• Épuration anticommuniste en Ukraine : le nouveau pouvoir liquide l’opposition

    Épuration anticommuniste en Ukraine : le nouveau pouvoir liquide l’oppositionLe mot « épuration » est devenu dominant dans le lexique du nouveau pouvoir.


    Durant le week-end, on a tenté d’écraser Donetsk, Lougansk et Kharkov, où des républiques populaires ont été spontanément proclamées.

    Ça faisait un peu désordre, et ce en dépit de tous les efforts du Conseil national de Sécurité ukrainien. C’est pourquoi la lutte contre la dissidence et le séparatisme a dû faire l’objet d’un débat au parlement, qui à ce propos à décider de porter les peines de prison « pour séparatisme » de 5 à 10 ans.

    Dans le contexte de cette décision, l’attaque contre le leader du parti communiste ukrainien Piotr Simonenko tombait à point nommé. En prenant la parole depuis la tribune de la Rada pour la première fois depuis longtemps, celui-ci a souligné la nécessité d’entendre la voix du sud-est, et a également démontré que les gens qui défendent leurs droits civiques à Kharkov ou Donetsk n’ont rien à voir avec des agents du FSB ou avec des « titouchkis venus de l’extérieur » : ils possèdent tous la nationalité ukrainienne et … des opinions contradictoires avec celles recommandés pour tous les citoyens d’Ukraine par Victoria Sumar (vice-président du conseil de sécurité).

    « J’ai dénoncé le régime actuel national fasciste par la faute de qui justement l’Ukraine a perdu la Crimée. J’ai dénoncé leurs mensonges sur des soi-disant séparatistes dans les régions de Donetsk et Lougansk. Dans ces régions, la population a depuis longtemps déclaré sa position concernant la nécessité d’avoir deux langues officielles, d’organiser un référendum, et de créer un État fédéral. Et les gens exigent qu’on les entende », – a déclaré Simonenko, en commentant la situation à la presse.

    Il faut rappeler que juste avant, la fraction des communistes, en serrant les dents, a dû écouter l’intervention hystérique du représentant de « Svoboda », qui exigeait quasiment d’amener au peloton d’exécution les dissidents et de pendre ceux qui parlent en langue russe. Mais, cependant, les communistes n’ont pas exprimé leur désaccord par la pression physique. S’efforçant d’agir d’une manière parlementaire, par des méthodes purement européennes : ils ont utilisé le terrain de la Rada pour exprimer leur propre position politique et la défense des intérêts des électeurs qui ont voté pour le parti communiste. Dans la pensée des néonazis dotés de badges de députés, la majorité des partisans du parti communiste sont justement des séparatistes et de dangereux terroristes avec qui la conversation ne peut qu’être brève. Elle s’est d’ailleurs terminée promptement : le représentant de « Svoboda » Mikhaltchichine (qui en son temps avait été chassé du Maïdan de Lvov pour provocation et excitation de la haine ethnique) c’est jeté à coups de poing sur Piotr Simonenko. Il faut dire qu’il a tout de suite subi une réponse symétrique de ses collègues communistes. Mais le fait lui-même d’une bagarre au parlement entre des forces de droite et de gauche est un signal des plus inquiétants.

     

    En effet, il ne s’agit plus des coups de poing portés contre l’ex-directeur de la télévision nationale ukrainienne Pantelemonov, qui avait été obligé par Mirochnitchenko et Ilienko de demander sa démission. Piotr Simonenko est le président d’un parti pour lequel ont voté 13 % des Ukrainiens, et qui est représenté à la Rada par un groupe parlementaire. C’est pourquoi les communistes ont exigé du président de l’assemblée Tourtchinov de faire venir au parlement le procureur général (un autre représentant de « Svoboda » !) afin de porter devant les tribunaux cette affaire de bagarre entre les murs du parlement, quand des députés d’extrême-droite empêchent par la force des députés ayant un point de vue alternatif de s’exprimer. Bien sûr, on peut douter que le procureur général réagira contre le « mouvement d’humeur » de ses acolytes : dans le meilleur des cas nous aurons une réprobation formelle, dans le pire une déclaration sur la lutte contre le séparatisme et les « agents du Kremlin ». Tout cela alors que l’empoignade de Svoboda à la Rada a déjà été condamnée par les observateurs internationaux. En particulier, un célèbre politicien arabe, spécialiste des pays de l’ex-URSS et de l’union européenne Adnan Youssef a souligné que « le monde entier a vu que certains élus ukrainiens se conduisent d’une manière inadmissible. Pour eux cela est complètement égal de qui on peut injurier, qui battre et qui accuser de tous les problèmes du pays ».


    Battre à coups de poing des communistes au sein du parlement est le prolongement logique de la politique du pouvoir post Maïdan par rapport aux « autres ». Au niveau du parlement (seul organe légitime dans le pays) il est désormais prouvé qu’aucun dialogue de l’Est et du pouvoir central ne pourra se tenir, c’est-à-dire que toutes les conversations sur une deuxième langue officielle, le développement des pouvoirs des régions, l’autonomie budgétaire n’était dès le départ que des mensonges dont le but de renvoyer les habitants du sud-est à leur apathie habituelle, les obliger à continuer de travailler pour Kiev sans rien dire. Souvenez-vous des mots du vice gouverneur de Dniepropetrovsk Filatov : « il faut promettre n’importe quoi à la populace. Et quant à les pendre… Eh bien on les pendra après ».

    Contre les dissidents seront appliquées la terreur et les méthodes policières. C’est le prolongement direct du « maïdan de Galicie », organisé et payé par les « amis » occidentaux. C’est là-bas que pour la première fois ont été utilisées par les « manifestants pacifiques » les méthodes violentes : les grenades, les armes à feu, les cocktails Molotov. C’est par la violence qu’ils ont obtenu le résultat : le renversement du pouvoir et l’établissement d’un « ordre nouveau ». En voyant que cela « marche » les méthodes violentes ont trouvé une application à tous les niveaux, contre la police, contre les juges, contre les partis politiques. Il est d’ores et déjà évident que contre l’opposition (et le parti communiste ukrainien est resté la seule force d’opposition, car on ne peut compter comme tel le parti des régions démoraliséet désintégré) seront utilisées non pas des méthodes politiques mais la force brutale.


    Dans la société se développe une atmosphère de crainte devant le nouveau pouvoir. Imaginez-vous ce que pense le citoyen ordinaire, assis devant son téléviseur ? « S’ils battent les députés, le président du parti communiste, si l’on donne des coups de pieds à des femmes députées, je peux imaginer ce qu’ils feront avec moi et ma famille si j’essaye d’aller à un meeting de protestation ou si je commence à faire grève contre l’augmentation des prix et des tarifs ». Les « images d’intimidation » à la télévision (et la bagarre a été montrée en boucle à toutes les chaînes nationales) servent à ce que tous les gens qui ne sont pas d’accord les voient et en tirent des conséquences.


    Le parlement est discrédité. Rappelons encore une fois que la Rada aujourd’hui, jusqu’aux élections du président, est le seul organe légitime du pouvoir, qui peut au moins adopter des lois. Encore quelques « épurations » entre les murs du parlement, et sa légitimité sera sujette à caution, et cela pas seulement en Ukraine. Que se passera-t-il alors ? On arrivera à une paralysie totale des institutions, et peut-être même à la dissolution du parlement. Alors s’instaurera en Ukraine une dictature totale des partis Batkivchina et Svoboda, qui ont déjà partagé entre eux le pouvoir dans le pays. Il n’est pas exclu que c’est ce scénario que cherche à réaliser aujourd’hui Svoboda, ce parti qui n’a rien de bon à attendre d’élections légales à tous les niveaux : sa popularité aujourd’hui chute irrémédiablement, même dans les régions occidentales.


    Le nouveau pouvoir s’efforce non seulement d’écraser les actes de protestation dans les régions, mais aussi de liquider physiquement les leaders du sud-est. La popularité du parti communiste ukrainien dans les régions de l’Est n’est un secret pour personne : aux manifestations des 6 et 7 avril beaucoup portaient des drapeaux communistes. Sans compter que le parti communiste est la principale force idéologique dans la lutte contre le nazisme et le fascisme, c’est un point que l’on ne saurait réfuter. Tandis que s’approche le 9 mai, fête de la victoire, que le nouveau pouvoir a décidé d’interdire, comme un « atavisme de soviétiques attardés »… On peut seulement s’imaginer la force de la colère populaire, qui sera certainement dirigée par le parti communiste avec tous ses vétérans. Mais si l’on examine la situation d’une manière plus globale, le parti communiste ukrainien fait peur au « pouvoir temporaire », pas seulement à la veille de la fête de la victoire. Le but est de nettoyer le champ politique de toute opposition. C’est pourquoi à l’ordre du jour du Parlement a été présentée une loi sur l’interdiction du parti communiste ukrainien et du parti des régions, et ensuite on commencera la liquidation physique des opposants.


    De plus tous les ingrédients d’une guerre civile sont là. Si l’on voit ce qu’il se passe actuellement à Donetsk et à Lougank, l’Ukraine est à deux doigts d’une guerre fratricide. C’est contre cela qu’a mis en garde entres autres Simonenko, faisant reposer la faute de ce qui se passe dans les régions de l’Est sur le pouvoir actuel. sans grand risque de se tromper, on peut affirmer qu’après la « répression policière » des mécontents dans les rues du Donbass et au sein du parlement, il est impossible de parler de véritables élections présidentielles. Oui, le processus de simulacre de campagne électorale est lancé, mais il ne se terminera pas du tout comme le veut par exemple Porochenko. Des épurations pour l’exemple, le mépris affiché contre la « populace russophone » l’anéantissement de l’opposition ne laisse tout simplement pas d’espace de manoeuvre pour les membres du gouvernement provisoire. Il n’y aura pas de dialogue. Il y aura la lutte, mais pas du tout comme celles que l’on a vues entre les murs du parlement. Si l’on tient compte du fait que le nombre de provinces où se déroulent des meeting contre le radicalisme et l’arbitraire du nouveau pouvoir grandit, tout le monde comprend comment va se finir cette scène de bagarre.

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