• - Gramsci et la théorie de la Guerre populaire en pays capitaliste très avancé (2e partie)

    Gramsci et la théorie de la Guerre populaire en pays capitaliste très avancé (2e partie)5. Guerre et crise

    Dans le §17 du Carnet 13, le sujet est Analyse des situations : rapports de force. Gramsci y décrit la situation dans laquelle se déroule la guerre entre classes. La situation n’est révolutionnaire que si elle se développe en concomitance avec la crise générale par surproduction absolue de capital : Gramsci fait référence à celle-ci. Sont évidentes les analogies avec la situation actuelle de la seconde crise générale.

    Gramsci parle des polémiques idéologiques, religieuses, philosophiques, politiques qui se déroulent autour des mille phénomènes par lesquels la crise se manifeste (les différentes formes par lesquelles la résistance des ouvriers, des travailleurs, des masses populaires s’exprime, les différentes formes de massacre social des gouvernements de la bourgeoisie impérialiste qui forment une guerre d’extermination non-déclarée contre les masses populaires et, quant aux phénomènes plus éclatants, les suicides, les meurtres de femmes, etc. etc.). Ces polémiques n’ont un sens que si elles convainquent et in fine ne se démontrent vraies que lorsqu’ellesvainquent.


    Dans l’affrontement, les communistes sont autant convaincants que vainquants parce qu’ils relient le phénomène occasionnel à la question générale, c-à-d. à la crise ; parce qu’ils ont une conception du monde qui d’un côté a connaissance de la nature de la crise, de l'autre a la stratégie pour la surmonter (la GPR de LD). Convaincre, cad. conquérir “les cœurs et les esprits” des masses populaires, est ce qui décide de l’issue de la guerre. Il suffit de voir tout l’appareil mis en place par la bourgeoisie impérialiste pour convaincre les masses populaires qu’il est juste d’aller à la misère et à la mort pour sauver une classe politique en putréfaction et le système financier derrière elle, géré par un infime groupe de criminels au niveau international et dans chaque pays, qui se font passer pour ‘Communauté internationale’ (comme ils font passer leurs guerres pour des ‘missions de paix’).

    “Une fois réunies les conditions objectives du socialisme, qui existent en Europe depuis plus d’un siècle, le facteur décisif pour la victoire de la révolution socialiste sont les conditions subjectives”. (MP, p. 35) Le mouvement communiste conscient et organisé peut donc construire la révolution socialiste. Gramsci le confirme en disant qu’existent les conditions nécessaires et suffisantes pour que des tâches déterminées puissent et donc doivent être accomplies historiquement, ajoutant que ceci doit être fait car chaque manquement au devoir historique augmente le désordre nécessaire et prépare de plus graves catastrophes, c’est-à-dire que prévale la mobilisation réactionnaire des masses populaires, que la bourgeoisie parvienne à imposer le fascisme et la guerre.

    Les communistes doivent accomplir historiquement leurs tâches, dit Gramsci : ne pas le faire prépare de plus graves catastrophes. C’est-à-dire que les tâches que les communistes doivent accomplir sont posées par le cours de l’histoire et identifiables en étudiant le cours de l’histoire. Il faut s’acquitter de ces tâches. La société qui ne s’en acquitte pas ira à des catastrophes toujours plus graves. La crise impose que nous luttions pour faire de l'Italie un nouveau pays socialiste. La classe dominante et le sens commun voient de la crise les aspects négatifs, mais tous les aspects négatifs de la crise ont leur origine dans le refus de faire ce que la crise impose de faire, la volonté de persister dans ce système économique, social et politique, la volonté de maintenir cette condition matérielle, ne pas vouloir croire possible et réaliser le futur que la crise impose comme nécessaire.

    Ne sont ni convaincants ni vainquants les économistes, incapables de voir au-delà du phénomène; et les dogmatiques, qui substituent à l'examen de la realité leurs propres schémas.

    Gramsci insiste sur le fait qu’il faut absolument tenir compte du lien entre la crise générale et chacune de ses manifestations particulières (chacun des phénomènes locaux, de secteur, du moment, etc.). C’est seulement ainsi que l’on est en mesure d’attaquer l’ennemi de manière efficace. Laisser notre action se perdre dans les détails, nous disperser dans les luttes isolées les unes des autres est une arme de guerre entre les mains de l’ennemi.

    Qui subit l’influence idéologique de la bourgeoisie (la gauche bourgeoise et ses partisans) tombe facilement victime de cette arme de l’ennemi, car justement la bourgeoisie n’a pas de connaissance théorique du lien entre général et particulier, elle n’a et ne peut pas avoir de science de la réalité économique, sociale et politique (science qui lui montrerait que son règne est fini). L’analyse théorique que fait la bourgeoisie de la réalité est toujours une analyse des détails (analyse unilatérale), ne montrant pas le lien entre ceux-ci, lien qui seul permet de comprendre le véritable rôle et le sens de chaque détail. Tenir compte du lien entre chaque manifestation et la crise générale signifie placer chaque bataille, chaque campagne dans le cadre de la stratégie générale de la GPR de LD, construire la révolution, car il s’agit ici non de reconstruire l’histoire passée mais de construire l’histoire présente et avenir.

    Après l’analyse de la situation,Gramsci passe à l’examen des rapports de force, qui s’articulent en moments.

    Le premier de ces moments est le point de départ, cad. les rapports de force entre classes par rapport à la situation objective, à l’organisation économique de la société et la composition de classe qui en découle.

    Le second moment est celui où une classe commence à prendre conscience d’elle-même comme classe [classe pour soi], et à se mouvoir sur le terrain des luttes revendicatives d’abord, puis de la lutte politique qu’il y a, c’est à dire la lutte politique bourgeoise. Ce passage est désigné comme le passage de la lutte revendicative à la lutte politique, qui se situe en Europe à la fin du XIXe siècle, avec la formation des grands syndicats et des partis socialistes de la IIe Internationale.

    Le troisième moment est le passage de la lutte politique à la lutte révolutionnaire. La classe ouvrière comprend que pour défendre ses intérêts il ne suffit pas d’agir dans le cadre politique prédéterminé par la bourgeoisie. “Avec le marxisme les ouvriers rejoignirent la conscience la plus pleine de leur propre situation sociale. Leur lutte devint plus consciente, jusqu’à assumer un caractère supérieur. Elle devint lutte politique révolutionnaire, lutte pour abattre l’État de la bourgeoisie, construire leur propre État et, grâce au pouvoir conquis, créer un nouveau système de production et un nouvel ordre social, éliminer l’exploitation et son expression historique : la division de la société en classes. Dans cetroisième moment, la classe ouvrière comprend que ses propres intérêts de classe sont les intérêts de toute la société.

    Dans ce troisième moment, le rapport entre classes est inévitablement destiné à devenir un rapport de guerre entendu au sens classique, cad. un rapport de force militaire. Gramsci affirme que la confrontation militaire est un passage obligé de la révolution socialiste. C’est précisément sur ce point que s’est concentré le principal travestissement de Gramsci par les révisionnistes modernes, depuis Togliatti et le 8e Congrès du PCI (1956), qui a consacré la voie pacifique et parlementaire au socialisme comme doctrine officielle du Parti.

    Quant à ceux qui, à la différence des révisionnistes, sont pour la révolution socialiste, mais non pour la révolution socialiste qui se construit comme une guerre mais pour la révolution socialiste qui éclate, Gramsci démontre par l’expérience qu’il n’est jamais certain que les crises économiques génèrent automatiquement des insurrections. La dégradation des conditions économiques ne génère pas nécessairement la mobilisation des masses populaires dans un sens révolutionnaire, et à l’opposé la mobilisation des masses populaires dans un sens révolutionnaire ne requiers pas que les conditions économiques soient à un degré déterminé d’intolérabilité [La situation très ‘chaude’ des années 1968-75 en Europe de l’Ouest le démontre parfaitement. Au contraire, la situation de crise aigue des années 1930 a souvent plus amené une montée du fascisme que du mouvement révolutionnaire].

    Que les masses populaires se mobilisent dans un sens révolutionnaire dépend de l’action d’un Parti qui guide leur parcours de bataille en bataille, de campagne en campagne, jusqu’à culminer dans le rapport militaire décisif, c’est-à-dire jusqu’au moment où la bourgeoisie impérialiste, qui défend son propre régime, est contrainte soit à battre en retraite soit à recourir à la guerre civileCe parcours est décrit ici en détail par Gramsci : il s’agit de trouver les points faibles de l’ennemi, là où le coup est le plus efficace, de comprendre quelles sont les opérations tactiques immédiates, … comment peut-on le mieux mener une campagne d’agitation politique, quel langage sera le mieux compris des masses etc.

    Tout ceci est précisément le développement de la GPR de LD dans un pays impérialiste comme l’Italie, dont Gramsci décrit ici la première phase, la phase de défensive stratégique, lorsque la superiorité de la bourgeoisie est écrasante. Le Parti communiste doit accumuler des forces révolutionnaires. Recueillir autour de lui (dans les organisations de masse et le front) et en lui (dans les organisations du Parti) les forces révolutionnaires, étendre sa présence et son influence, éduquer les forces révolutionnaires à la lutte en les menant à lutter. La progression du nouveau pouvoir se mesure à la quantité des forces révolutionnaires recueillies dans le front et au niveau de ces forces. Dans cette phase l’objectif principal n’est pas l’élimination des forces ennemies, mais de recueillir parmi les masses populaires les forces révolutionnaires, étendre l’influence et la direction du Parti communiste, élever le niveau des forces révolutionnaires : renforcer leur conscience et leur organisation, les rendre mieux capables de combattre, rendre leur lutte contre la bourgeoisie plus efficace, élever leur niveau de combattivité.

     

    6. La révolution socialiste n’éclate pas

    Il y a la spontanéité et il y a le spontanéisme. Gramsci critique ceux qui par principe refusent de donner au processus révolutionnaire une direction consciente, ceux selon qui une direction de ce genre signifie emprisonner, schématiser, appauvrir le processus révolutionnaire. Un exemple actuel de cette tendance mouvementiste est la tentative de construire un mouvement Anticapitaliste et Libertaire (Assemblée de Bologne, 11 mai 2013).

    • Il se proclame mouvement, non dans le sens où il veut seulement unir des organisations et des classes diverses, indépendamment de leur orientation particulière dans d’autres domaines, dans une bataille politique concrète, mais dans le sens où il veut se déclarer contre l’état actuel des choses (le capitalisme), mais refuse l’instauration du socialisme, le Parti communiste et la conception communiste du monde (donc se place sur le terrain de la gauche bourgeoise).

    · Il est contre quelque chose (contre le capitalisme), mais non pourquelque chose (le socialisme et le communisme). Qui veut être “pour”, doit faire des plans, s’organiser, comme chaque fois que l’on veut construire quelque chose, quelle qu’elle soit.

    · Il est libertaire, c’est-à-dire qu’il proclame la liberté en général, mais ne dit pas “liberté des masses populaires vis-à-vis du capitalisme” : il utilise le terme “libertaire” car c’est celui utilisé par les tendances anarchistes qui refusent tout schéma, organisation, imposition, règle, discipline, d’où qu’elles viennent : même celles qu’un collectif se donne, même celles que la lutte elle-même requiert. Elles les refusent au point de renoncer à la lutte et de rester au capitalisme.[Servir le Peuple rappelle cependant ici qu’il n’est pas anti-libertaire : les libertaires sont selon nous une ‘piqûre de rappel’ rappelant aux marxistes la vocation de l’État socialiste à son propre dépérissement (par la disparition des classes et de toute division permanente du travail), ce que beaucoup ont eu tendance au siècle dernier, et ont encore tendance aujorud’hui à perdre de vue (d’où, par exemple, la sympathie pour des régimes qui n’ont rien de ‘socialiste’ au sens marxiste, voire rien de ‘progressiste’ au sens léniniste).]

    La liberté et le mouvement dont il s’agit dans cette énième tentative sont ceux de l’eau qui est libre d’aller vers le bas. Il n’y a pas de pensée, pas de réflexion, pas de bilan de l’expérience de ceux qui avant nous ont lutté, du pourquoi et du comment ils ont gagné ou perdu, il n’y a pas de programme pour l’avenir, et donc pas d’élan.

    Tout se réduit, au final, au contraire de la liberté, à une réaction mécanique (à la manière d’un mécanisme qui ne se meut pas par un mouvement propre, mais par l’impulsion qu’il reçoit d’un autre) à l’attaque de l’ennemi, qui au contraire dispose d’armées organisées (qui depuis l’Antiquité romaine, et même avant, ont démontré pouvoir vaincre des masses en révolte inorganisée, même en nombre dix fois supérieur) et d’un plan pour maintenir son pouvoir, etc.

    Gramsci explique ici comment ce qui se veut liberté s'y renverse en riposte mécanique et expression de subalternité vis-à-vis de la classe ennemie, car elle ne se qualifie pas par elle-même, par ce qu’elle veut construire, mais par l’ennemi auquel elle s’oppose, et donc dépend de lui, à la manière dont un travailleur dépend du patron [C’est ce que Gramsci appelle subversivisme, qui peuple les rangs de ce que le (n)PCI appelle la gauche bourgeoise, et que le ‘sens commun’ appelle ‘gauche radicale’... mais aussi les rangs de la mobilisation populiste fasciste. Cette qualification est particulièrement valable pour le mouvement Grillo, particulièrement ‘anti-tout’, qui finira soit dans l’un soit dans l’autre].

    Si un groupe ne s’efforce pas de se créer une science propre de la réalité et de l’histoire, ses analyses sont en définitive celles de la propagande bourgeoise, sont tirées des journaux et des livres de la bourgeoisie, fut-ce “lus à l’envers” (en les critiquant, en les dénonçant, en s’indignant, etc.). Ceux qui évoluent dans ce sens ne soupçonnent même pas que leur histoire puisse avoir une quelconque importance, dit ici Gramsci.

    Quand ils s’occupent de cette histoire, ils le font quant au contenu en utilisant en économie, politique, philosophie les critères et les données fournies par la bourgeoisie, conformes à la conception bourgeoise du monde. Quant à la forme, soit ils parlent et n’agissent pas, et ne courent donc pas le risque d’être démentis, soit ils séparent la parole de l’action, ne reflètent pas la parole dans la pratique, n’apprennent pas des erreurs.

    Quand ils remportent un succès, ils ne l’utilisent pas comme base pour construire le nouveau Pouvoir, ni comme base pour passer à une lutte de niveau supérieur. Ce que nous avons bien vu l’an dernier : passées les grandes manifestations du 31 mars et du 27 octobre 2012, l’état d’esprit prédominant parmi leurs promoteurs était : et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?

    Les conditions objectives qui poussent les masses populaires à se mobiliser pour créer une nouvelle société (qui rendent nécessaire sa création car ne pas la créer amène des catastrophes plus graves encore) existent depuis longtemps, et donc leur mouvement estspontané comme l’eau du fleuve qui va à la mer. Mais elle est différente de l’eau du fleuve qui va à la mer, car il s’agit d’êtres humains. Ceux-ci ont besoin de se représenter le chemin qu’ils parcourent : l’eau ne va à la mer qu’à des conditions déterminées.

    ‘‘Cette unité de la «spontanéité» et de la «direction consciente», c’est-à-dire de la «discipline» est précisément l’action politique réelle des classes subalternes, en tant que politique de masse et non simple aventure de groupes qui se réclament des masses’’ dit Gramsci, et il ajoute querenoncer à leur donner une direction consciente, à les élever à un niveau supérieursignifie laisser le champ libre à la bourgeoisie impérialiste, qui dévie la mobilisation des masses populaires dans un sens réactionnaire.

    La mobilisation des masses dans un sens réactionnaire (fascisme, guerre) est le fruit de la renonciation des groupes responsables [des communistes] à donner une direction consciente aux mouvements spontanés et à les faire devenir dès lors un facteur politique positif.

    Celui qui nie le principe selon lequel la révolution se construit, qu’elle doit être dirigée, et dirigée comme une guerre populaire révolutionnaire, celui qui espère “que les masses bougent” et ne voit pas que les massessont déjà en mouvement (mais bien sûr, à la manière dont les masses opprimées peuvent l’être lorsqu’elles n’ont ni objectif conscient et juste, ni organisation ni direction), laisse un espace vide qui est occupé par la réaction.

    Tous ceux qui peuvent aujourd’hui assumer le rôle de gouvernement du pays, en Comités de Libération Nationale, en Administrations Locales d’Urgence, en un Gouvernement de Salut National, en somme en organismes qui mobilisent les masses populaires contre la guerre que la bourgeoisie impérialiste leur livre, et hésitent à le faire, sont en hésitant ainsi objectivement responsables de la mobilisation réactionnaire des masses populaires.

    Les mouvementistes s’opposent à faire des plans. Selon eux, dit Gramsci,tout plan préétabli est utopique et réactionnaire. Quiconque s’est adressé aux mouvementistes en leur montrant comme nécessaire un parcours vers l’objectif de la transformation révolutionnaire, s’est entendu répondre que le parcours indiqué était une imposition, une tentative de mettre en cage, de briser les ailes du mouvement spontané, et qu’ainsi le plan étaitréactionnaire et que prévoir un parcours concret vers la révolution étaitutopique.

     

    Dans le §7 du Carnet 13, Gramsci dit que la révolution comme insurrection fonctionne pour la bourgeoisie de la Révolution Française (1789) jusqu’au moment où la classe ouvrière surgit comme nouvelle classe révolutionnaire (1848).

    Passée cette date, la bourgeoisie cesse d’être une classe révolutionnaire en lutte contre le clergé et les nobles, et se met en état de guerre contre la classe ouvrière. La guerre contre la classe ouvrière, la bourgeoisie la prépare minutieusement et techniquement en temps de paix, avec quantité de tranchées et fortifications dans la structure massive des démocraties modernes, tant comme organisations étatiques que comme ensemble des relations dans la vie civile.

    Cette structure massive des démocraties modernes est le régime de contre-révolution préventive. La révolution ‘pousse’, c’est un mouvement objectif, et la bourgeoisie construit un appareil fignolé dans ses moindres détails pour contrer la volonté et la necessité de participation et d’auto-gouvernement des masse populaires, contre le moindre délegué syndical non asservi, contre le centre social autogéré, contre un Mouvement Cinq Étoiles [de Beppe Grillo] qui n’accepte pas les normes préétablies pour participer au petit théâtre de la lutte politique bourgeoise, et surtout contre la plus grande expression d’autonomie et d’indépendance de la classe ouvrière et des masses populaires, le Parti communiste. Cet appareil est précisément la contre-révolution préventive, appliquée dans les pays impérialistes.

    Contre cet appareil, la stratégie des communistes est la GPR de LD, par laquelle l'accumulation de forces et la conquête de nouveaux territoires (l'expansion de l’hégémonie sur les masses populaires aux dépens de la bourgeoisie) sont un travail tout aussi minutieux, qui pas à pas amène à l’affrontement militaire proprement dit.

    Gramsci explique combien est impossible une guerre de mouvement qui enfonce les lignes ennemies et par laquelle l’on s’empare des centres de pouvoir, lorsque derrière ces lignes ennemies il y a tout un appareil dont elles ne sont que le premier front. La société, dit-il, est devenue une structure terriblement complexe et résistante aux “irruptions” catastrophiques de l’élément économique immédiat (crises, dépressions) ; les superstructures de la société civile sont comme le système des tranchées dans la guerre moderne (…) ni le troupes assaillantes, par l’effet de la crise, ne s’organisent [spontanément ou sous une direction ‘insurrectionnelle] de manière fulgurante dans le temps et l’espace, ni encore moins elles n’acquièrent un esprit agressif.

    Le conseil de Gramsci est d’étudier la Révolution d’Octobre à la lumière de la théorie de la GPR de LD. À ceci nous pouvons ajouter que depuis la victoire de la Révolution d’Octobre, la bourgeoisie impérialiste a pris toutes les contre-mesures dont elle est capable pour ne pas se faire surprendre par une quelconque insurrection.

    Qui a la prétention de faire irruption dans le camp ennemi, de semer parmi les troupes adverses une panique et une confusion irréversible, d’organiser ses propres troupes à l’improviste, de mettre tout aussi à l’improviste ses cadres existants en position de direction immédiatement reconnue par une population en révolte, d’unir immédiatement cette population vers un objectif commun, est un mystique, dit Gramsci. De fait, qui raisonne en ces termes religieux reste statique en attendant que quelqu’un d’autre commence, ou que quelqu’un vienne de l’extérieur apporter la révolution, de Russie ou de Chine hier, des peuples opprimés aujourd’hui (de la Palestine, de l’Inde, du Népal ou de pays comme le Venezuela ou Cuba, selon les tendances préférées).

    L’examen des positions de Gramsci confirme son anticipation de l’un des fondements de la théorie révolutionnaire, à savoir la stratégie de GPR de LD, l’une des contributions les plus importantes du maoïsme à la science révolutionnaire, à la conception communiste du monde. Gramsci, outre cela, a apporté d’autres anticipations très importantes. L’étude en cours de l’œuvre de Gramsci permet de récupérer ces précieuses anticipations que Gramsci a élaborées, pour donner toute sa valeur à sa stature de dirigeant du mouvement communiste au niveau national et international, et surtout pour continuer son œuvre jusqu’à la réalisation des objectifs pour lesquels il a donné sa vie.

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