• - Des origines de la crise systémique du capitalisme

    machines2Par Robert Bibeau

     La contradiction fondamentale du capitalisme étriqué

     

    Quand le développement des moyens de production – comprenant les forces productives vivantes [le travail] – devient incompatible avec les rapports de production capitalistes (financiers, bancaires, monétaires) le mode de production tout entier est en danger de s’effondrer. Marx a décrit ce postulat de la façon suivante dans le Grundrisse :

     

    « Dès que le travail sous sa forme immédiate [vivante et productrice de plus-value] a cessé d’être la source principale de [création de] la richesse [reproduction du capital], le temps de travail [nécessaire et surtravail] cesse et doit cesser d’être sa mesure [de la reproduction du capital] et la valeur d’échange cesse donc aussi d’être de la valeur d’usage. Ainsi, la production [le mode de production] basée sur la valeur d’échange [commerciale] s’effondre. »

    Plus loin, Marx ajoute « Dès lors, le procès de production cesse d’ être un procès de travail, au sens où le travail en constituerait l’ unité dominante. Aux nombreux points du système mécanique, le travail n’ apparaît plus comme être conscient, sous forme de quelques travailleurs vivants, éparpillés, soumis au processus d’ensemble de la machinerie, ils ne forment qu’un élément du système, dont l’unité ne réside pas dans le travailleur vivant, mais dans la machinerie vivante (active) qui par rapport à l’ activité isolée et insignifiante du travail vivant, apparaît comme un organisme gigantesque. » (K Marx. Grundrisse (1857). Chapitre 3, Le Capital, Édition 10/18, p.328.)

     

    Que doit-on comprendre de cette loi de fonctionnement du mode de production capitaliste ?

    Ce mécanisme concret et objectif de délitement de la valeur d’échange des marchandises en générale et de la première entre toutes – la force de travail – entraîne la scission obligatoire  entre la marchandise fétiche – l’argent – et toutes les autres marchandises commercialisées qu’il est censé représenter.

    traficshumains 

     

    Là exactement se trouve la source de tous les accès de fièvre – des crises successives – du mode de production capitaliste bancal (impérialiste). Là se trouve, à la phase impérialiste du capitalisme, la source profonde de la contradiction entre le capital marchandise (les moyens de production et d’échanges) et le travail marchandise (la force de travail vivante) qui perd peu à peu sa valeur d’échange et même son utilité matérielle.

    Attention toutefois. Les robots, les machines, les ordinateurs, les puces, les logiciels sont des moyens de production produits par le travail humain de haut niveau (dispendieux) et ils contiennent une grande quantité de valeur marchande (ils coûtent cher).

    Ces machines de toute espèce et nature sont du capital constant qui rendent obsolète une partie - et une partie seulement – du travail vivant – le remplaçant par du travail mort (le travail du prolétaire technicien, ingénieur, assembleur, technologue) ce qui amène une hausse de productivité du travail vivant (même s’il ne reste que 10 prolétaires dans l’usine)  et une détérioration de la composition organique du capital  Cv|Cc,   donc une baisse du taux de plus-value.

     

    Il faut bien comprendre le drame shakespearien qui se noue sous nos yeux . La source même de toute valeur marchande – de toute valeur d’échange -, le fondement même du mode de production capitaliste – la seule marchandise ayant le pouvoir de transmettre sa propre valeur aux autres marchandises – voit disparaître sa valeur. La source de toute valeur (de toute richesse) se tarit et ne peut donc plus transmettre ce qu’elle ne possède plus en « valeur ajoutée ». Le capital scie la branche sur laquelle il s’est perché pour proclamer sa gloire et sa toute-puissance éternelles.

     

    Valeur d’usage et valeur d’échange 

     

    Sous le mode de production capitaliste, en phase impérialiste décadente, ce n’est pas la valeur d’usage qui entraîne la valeur d’échange, mais l’inverse, c’est la valeur d’échange marchande qui attribue de la valeur d’usage à une marchandise quelconque (la condition étant que sa production entraîne la réalisation de plus-value). Ainsi, par le processus même de son aliénation la force de travail ouvrière devient inutile. Mais alors, de la réalisation de cette inutilité même, le développement de cette contradiction fondamentale entre le capital et le travail entraîne le système à son autodestruction.

     

    Que vient faire la « financiarisation » dans ce processus de déperdition ?

     

    Expliquons maintenant comment la financiarisation – inflation – crédification – monétarisation du processus de production – échange – réalisation – du capital est venue subsumer cette contradiction fondamentale et la porter à des sommets inégalés de décrépitude décadente.

     

    Faute de grandes masses de valeurs d’usage à transformer en valeurs marchandes et à réaliser en valeurs financières (monnaie, actions, obligations, titres de créances, produits boursiers dérivés) – à valoriser en fait, afin de perpétuer le cycle économique perpétuel – le système bancaire et financier mondialisé s’est mis à émettre de la fausse monnaie – du néant de valeur monétaire – « du crédit créant du dépôt » une débauche mécanique d’ajustement et de dérèglements financiers, monétaires, boursiers sans compter (1).

     

    Examinons simplement les cinq actes de la descente aux enfers d’une banque qui a été sacrifiée en 2008, lors de la crise des « subprimes » pour donner un exemple à toutes les autres qui de toute manière ne pouvaient et ne pourront jamais faire autrement.

    C’est le mode de production au complet qui est décadent et qui ne peut plus remplir sa mission de reproduction élargie du capital.

    Le tableau qui suit montre bien que si en 2008, lors de la faillite de la Léman Brothers la situation financière mondiale était catastrophique, quatre ans plus tard (2012), elle avait empiré à tout point de vue. Il ne pouvait en être autrement de par la loi de la dépréciation de la valeur marchande du travail vivant créateur de toute plus-value et de tout profit capitaliste.

     

    Tableau 1

     

      2008 2012
    Volume des produits dérivés négociés hors cote en milliards de dollars (US) 516 000 milliards de dollars 708 000 milliards de dollars
    Endettement des pays de l’OCDE (pays riches) 75% 105%
    Déficit des pays de l’OCDE en% de leur PIB 3,5% 5,5%
    Effet de levier de crédit des banques « trop grosses pour faire faillite » (sic) 31 pour Lehman Brothers De 13 à 85
    Bilans des banques centrales Fed et BCE (créances pourries échangées contre de l’argent du néant) 900 milliards $ 1 400 MM euros

    3 000 milliards  $

    3 000 MM euros

    Taux de croissance des pays de l’OCDE 0,5 -0,1
    Taux de croissance mondiale 2,7 3,2
    Taux de chômage des pays de l’OCDE 5,9 8
    Réserves de change mondiales 4 000 milliards $ 11 200 milliards $
    Réserves de change de la Chine 1 900 milliards $ 3 500 milliards $

    The Wall Street Journal, « Crise financière : leçon d’un sauvetage, un drame en cinq actes »

     

    Faisons davantage de ce qui ne peut fonctionner

     

    Et voici que des fumistes, des opportunistes, des réformistes, des gauchistes bourgeois qui souhaitent sauver le mode de production capitaliste, suggèrent de faire davantage de ce qui ne marche pas pour remettre le patient sur pied et prolonger son agonie à l’infini. Lisez ceci :

    brics-presidents

    « La nouvelle banque de développement des BRICS n’est pas une alternative au FMI et à la Banque mondiale (BM), mais un complément, car elle répond aux défis qui ont été ignorés par les institutions financières internationales. Le FMI n’a fait que travailler dans l’intérêt des spéculateurs et les énormes quantités de dollars, d’euros, de livres et de yens sortant des planches à billets arrivent aujourd’hui par vagues dans les pays des BRICS, déstabilisant leurs économies. Il est par conséquent nécessaire pour les BRICS de développer leurs propres institutions financières, pour financer des projets de développement à long terme. Faisant partie de ce nouveau système (sic), il y a le Système de réserve en devise, qui prend essentiellement en compte les leçons de la crise de 1997 en Asie, au cours de laquelle les devises des pays asiatiques ont chuté, à cause de la spéculation, de 80 % en une seule semaine. Il répond également aux attaques vicieuses lancées récemment par les fonds spéculatifs à l’encontre des pays d’Amérique latine »  et l’analyste financière d’ajouter  « Ce système parallèle pourrait bien devenir très rapidement la bouée de sauvetage suite à l’effondrement du système financier transatlantique : car un krach pourrait survenir à tout moment, plus gros que celui de 2008, qui a suivi la faillite de Léman Brothers. Un tel krach pourrait être provoqué par le « Grexit », l’expulsion de la Grèce de l’euro par le FMI et la Troïka. Tout le système bancaire européen et probablement américain s’effondrerait dans la foulée ; un tel krach pourrait aussi être provoqué par la faillite de l’Ukraine ; ou par une simple explosion de la bulle des produits dérivés qui se monte actuellement à 2 millions de milliards de dollars, une somme qui ne pourra jamais être payée. » (2)

     

    En vertu des lois objectives de l’économie politique capitaliste, en phase impérialiste, c’est-à-dire en phase d’économie politique globalisée, interreliée et mondialement intégrée, une moitié des continents ne peut s’effondrer sous le poids de ses contradictions économiques alors que l’autre moitié survit. Les fonds d’investissement, les banques, les institutions internationales les entreprises multinationales des pays du BRICS seront entraînées par le fond en même temps que celles de l’autre alliance impérialiste atlantique régit par les mêmes lois d’économie politique. Des rencontres au sommet de la pyramide décrépie de l’impérialisme financier se tiendront bientôt qui scelleront le sort de la finance internationale dans sa cavalcade vers sa débandade mondiale (3).

     

    Une troisième guerre mondiale finira par se présenter comme l’unique alternative à ces contradictions insolubles. Détruire des forces productives, des moyens de production, des marchandises en surplus (relatifs) deviendra l’unique solution que la mécanique du système impérialiste concurrentiel saura imposer aux plénipotentiaires de service (sous-fifres politiques et financiers déjantés (4).

     

    Les communistes finiront bien par comprendre que la classe prolétarienne n’a que faire de leurs querelles de chapelles grégaires – sectaires – dogmatiques. Pauvres crétins des petits matins restreints (5).

     

    _____________________________

    (1) https://www.youtube.com/watch?v=efIiQtfR7BI

    (2) http://www.solidariteetprogres.org/zepp-larouche-lima-nouvelle-route-de-la-soie.html

    (3) http://www.infowars.com/secret-meeting-in-london-to-end-cash/

    (4) http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/usa-otan-et-la-guerre-nucleaire/

    (5) http://www.publibook.com/librairie/livre.php?isbn=9782924312520

     

    Ce contenu a été publié dans 7 au Front par Robert Bibeau

    « - DEUX DÉRIVES POLICIÈRES EN DEUX JOURS, LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR DOIT FAIRE TOUTE LA LUMIÈRE SUR CES AFFAIRES- Retour sur l’échec du rassemblement unitaire des Assises du communisme, le samedi 30 mai 2015 à Paris, pour la sortie de l’euro, l’UE et l’OTAN. »
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  • Commentaires

    1
    Mardi 16 Juin 2015 à 14:16

    Cet article, mélange d'une culture "marxiste", en grande partie réelle, et d'un "gauchisme œcuménique" apparemment fort sympathique, ne doit pas nous faire oublier que son auteur, Robert Bibeau, a finalement sombré dans un délire révisionniste reposant essentiellement sur cette thèse archi-éculée selon laquelle l'accès au socialisme est de toutes façons impossible aux pays qui n'ont pas atteint un niveau de développement capitaliste "suffisant", selon lui et cette catégorie de révisionnistes,déjà très ancienne en réalité, et déjà dénoncée par Lénine en son temps...

    Et donc, selon ces thèses, Lénine, à peu près complètement, et surtout sur "l'impérialisme..." et même Marx, pour le coup, se seraient essentiellement gourés, ... mais Bibeau est là pour redresser tout ça, et réécrire "le manifeste", "l'impérialisme", etc...!


    De nouvelles thèses révisionnistes, de droite comme "de gauche", il en sort à pleine pages tous les jours sur le net, et il est fastidieux et en fait le plus souvent inutile de passer son temps à les réfuter, tant la plupart influencent peu le monde...
    L'inconvénient majeur est néanmoins qu'elles occupent, rien que par leur nombre, la plus grande place dans le paysage médiatique supposé "de gauche", où elles font assaut de proclamations rivales pour la "nouveauté"...!
    Alors qu'elle ne font que recycler, en les combinant différemment, divers éléments des révisionnismes les plus anciens...


    Le bricolage "savant" de Bibeau, quant à lui, tente de redonner un lustre "rouge" aux vieilleries de Bernstein et Kautsky sur le "développement des forces productives" en les emboitant dans les thèses "gauchistes" de Bordiga sur le "capitalisme d'état" en URSS.
    Une "recette" parmi bien d'autres, qui ont toutes cet ingrédient basique en commun, plus ou moins dissimulé selon les cas: le rejet de l'analyse léniniste du phénomène impérialiste.


    C'est à dire la négation ou même simplement l'ignorance de la préexistence et de la prééminence du capital financier sur le capital industriel, puis de sa domination nécessaire et continue dans leur processus de fusion, indispensable à la concentration des monopoles et à leur capacité d'exportation de capitaux.
    Comprendre Lénine, c'est d'abord comprendre que le développement exponentiel du capitalisme financier n'est pas une "conséquence" de la crise chronique de l'impérialisme, mais une des conditions de base de son existence et de son développement continu, malgré cette crise...


    Si l'on peut analyser l'origine et étudier l'évolution de la crise actuelle à l'aide de cette compréhension, à l'aide de cet outil formidable que nous a légué la Révolution Bolchévique, il n'y a donc pas lieu de le rejeter ni même de le "rénover" ou de le "réviser"...


    C'est ce type de démarche que nous avons utilisé, sur Tribune Marxiste-Léniniste, pour analyser le rôle actuel du "développement" économique chinois dans le processus de la mondialisation impérialiste. Deux exemples pour juger de sa pertinence:

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2014/03/08/en_relisant_lenine_qui_parlait_deja_de_chine/

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2014/07/29/1385_chine_yuan_dollar_/

    Luniterre

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