• - Critique du livre « L’Évangile de la philosophie et de la Révolution »

    - Critique du livre « L’Évangile de la philosophie et de la Révolution »Sur la nature « ontologique » ou épistémologique du matérialisme dialectique

    [NDLR] Une critique du camarade TML sur un livre récent. Il se peut que d'autres critiques viennent s'y ajouter... Peut-être du camarade WH et/ou Vincent...

    Un ouvrage récent, assez pompeusement titré « L’Évangile de la philosophie et de la Révolution », n’avait guère attiré notre attention, jusqu’à ce qu’un camarade nous en demande une lecture critique… Beaucoup plus de maladresse et de confusion que de réelle « hérésie », dans ce nouvel « évangile », mais ce fut néanmoins l’occasion d’une réflexion sur la problématique généralement liée à ce genre d’ouvrage à prétention didactique : quelle nouvelle vision de la réalité veut-on apporter au lecteur ? Veut-on réellement l’aider à décrypter le réel voilé par les médias du système, ou bien veut-on lui suggérer une réalité « alternative » qui n’existe que dans la tête de l’auteur ?

    Autrement dit, et pour aller au fond du problème, le matérialisme dialectique est-il une approche épistémologique pour comprendre la réalité du monde et la transformer, ou bien prétend-t-il nous révéler une science « alternative » décrivant une réalité « ontologique » totalement ignorée par la culture bourgeoise ?

    Mao Zedong, qui voulait voir une telle « essence » des phénomènes dans leur « contradiction interne », nous parlait d’un œuf pour illustrer son propos… L’auteur du nouvel « Évangile révolutionnaire » nous parle d’une poire…

    - Critique du livre « L’Évangile de la philosophie et de la Révolution »

    En réponse à un camarade nous proposant la lecture de l’ouvrage récent du camarade Jimmy Dalleedoo

    Bonjour, camarade

    Ce livre se présente directement comme un nouvel enseignement de la philosophie révolutionnaire, du matérialisme dialectique et historique, et il tente donc de les redéfinir.

    Je l’ai donc abordé sous cet angle, et à partir de ses premiers propos sur le sujet, j’ai cherché comprendre de quelle façon il considère la méthode dialectique.

    Malheureusement, et même si l’on fait la part d’une confusion extrême, la dominante qui en ressort est celle d’un idéalisme métaphysique tout à fait comparable à celui de Mao Zedong, même si formulé de manière encore largement plus maladroite.

    Cette maladresse, à la rigueur, plaide pour la bonne foi, assez évidente, de l’auteur, mais n’excuse pas pour autant les approximations très grossières auxquelles il se livre, et qui auraient du être évitées, avec une étude plus sérieuse, à la base.

    Ces approximations faussent, de toute manière, et de façon rédhibitoire, la réalité de son propos.

    Pour te l’expliquer, je reprends, dans un premier temps, l’explication plus ancienne qui vaut pour la pseudo-»dialectique » de Mao Zedong, telle qu’exposée dans son « De la contradiction » et notamment à propos de son célèbre et pathétique « exemple de l’œuf »…

    La « contradiction interne » de l’œuf n’est, à l’évidence et contrairement aux affirmations de Mao, qu’un moment possible de la suite de ses états possibles et des contradictions entre eux.

    (>>>Contradictions de formes et d’états entre l’œuf et le poussin, entre l’œuf et la poule, entre le poussin et la poule.)

    (A ce sujet,voir l’excellent exposé de Georges Politzer>>> Principes élémentaires de philosophie >>> Négation de la négation

    https://www.marxists.org/francais/politzer/works/principes/principes_15.htm )

    Cette contradiction est en partie, mais en partie seulement, déterminée par les caractéristiques intrinsèques de l’œuf, mais elle ne se développe que sous l’action des facteurs extérieurs, qui sont les conditions de la couvée.

    Hors de ces conditions, l’œuf cesse, sous le rapport de la « contradiction interne » d’être un objet dialectique à proprement parler, et soit il se conserve tel quel, au froid, soit il pourrit et se dessèche, au chaud, mais dans les deux cas, encore en fonction des conditions extérieures.

    Quant à ses caractéristiques internes, qu’elles soient conservées ou non, elles sont d’abord déterminées par l’histoire de l’évolution génétique de la race des poules, préalable extérieur indispensable à l’existence de tel ou tel œuf en particulier.

    Et dans chaque cas, par les conditions matérielles de l’élevage des poules, environnement, nourriture, climat, etc…

    La « contradiction interne » de l’œuf, qu’elle se développe ou qu’elle reste à l’état d’évènement potentiel, n’a d’existence ni de sens que par des facteurs en réalité entièrement extérieurs à l’œuf lui-même.

    Elle n’est donc en rien une définition ontologique de l’œuf, qui nous parlerait de son « être », en quelque sorte.(…de son « essence », selon Mao Zedong)

    L’existence de l’œuf tient au domaine spécifique des lois de la biologie, et la connaissance que nous en avons dérive de la science biologique.

    La biologie de l’œuf est une réalité objective, indépendante du fait que nous la considérions d’un point de vue dialectique ou non.

    Le fait d’utiliser la méthode dialectique dans l’approche scientifique du phénomène « œuf » peut être un plus appréciable mais n’en change pas pour autant la nature intrinsèque.

    Voici ce qu’en pensent deux grands scientifiques modernes, adeptes du matérialisme dialectique :

    « Le matérialisme dialectique n’est pas, et n’a jamais été, une méthode systématique pour la solution de problèmes physiques particuliers. L’analyse dialectique nous donne plutôt une vue d’ensemble et une série de signaux qui nous avertissent contre des formes particulières de dogmatisme et d’étroitesse de la pensée. Il nous dit :

    (1) « rappelez-vous que l’histoire peut laisser une marque importante » ;

    (2) « rappelez-vous que l’être et le devenir sont des aspects duaux de la nature » ;

    (3) « rappelez-vous que les conditions changent et que les conditions nécessaires à l’enclenchement de certains processus peuvent être détruites par le processus lui-même » ;

    (4) « rappelez-vous de prêter attention aux objets réels dans l’espace et le temps et de ne pas les perdre complètement dans des abstractions idéalisées » ;

    (5) « rappelez-vous que des effets de contexte qualitatifs et l’interaction peuvent être perdus quand on isole les phénomènes » ;

    et par-dessus tout,

    (6)« rappelez-vous que toutes les autres mises en garde ne sont que des rappels et des signaux d’avertissement dont l’application aux différentes situations du monde réel est contingente ». (Richard Levins & Richard C. Lewontin, 1985, The Dialectical Biologist, Harvard University Press, Harvard)

    Une approche dialectique de l’évolutionnisme amène, par exemple, à considérer que si la pression sélective exercée par l’environnement est le facteur principal, l’évolution des espèces modifie également cet environnement, et influe donc, en retour, sur les conditions de la pression sélective.

    Le matérialisme dialectique ne se substitue en rien aux lois scientifiques spécifiques qui régissent les différents domaines d’investigations scientifiques, lois qui découlent de l’étude et de la recherche spécifique à chacun de ces domaines.

    Le matérialisme dialectique est d’abord une méthodologie dans l’étude des sciences, une approche épistémologique, et en fin de compte, à la fois une philosophie des sciences et une philosophie dérivée de l’étude des sciences.

    Il s’oppose donc tout à fait à la méthode dogmatique qui réduit la dialectique à la contradiction interne (Mao Zedong), et prétend y voir l’essence de tout phénomène, son « être » propre, en fin de compte, ce qui nous ramènerait à une conception ontologique et en fait, entièrement idéaliste et métaphysique de la dialectique.

    Les lois de la dialectique sont celles que nous établissons pour notre méthodologie dans l’étude des sciences, mais elle ne se substituent en rien aux lois scientifiques spécifiques à chaque domaine.

    En tant qu’élément de la philosophie matérialiste dialectique elles ressortent donc des sciences humaines, comme l’économie et la sociologie, et aucunement des sciences exactes, comme la physique et la chimie.

    Elles n’en reposent pas moins sur les données scientifiques qu’elles intègrent, tout comme l’économie et la sociologie.

    Pour en revenir aux confusions qui sont entretenues, même si involontairement, dans l’ouvrage de Jimmy Dalleedoo, elles se trouvent donc au départ du livre dans son ambition à exposer la doctrine philosophique du matérialisme. Elles résident principalement dans la façon dont il tente de distinguer matérialisme dialectique et matérialisme historique, et même, sans qu’il ne tente de l’expliquer, dialectique et matérialisme dialectique. L’auteur reconnaît pratiquement n’avoir pas été suffisamment clair sur ces questions, mais n’en poursuit pas moins son propos sur ces bases confuses. Sa conception idéaliste des lois de la dialectique, pratiquement similaire à celle de Mao Zedong, ressort néanmoins très nettement dans son passage sur ce qu’il nous présente comme « la 3ème loi : L’auto dynamisme »

    A l’œuf de Mao il substitue une poire et tente d’en définir le cycle dialectique, mais de manière encore plus pathétique, si possible, ce qui est une gageure, et assez réussie, malheureusement !

    «  Une poire tombe du poirier et finit à terre. Au bout d’un certain temps, cette poire subira des changements, car elle pourrira et des insectes apparaîtront du fait qu’elle pourrisse. A l’intérieur de cette poire, il existe des forces en opposition qui, se rencontrant dans une contradiction naturelle, feront subir à cette poire différents changements. C’est cette contradiction qui va créer une évolution, un changement à l’intérieur de la poire et engendrera son pourrissement. L’auto dynamisme est donc un phénomène naturel qui régit le mouvement. »

    L’auteur observe le pourrissement de la poire comme un phénomène « interne », alors qu’à l’évidence il n’est du qu’à des facteurs externes, cryptogamiques ( moisissures, champignons), bactériens, etc…

    « …des insectes apparaîtront », précise-t-il même, comme s’il s’agissait d’une sorte de « génération spontanée », issue de la poire elle-même !

    Alors que si le cycle dialectique de la poire est comparable à celui de l’œuf, c’est précisément dans le cycle de la reproduction, via le pépin et l’arbre, et qu’il tient pareillement en priorité aux facteurs externes, à savoir l’évolution génétique de la race des poiriers, et aux conditions particulières de la plantation du sujet considéré, c’est à dire le terroir, incluant nature du sol, climat, méthode de culture, etc…

    Le fait que le matérialisme dialectique soit d’abord et avant tout une méthodologie d’approche épistémologique et non un substitut des sciences est attesté par les classiques du ML, en outre, et il n’appartient qu’à nous, ML du XXIème siècle, de lui redonner son sens réel, débarrassé du formalisme dogmatique et révisionniste qui a contribué à son effacement de la culture populaire depuis plusieurs décennies déjà.

     

    ************

    Lénine

    Sur la question de la dialectique

    « Ainsi, dans toute proposition on peut (et on doit), comme dans une « maille », une « cellule », mettre en évidence les embryons de tous les éléments de la dialectique, montrant ainsi que la dialectique est inhérente à toute la connaissance humaine en général. Quant aux sciences de la nature, elles nous montrent (et, encore une fois c’est ce qu’il faut montrer sur tout exemple le plus simple) la nature objective avec ses mêmes qualités, le changement du particulier en général, du contingent en nécessaire, les passages, les modulations, la liaison mutuelle des contraires. C’est la dialectique qui est la théorie de la connaissance (de Hegel et) du marxisme : voilà à quel « aspect » de l’affaire (ce n’est pas un « aspect », mais le fond de l’affaire) Plékhanov, pour ne rien dire d’autres marxistes, n’a pas prêté attention.  »

    https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1915/00/surlaquestion.htm

     

    Staline

    Le matérialisme dialectique et le matérialisme historique

    « Le matérialisme dialectique est la théorie générale du Parti marxiste-léniniste. Le matérialisme dialectique est ainsi nommé parce que sa façon de considérer les phénomènes de la nature, sa méthode d’investigation et de connaissance est dialectique, et son interprétation, sa conception des phénomènes de la nature, sa théorie est matérialiste.

    (…)

    Contrairement à la métaphysique, la dialectique regarde la nature, non comme une accumulation accidentelle d’objets, de phénomènes détachés les uns des autres, isolés et indépendants les uns des autres, mais comme un tout uni, cohérent, où les objets les phénomènes sont liés organiquement entre eux, dépendent les uns des autres et se conditionnent réciproquement. C’est pourquoi la méthode dialectique considère qu’aucun phénomène de la nature ne peut être compris si on l’envisage isolément, en dehors des phénomènes environnants ; car n’importe quel phénomène dans n’importe quel domaine de la nature peut être converti en un  non-sens si on le considère en dehors des conditions environnantes, si on le détache des ces conditions ; au contraire, n’importe quel phénomène peut être compris et justifié, si on le considère sous l’angle de sa liaison indissoluble avec les phénomènes environnants, si on le considère tel qu’il est conditionné par les phénomènes qui l’environnent. »

    http://www.communisme-bolchevisme.net/materialisme_philosophique.htm

     

    Le reste de l’ouvrage de Jimmy Dalleedoo peut contenir quelques points intéressants, naturellement, mais sur cette base plus que confuse, il faut donc absolument éviter d’en faire un ouvrage de référence.

    De plus, ses conceptions idéalistes le poussent nettement à reconsidérer l’action militante ouvrière sous une nouvelle forme de « syndicalisme révolutionnaire », certes pleine de bonnes intentions, mais qui ne sont guère différentes, en fin de compte, de celles de l’anarcho-syndicalisme traditionnel qui handicape déjà fortement ce qui reste du mouvement ouvrier en France.

    En espérant que ce camarade évolue encore, dans le sens réel du matérialisme dialectique ! 

    Amicalement,

    Luniterre

    Source : https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/10/22/sur-la-nature-ontologique-ou-epistemologique-du-materialisme-dialectique/

    « - Petits propriétaires : l'État capitaliste va prendre votre maison...- Une seconde critique du livre "L'Évangile de la philosophie et de la révolution" »
    Partager via Gmail Yahoo!

    Tags Tags : , , , , , , ,
  • Commentaires

    1
    Mercredi 25 Octobre à 23:20

    Il y a un autre problème, sur la confusion entre matérialisme et idéalisme qui apparaît dès le début du livre. La société serait basée sur des idées, c'est ce qui revient en permanence. Le fait est que le matérialisme historique affirme exactement l'inverse : les idées, idéologies, religions, etc. (superstructure) sont produites par la base économique (infrastructure). Si Jimmy Dalleedoo passe par là, je lui dirais de lire ou relire L'idéologie allemande de Marx.

     

    Concernant le syndicalisme révolutionnaire, ce n'est ni plus ni moins que du réformisme.

     

    A l'époque de Karl Marx, les ouvriers se syndiquaient au début pour la lutte économique isolée, puis ils ont fini par lutter pour maintenir les organisations elles-mêmes, c'est à dire que le syndicat devenait un outil non plus d'ouvriers isolés contre des capitalistes, mais d'une classe toute entière. C'est en ce sens que l'organisation pouvait atteindre des objectifs politiques, mais qui lui venaient nécessairement du dehors (les partis). Voir le dernier chapitre de Marx dans Misère de la philosophie. Lénine a plus tard insisté lourdement sur la distinction entre organisations des ouvriers (syndicats, lutte économique) et organisation des révolutionnaires (parti, lutte politique et théorique).

     

    A l'époque de l'impérialisme, la corruption et l’embourgeoisent de catégories de travailleurs change complètement la donne. Lénine fustige la minorité de travailleurs privilégiés (qui sont les syndiqués en fait), il note déjà à cette époque que la grande masse n'est pas syndiquée et que c'est sur elle qu'il faut s'appuyer. Voir Lénine, L'impérialisme et la scission du socialisme.

     

    Le syndicalisme révolutionnaire est donc en porte à faux avec Lénine, mais aussi avec Marx. Il ne tient compte ni de la nécessité d'une organisation politique qui ne soit pas une organisation de masse, ni du rôle et de la nature des syndicats à l'époque impérialiste, il ne saurait y avoir de syndicat propre et gentil dans l'impérialisme et la corruption généralisée de certaines couches de travailleurs. La tactique du marxisme à l'époque de l'impérialisme exige précisément d'aller vers les travailleurs qui ne sont pas dans les syndicats, sur la couche la plus pauvre.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :