée du fichier national social en élaboration, concocté sur injonction de la Banque Mondiale et visant les subventions ciblées.

    5-La dénonciation de l’accord avec l’U.E, l’arrêt des négociations avec l’OMC et la levée des restrictions qu’avait imposées le FMI sur les salaires de nos cadres, ingénieurs et médecins dans le but manifeste soutenu par Ouyahia d’organiser l’expulsion des cerveaux.

    6- L’interdiction de toute forme de normalisation avec l’entité sioniste et de toute relation « culturelle » et « artistique ».

    7- L’interdiction des activités politiques directes auprès de nos citoyens des ambassades étrangères et le respect absolu de leurs rôles de représentants d’État à État et de ponts d’échanges culturels non politiciens.

    8- Le développement de notre connaissance des enjeux stratégiques à nos frontières avec :

    1. a) l’ouverture d’un siège de la LICRA, organisation militante sioniste agressive, parrainée par le ministre israélo-tunisien du tourisme aux engagements sionistes connus et parrainé à son tour par le mouvement Ennahda en gage d’une égide américano-saoudienne à sa prise de pouvoir.
    2. b) l’alliance, désormais officielle, entre le Tchad et l’entité sioniste après la visite d’Idris Deby en Palestine occupée.
    3. c) la mainmise aggravée de la France sur les structures de pouvoir au Mali.
    4. d) l’alignement de la Mauritanie sur les nouvelles alliances fomentées par Mohamed Ben Selmane, l’entité sioniste et les USA.
    5. e) en parallèle à l’achèvement du démantèlement de l’ordre politique de la caste monarcho-maraboutique et de ses oligarques, se préparer à défendre l’Algérie des subversions impérialistes.

     

    Alger le 1er juin 2019.

    Source de l'article : http://bouhamidimohamed.over-blog.com/2019/06/la-mobilisation-populaire-face-aux-enjeux-de-ses-succes-synthese-au-regard-du-contexte-international-et-des-developpements-internes

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