• - L’IMPÉRIALISME N’EST PAS UN « COMPLOT », C’EST UN SYSTÈME ÉCONOMIQUE, À LA BASE DU CAPITALISME « MONDIALISÉ »

    - L’IMPÉRIALISME N’EST PAS UN « COMPLOT », C’EST UN SYSTÈME ÉCONOMIQUE, À LA BASE DU CAPITALISME « MONDIALISÉ »Lénine et l’impérialisme : actualité et éclaircissements. Par notre camarade TML.

    L’impérialisme n’est pas un « complot », c’est un système économique, et il est à la base du capitalisme « mondialisé ».

    D’une manière générale, la situation actuelle de mondialisation économique, avec sa crise systémique liée à la domination de la sphère financière sur l’ensemble des conditions du développement économique, cela ne peut être une meilleure illustration de l’actualité de la pensée de Lénine sur la formation du stade impérialiste du capitalisme et la domination du capital financier sur l’ensemble des activités économiques, et en tout premier lieu, du secteur industriel. On ne peut plus spectaculaire concrétisation de la domination du capital financier sur le capital industriel et productif en général.

    C’est clairement cette situation que Lénine a caractérisé par le lumineux passage suivant,

    « Le propre du capitalisme est, en règle générale, de séparer la propriété du capital de son application à la production; de séparer le capital-argent du capital industriel ou productif; de séparer le rentier, qui ne vit que du revenu qu’il tire du capital-argent, de l’industriel, ainsi que de tous ceux qui participent directement à la gestion des capitaux. L’impérialisme, ou la domination du capital financier, est ce stade suprême du capitalisme où cette séparation atteint de vastes proportions. La suprématie du capital financier sur toutes les autres formes du capital signifie l’hégémonie du rentier et de l’oligarchie financière; elle signifie une situation privilégiée pour un petit nombre d’Etats financièrement « puissants », par rapport a tous les autres. On peut juger de l’échelle de ce processus par la statistique des émissions, c’est-à-dire de la mise en circulation de valeurs de toute sorte. » (http://www.marx.be/fr/content/iii-le-capital-financier-et-loligarchie-financiere )

     

    Cette compréhension du phénomène impérialiste, qui devrait être une évidence pour tout le monde, ne l’est assurément pas pour la « culture » médiatique dominante, mais elle devrait au moins l’être pour les marxistes, et surtout pour ceux qui osent encore se proclamer « marxistes-léninistes »… Or ce n’est manifestement pas le cas…

    Une difficulté d’interprétation subsiste pour certains autour de la notion de monopole et aboutit en pratique, dans leurs analyses, à escamoter complètement la domination du capital financier, et donc à vider, en fin de compte, la notion d’impérialisme de ce qui lui est particulier, comme forme du capitalisme.

    Réduire la notion d’impérialisme à celle du monopole, et prétendre s’appuyer sur Lénine pour le faire, très formellement, cela reste possible si l’on en en évacue la signification essentielle et si l’on se contente de jouer sur les mots.

    Cela implique d’évacuer complètement la notion de séparation du capital-argent d’avec le capital productif, qui est non seulement une notion propre à ce stade du capitalisme, où elle est donc poussée à l’extrême, mais une notion propre au capital « en général », comme nous l’indique Lénine. Ce n’est donc pas seulement un aveuglement scolastique face à la réalité du monde, selon lequel l’impérialisme se limiterait essentiellement à l’apparition des monopoles, mais c’est tout simplement, de plus, une révision fondamentale du marxisme.

    Il est clair qu’à l’époque de Lénine l’apparition des monopoles et la formation du capitalisme monopoliste est bien le phénomène caractéristique de la domination du capital financier, mais non seulement il est basé, précisément, sur cette séparation, comme il nous l’indique, mais il l’accentue donc encore, au lieu de la réduire. C’est, plus que jamais, cette séparation qui permet la domination du capital financier sur le capital industriel et productif. En réalité, cette domination du financier sur le productif est carrément l’expression formelle actuelle, et depuis l’apparition du phénomène impérialiste, de cette séparation capital-argent/productif. Elle n’est pas une forme hasardeuse ou même spécialement « perverse » du capitalisme. Elle est tout simplement la forme moderne incontournable du capitalisme.

    Mais elle ne doit donc pas nous faire oublier ce que nous explique Marx à propos du cycle d’élargissement du capital à travers le processus productif. Ce processus est encore le seul creuset réel de la valorisation du capital. C’est avec la révolution industrielle que ce cycle est apparu de manière évidente et visible, au premier degré, et clairement, pour la première fois, comme étant le rôle fondamental du capital productif. Avec la révolution industrielle le capital productif est devenu ouvertement et pour la première fois dans l’histoire économique, la forme dominante du capital. On comprend aujourd’hui qu’elle ne l’est devenue que pour un temps limité, en fait, même si le processus productif reste encore le creuset incontournable de la valorisation du capital, en dépit du rétrécissement de ce creuset, qui est bien l’une des causes majeures de la crise, ce que l’on a encore récemment vu à travers différents articles au sujet de la robotisation.

    Mais le capital industriel et productif n’a pas surgi, avec ses usines modernes, remplaçant les ateliers artisanaux et les manufactures, comme un champignon après la pluie.

    Si les capitalistes industriels ont pu dominer la scène économique dès les début de cette mutation économique gigantesque, il n’ont pu le faire que grâce l’existence de capitaux précédemment accumulés à travers les divers processus d’accumulation primitive du capital, et ayant abouti à une première strate, déjà très importante, de capital bancaire, qui s’est alors rapidement mise au service du développement industriel, même si elle n’y avait pas le premier rôle.

    Ce qu’a apporté l’apparition des monopoles, c’est précisément l’inversion de ce rapport des rôles, et finalement, assez formellement, du rapport de forces entre ces deux formes du capital, ou plutôt, concrètement, de leurs détenteurs et acteurs.

    Ce sont aussi bien les opérations de concentration des entreprises que les lourds investissement nécessaires à la modernisation des techniques de production qui ont transformé les acteurs bancaires et financiers en acteurs économiques, décidant finalement des stratégies industrielles et y trouvant directement leur intérêt.

    Autrement dit, sans une masse de capitaux financiers préexistants et issus des formes primitives d’accumulation du capital, la formation des monopoles et leur extension à travers le monde n’eut point été possible.

    Il est bien évident que cette masse s’est accrue considérablement au cours de ce processus, et que, avec Lénine, on peut parler de fusion, dans les monopoles, du capital bancaire et du capital industriel, mais il n’en ressort donc pas moins que la forme financière continue, de manière dialectique, à exister en tant que forme argent du capital et que cela lui donne une certaine autonomie par rapport au processus productif. C’est cette autonomie qui est à la fois le moyen par lequel elle assure sa domination sur la forme industrielle et sur le processus productif et le moyen par lequel elle continue d’assurer leurs développements réciproques.

    Même si l’on voit bien que, globalement, la crise du capital vient de son incapacité, désormais, à se valoriser massivement à travers le processus productif, il n’en est, pas moins et pour autant, d’investissement réellement productif qui ne dépende, d’une manière ou d’une autre, du capital financier.

    Les régions du monde ou le productivisme capitaliste apparaît encore comme sous-développé s’y trouvent progressivement soumises par le biais de l’investissement financier impérialiste, dans la plupart des cas.

    Comme le rappelle constamment Lénine, il est également clair que si cet investissement est qualifié d’impérialiste, c’est bien parce qu’il vise d’abord à la valorisation du capital investi, tant par l’exportation massive de capitaux que par l’émission également massive de titres financiers.

    Un investissement qui n’a pas pour but essentiel la valorisation du capital à travers le cycle productif ne peut réellement être qualifié d’impérialiste.

    « Il n’y a jamais eu d’impérialisme pur, sans base capitaliste, il n’y en a jamais eu, il n’y en a nulle part et il n’y en aura jamais. »

    https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1919/03/d8c/vil19190300-04c8.htm

    Pourtant, au départ, Lénine nous parle bien de deux formes d’impérialisme, dont une d’ordre strictement militaire, qu’il qualifie précisément de « romain » et porte sur la seule notion de conquête de territoires. Mais précisément, il la distingue de l’impérialisme moderne par ce but spécifié. Il est clair que dans les débuts de l’mpérialisme moderne, les deux formes se confondent encore, et notamment das les entreprises coloniales au premier degré, où, néanmoins, la finalité est bien à court terme l’établissement d’entreprises industrielle productives et l’exploitation des ressources locales, notamment en matières premières. On a évidemment vu que cette forme ressurgit également en cas de crise aigue et de confrontation entre puissances impérialistes (2 guerres mondiales…). Elle ressurgit, également, en cas de résistance des peuples supposés faire l’objet d’entreprises de néo-colonisation, comme c’est actuellement le cas de la Syrie, entre autres.

    Autrement, et notamment depuis la deuxième guerre mondiale, c’est donc le processus de néo-colonisation, par voie de domination financière, qui est le processus couramment appliqué.

    Précisément, les choses ont changé, par rapport à l’époque de Lénine, sur le plan, à la foi, des formes de néo-colonisation et des formes de résistance économique à cette dernière.

    A vrai dire la situation avait déjà essentiellement changé à partir de la Révolution d’Octobre et de l’émergence d’un premier état-continent, l’URSS, formé de plusieurs état entreprenant l’édification du socialisme sur 1/6ème de la planète.

     

     

    Dans le sillage de ce séisme, une vague de luttes de libération nationale s’est soulevée dans les colonies détenues par les principales puissances impérialistes de l’époque. Un nombre important ont provisoirement triomphé, parfois même en se revendiquant d’options socialistes et se référant au marxisme-léninisme. En réalité, nombre de ces mouvements, même si formés dans le sillage de la IIIème internationale, étaient nés sous l’influence des bourgeoisies nationales-progressistes locales. Leurs capacités à demeurer dans la voie de l’édification du socialisme étaient très faibles, autant en raison de la base économique arriérée sur laquelle elle s’appuyait (ce qui n’était pas insurmontable, Cf. l’URSSS), que surtout par l’opportunisme nationaliste de leurs fractions dirigeantes. Bon nombre de ces régimes n’ont pas résisté longtemps aux sirènes de la corruption et sont rapidement passés du stade d’ancienne colonies à celui de néo-colonie… Mais un certain nombre ont fait de la résistance économique et politique, établissant des régimes indépendants, à vocation de développement économique endogène, à défaut de socialisme. Ces états ont hérité des infrastructures coloniales, qui comprenaient déjà parfois un niveau local de développement industriel calqué sur les monopoles des métropoles dont ils étaient issus. Même s’il s’agit donc, en réalité, de nouveaux états capitalistes, peut-on pour autant, et même s’ils comprennent des infrastructures économiques de type monopolistes, les qualifier d’impérialistes ? Et même si, de plus, dans nombre de cas ces infrastructures ont été nationalisées et sont demeurées parfois durablement la propriété de l’état ?

    En quoi ces états répondent-ils donc à la définition léniniste de l’impérialisme ? Sont-ils des émetteurs massifs de titres financiers sur les places internationales ou même simplement chez eux ? Sont-ils des exportateurs massifs de capitaux financiers?

    Assurément pas, et il faut donc bien admettre que des structures économiques de type monopoliste, et même des éléments de capitalisme d’état peuvent se trouver dans des états qui ne sont en rien des états impérialistes, mais sont simplement restés au stade de domination d’une bourgeoisie nationale et/ou nationale-bureaucratique, selon les cas, ce qui ne fait qu’une différence de forme, du reste, mais aucune quant à la nature de classe.

    Peut-on parler pour autant de capitalisme « pré-monopoliste » ? Assurément, dans les cas où le développement est le plus arriéré, dans le cas des anciennes colonies les plus arriérées, de telles formes économiques s’y trouvent nécessairement encore, mais elles ne constituent pas, généralement, la base structurelle de ces états et le qualificatif de national bourgeois ou national-bureaucratique bourgeois, leur est mieux adapté, selon la part d’éléments de capitalisme d’état qui s’y sont constitués. C’est, notamment, le cas de la Chine maoïste, jusqu’en 1972, année où la jonction de la bureaucratie nationale-maoïste s’est rapidement effectuée avec le capital financier international, via la bourse de Hong-Kong.

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2015/09/01/de-la-structuration-maoiste-de-la-bulle-chinoise/

    Le cas de la Chine est particulièrement intéressant parce que de tous les pays du tiers-monde qui ont prétendu accéder au socialisme à partir d’une révolution de libération nationale, il est le plus important et celui où cette illusion s’est maintenue durablement, au point que la réalité, aussi bien de son histoire que de sa situation actuelle, est difficilement admise, pour ne pas dire, très rarement en fait, par les analystes de gauche, y compris et surtout, de la gauche occidentale, où il reste encore quelques maoïstes, et même,sans doute plus nombreux, de pseudos « marxistes-léninistes » qui avalisent le discours officiel chinois sur le « socialisme » actuel de la Chine, et sa très formelle référence au « marxisme-léninisme » !

    En réalité, la lutte de libération qui se termine en 1949, sur la base d’une alliance entre bourgeoisie nationale rurale et paysannerie, où le prolétariat industriel ne joue sur le terrain plus aucun rôle politique depuis longtemps, en dehors des proclamations théoriques, aboutit donc à une « révolution démocratique bourgeoise de libération nationale », selon l’édition de 1955 du manuel de l’académie des sciences de l’URSS, et à une « révolution de démocratie nouvelle », selon Mao. Tant par celui-ci que par le Manuel, du reste, la propriété de la bourgeoisie nationale y est officiellement reconnue, y compris dans le domaine industriel, en fin de compte, alors même qu’est supposé commencer la phase du passage au socialisme. En réalité, l’intégration de la bourgeoisie industrielle supposée « nationale » se fait aussi avec force indemnisations et sinécures dans les ministères, à l’exemple de Rong Yren, fondateur d’une dynastie de milliardaires chinois encore présente dans les hautes sphères du capitalisme chinois actuel. C’est un cas typique où malgré la nationalisation progressive de la majeure partie de l’industrie, aucune forme de développement économique industriel socialiste n’a jamais vraiment eut lieu. Quant au développement agricole, après une répartition de la terre entre petits paysans, et la forme adoptée de prétendu « socialisme », à travers le système utopique des « communes populaires », il ne pouvait que mener à l’échec (catastrophe du « grand bond en avant ») déjà pourtant anticipé par Engels, dans son Anti-Dühring, à propos de ce type d’économie « communaliste » et du rétablissement tout aussi inévitable du capitalisme auquel elle ne pouvait donc que mener.

    Pourtant, de l’échec tragique du « grand bond en avant » à l’émergence du capitalisme financier chinois comme l’une des forces dominantes de l’économie mondiale, il s’écoule plus de quatre décennies… De la vente des premiers titres financiers de la Chine maoïste à la bourse de Hong Kong, en Septembre 1972, à l’ouverture des places financières continentales, déjà près de deux décennies.

    Dans les campagnes, les dernières communes populaires ne sont démantelées qu’au milieu des années 80, une seule étant conservée, pour le « folklore » touristique. Autrement dit, la période de domination du capitalisme national-maoïste peut être considérée comme ayant duré près de quatre décennies, également, si l’on tient compte que la période « Denguiste » est essentiellement une période comprador, de domination du capital financier étranger, et principalement US, mais où s’effectue, en quelque sorte, la plus grosse part de l’accumulation primitive nécessaire à la constitution du capital financier chinois, formant la base d’un capitalisme monopoliste d’État capable d’amorcer sa propre exportation significative de capitaux. Pour autant, à quel moment peut-on dire que cette exportation fait de la Chine une nation impérialiste ? Comme le dit Lénine :

    « Inutile de dire, évidemment, que toutes les limites sont, dans la nature et dans la société, conventionnelles et mobiles; qu’il serait absurde de discuter, par exemple, sur la question de savoir en quelle année ou en quelle décennie se situe l’instauration « définitive » de l’impérialisme. »

    http://marx.be/fr/content/vii-limperialisme-stade-particulier-du-capitalisme

     

     

    Il en va de l’impérialisme chinois comme de l’impérialisme en général. Récemment, (2015-2016), les chinois se sont vantés que leurs exportations de capitaux étaient enfin supérieures à la masse des capitaux étrangers entrants, sur une année. Encore faut-il tenir compte qu’une partie des capitaux formellement « exportés » reviennent en réalité en Chine, via des places de transit genre Iles Caïman, pour bénéficier du statut spécial des zones franches… Quoi qu’il en soit, personne ne peut aujourd’hui nier que la Chine soit le deuxième poids lourd financier à l’échelle mondiale et le seul challenger réel de l’impérialisme US. Pour autant, l’impérialisme US possède encore plusieurs longueurs d’avance dans tous les domaines et, même s’il peut sembler « sur le déclin », tout est relatif et il a encore les moyens de se comporter en « gendarme de la planète », tant sur le plan militaire que financier, et, manifestement, il ne s’en prive pas.

    Sur le plan « culturel » et idéologique, le fait que la Chine continue assez officiellement à donner des leçons de « marxisme-léninisme » au monde entier peut prêter à sourire et c’est bien là, du reste, encore un héritage de la « pensée » maoïste, qui se voulait plus « rouge » que toutes les autres et prétendait critiquer leur « révisionnisme », et notamment le « social-impérialisme soviétique » qui serait né avec l’ère khrouchtchevienne. Cette posture « théorique » avait notamment atteint le paroxysme de l’hypocrisie et du cynisme avec la supposée « révolution culturelle », précédant précisément le basculement complet de la Chine dans le camp réellement impérialiste, celui là, des USA !! Ce que Mao lui-même a finalement formalisé à travers sa « théorie des trois mondes », prolongement conséquent de sa prétendue philosophie « de la contradiction », très prisée de nos « intellectuels » occidentaux, qui y ont trouvé une raison de plus de servir désormais la soupe aux maîtres du monde.

    Cette « théorie » du « social-impérialisme soviétique » n’est pas sans avoir encore quelque écho, paradoxalement auprès de ceux qui voient en la Russie actuelle un prolongement de cet « impérialisme », soit éventuellement comme « allié » de l’impérialisme chinois, soit simplement pour son propre compte.

    Ce syndrome affecte donc toujours une bonne partie des pseudos « marxistes-léninistes » français, qui le partagent, sous des formes à peine atténuées, avec une large frange de la gauche française, celle qui préfère encore le râtelier US à la soupe chinoise. Paradoxe ou retard à l’allumage, certains sont des maoïstes adepte du « Mao » de la période « révolution culturelle » !!

    Il est vrai que selon la présentation actuelle qui en est faite par les médias du système, la Russie de Poutine serait donc le dernier « grand méchant loup » menaçant la quiétude de l’Occident, depuis le recul des « djihadistes » au Proche-Orient.

    On a vu que le moindre de ses mouvements stratégiques est scruté et aussitôt interprété comme une « menace » et une intention agressive à l’égard de l’Occident, même lorsqu’il se déroule sur son propre territoire ou sur celui de ses alliés.

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/02/08/tout-ca-pour-ca-ou-les-eternels-demons-kollabos-de-la-petite-bourgeoisie-maoiste/

     

     

    L’épisode « Crimée » a été évidemment le pic symbolique de ce syndrome, en dépit de sa légitimité assez évidente et que l’Occident est bien dans l’incapacité de contester, du reste. Une « annexion » éventuelle du Donbass serait évidemment interprétée comme une nouvelle « agression » alors que ce rattachement est le souhait massif des populations locales et serait donc tout à fait conforme au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Si l’ambiguïté du régime Poutine doit être critiquée, au sujet de l’Ukraine, c’est bien plutôt dans le sens d’une temporisation diplomatique excessive qu’elle devrait l’être.

    En Ukraine comme ailleurs, si l’on tient compte de l’épisode sanglant du Maïdan et de ses suites, c’est carrément d’une inversion des rôles qu’il s’agit, et c’est la stratégie de résistance de la Russie qui est systématiquement présentée comme une suite d’entreprises agressives supposément « impérialistes », donc, selon certains discours « de gauche » et même pseudos « marxistes-léninistes ».

    Face au déferlement « préventif » du militarisme US et Otanesque sur l’essentiel des zones stratégiques jouxtant ses frontières, la stratégie de résistance et de désencerclement de la Russie surprend par son ampleur et sa relative efficacité, jusqu’à ce jour.

    Au regard de l’Occident, cette efficacité est donc des plus « politiquement incorrecte » et semble seulement bien venue pour accréditer ce renversement des rôle, et attestant d’un hypothétique « équilibres des force », voire même d’une très théorique supériorité militaire, elle accréditerait donc la thèse d’un « impérialisme russe » renaissant de ses cendres, héritier en ligne directe du « social-impérialisme soviétique »…

    Même si l’on se place du point de vue primitif d’un prétendu « impérialisme militaire », la réalité des chiffres devrait remettre les choses en proportions. Pour 2017, le budget de l’armée US représente à lui seul 40% du budget militaire total de la planète ! Et il est plus que douze fois supérieur à celui de la Russie ! Qui est lui-même inférieur à celui de la France, grande donneuse de leçons et pourvoyeuse de conflits à travers le monde, et en Afrique, notamment !

    http://www.lepoint.fr/monde/budget-militaire-la-france-depensera-plus-que-la-russie-en-2017–12-12-2016-2089696_24.php

    http://hist.science.online.fr/storie/politiq_incorrect/PaxAmericana/puissance-militaire.htm

    La Russie a effectivement hérité du passé soviétique une industrie militaire d’un bon niveau et a réussi à la rendre à nouveau fonctionnelle, avec en réalité peu de moyens. Ce qui est simplement une nécessité pour sa survie, dans le contexte international actuel, et nullement une preuve de volonté « expansionniste ».

    Ce meilleur rapport coût/efficacité est d’ailleurs reconnu et envié jusqu’au sein de l’armée US elle-même…

    http://pqasb.pqarchiver.com/mca-members/doc/1868134384.html?FMT=TG

    Le véritable impérialisme, effectivement, ne peut aller sans gâchis matériel, financier, et humain, en fin de compte !

    Voilà donc pour l’ « impérialisme militaire »…

    Quid de l’ « impérialisme financier » de la Russie ?

    Si le budget militaire US représente à lui seul 40% du budget militaire mondial, il en va de même déjà simplement pour la capitalisation boursière située aux USA, qui représente donc également 40% du total mondial. Sur l’ensemble mondial des titres financiers, ce sont largement plus de 50% qui sont contrôlés par des américains…

    Par comparaison, la capitalisation boursière de la Chine, son challenger, équivaut à 40% …de celle des USA, soit environ 16% du total mondial.

    La capitalisation boursière de la Russie, pour sa part, représente seulement à peine 1,5% de la capitalisation US, soit aux environs de 0,006% du total mondial !

    Une seule entreprise américaine, comme Apple, représente à elle seule plus du double de la capitalisation boursière totale en Russie… !

    Et qu’en est-il de l’exportation « massive » de capitaux russes qui devrait être la manifestation essentielle de cet « expansionnisme » dévergondé… ?

    Comparons les chiffres chinois et russes pour l’année 2016 :

    La Chine a exporté en 2016 pour 183 Millards de Dollars de capitaux, et en a importé 133, soit un différentiel positif, pour l’export, de 50 Mds de Dollars.

    https://www.tradesolutions.bnpparibas.com/fr/implanter/chine/investir

    Cette même année, la Russie a importé en tout moins de 33 Milliards de Dollars, et n’en a exporté que 22, soit un solde NEGATIF de près de 11 Mds.

    https://www.tresor.economie.gouv.fr/Ressources/File/438470

    Et encore, selon la source, environ 70% de ces 22 Mds exportés le sont vers des « zones à fiscalité privilégiée », et ne sont donc pas réellement de l’investissement productif. Plutôt de l’évasion fiscale, en termes moins diplomatiques…

    Autant dire, en dépit de quelques cas spectaculaires manifestement montés en épingle par la propagande médiatique occidentale, que l’ « exportation » de capitaux russes, déjà basicalement déficitaire, est donc en réalité carrément à considérer comme négligeable, du point de vue des critères qui en feraient l’expression d’un « impérialisme russe ».

    Comment donc peut on considérer un pays, certes capitaliste, mais qui n’exporte quasiment pas de capitaux et dont la capitalisation boursière est des plus réduites, surtout en proportion de sa taille et de son importance géostratégique, à l’échelle d’un continent ?

    Ses seules ressources économiques conséquentes reposent sur l’exportation de ses matières premières, et non sur leur transformation, et sur l’exportation d’armes, sa seule industrie réellement compétitive, à l’échelle internationale.

    C’est en ce sens qu’elle se rapproche effectivement à nouveau de ce qu’était l’URSS des décennies Khrouchtchev-Brejnev, avant l’effondrement de la période Gorbatchev-Eltsine, de loin la plus noire.

    On ne peut pas résumer en quelques lignes l’histoire économique de cette époque, mais elle peut effectivement se comparer à la période de transition « Deng Xiaoping » en Chine, en ce sens qu’il s’agit d’une période de transition de type « comprador », mais, en l’occurrence, totalement ratée, notamment en raison de l’importance prépondérante de l’économie mafieuse. Il n’y a donc pas eu d’accumulation primitive suffisante pour constituer un capital financier monopoliste russe capable de démarrer un cycle de développement basé sur l’exportation de capitaux, à partir de groupes industriels et financiers compétitifs à l’échelle internationale.

    Seul le géant « Gazprom » peut sembler faire illusion, mais précisément il ne concerne que l’exploitation et l’exportation de matières premières, ne gérant donc en fait qu’une situation de dépendance de la Russie vis à vis de ce marché complexe, et de plus, majoritairement au mains de l’État russe, c’est le cas typique d’un élément de capitalisme d’État de type national-bureaucratique, et non pas la composante d’un pôle économique capitaliste au stade impérialiste, on vient de le voir.

    En ce sens, en tant qu’héritier quasi direct de ce qu’était l’économie soviétique de la période Khrouchtchev-Brejnev, il nous renseigne sur ce qu’était la nature de classe de l’URSS à cette époque. On a déjà vu à quel point elle se trouvait dépendante de l’exportation des matières premières.

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/08/05/prix-du-petrole-effondrement-des-cours-et-effondrement-dune-theorie-pseudo-marxiste-leniniste/

    La prise du pouvoir par la bureaucratie khrouchtchevienne s’est faite pratiquement en parallèle de l’installation au pouvoir, en Chine, de la bureaucratie nationale-maoïste. De plus, on a également déjà vu à quel point, à cette époque, ces deux fractions, russes et chinoises, partageaient les mêmes vues sur le démantèlement des infrastructures socialistes en URSS, et sur leurs propres modes de « développement », en dépit de leur conflit ultérieur et des légendes « théoriques » cultivées par la gauche française, surtout supposée « extrême », à ce sujet.

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2016/11/02/maoisme-etou-marxisme-leninisme/

    C’est pourquoi le programme de « réformes » initié par Khrouchtchev peut être qualifié de contre-révolution, précisément en ce qu’il change la nature de classe de l’État soviétique. D’État socialiste, il en fait une dictature bourgeoise nationale-bureaucratique. Ce qui pouvait encore être une révolution de libération nationale en Chine, après la colonisation et la dictature japonaise, était par contre nettement de nature réactionnaire et contre-révolutionnaire en URSS.

    Le conflit, qui s’est développé entre eux, ensuite, principalement à partir du début des années 60, est donc un conflit entre deux fractions de la bourgeoisie nationale-bureaucratique, les deux plus importantes de cette époque là, qui tentaient en outre de se disputer le leadership des mouvements de libération nationaux, alors en plein essor.

    C’est principalement au cours de cette décennie des années 60 que s’est forgé le lexique maoïste de base concernant la pseudo- « théorie du social-impérialisme soviétique », reprise, entre autres, par les « marxistes-léninistes » français, et encore jusqu’à aujourd’hui. Qu’ils aient largué ou non le maoïsme en cours de route, ils n’en continuent pas moins à tirer ce boulet théorique avec eux et même à le ressortir et à lui redonner un coup de « polish » pour établir un lien « impérialiste » entre l’URSS de cette époque et la Russie d’aujourd’hui… !

    S’appuyant sur le fait que le capitalisme monopoliste d’État est la forme du capitalisme qui semble en quelque sorte être naturellement l’antichambre du socialisme, l’un de leurs adeptes nous écrit récemment :

    « Le capital financier et le monopole socialiste sont la même chose, mais entre les mains de classes différentes”

    Il s’appuie également sur cette première constatation que Lénine fait en « rectifiant » en quelque sorte, l’approche précédemment faite par Hilferding :

    « Concentration de la production avec, comme conséquence, les monopoles; fusion ou interpénétration des banques et de l’industrie, voilà l’histoire de la formation du capital financier et le contenu de cette notion.  »

    Or celle-ci se trouve précisément au tout début du chapitre où Lénine démontre la domination du capital financier sur l’ensemble du processus impérialiste, résumée dans la première citation que nous avons faite en début de texte, et largement démontrée et explicitée par la suite.

    Il est clair que cette fusion banques-industries est la forme concrète que prend le monopole, mais précisément en ce qu’elle permet d’accentuer encore le rôle dominant du capital-argent et d’accentuer également encore davantage sa séparation d’avec le capital productif.

    «  L’impérialisme, ou la domination du capital financier, est ce stade suprême du capitalisme où cette séparation atteint de vastes proportions. »

    C’est également ce que l’on constate, sur le terrain.

    On ne saurait donc réduire l’impérialisme à la seule constitution des monopoles.

    Il est clair que tout processus dialectique peut se transformer en son contraire, mais cette transformation est elle même un processus dialectique, et non une simple « inversion », un simple « retournement ». Un processus dialectique évolutif progressiste se transforme en son contraire par un processus dialectique régressif, une spirale ascendante par une spirale régressive descendante, etc… Entre les deux processus se trouve le point de bascule que l’on appelle généralement « saut qualitatif » ou révolution, mais il peut donc aussi s’agir d’un saut régressif, d’une contre-révolution, qui n’est pas non plus le reflet-miroir d’une révolution, mais bien le début d’un processus dialectique réactionnaire et donc régressif.

    Alors que ce camarade n’hésite pas à affirmer :

    L’impérialisme et le socialisme sont un peu comme le recto et le verso d’une feuille.”

    « Il est évident que le capital financier disparaît sous le socialisme, non pas en étant supprimé, mais parce qu’il se convertit en propriété commune.

    La concentration de la production, les monopoles et la fusion des différents secteurs économiques, c’est également vrai sous le socialisme, et même de façon encore plus importante. On appelle plus ça capital financier, puisqu’il n’y a plus de capitalisme. Mais si le capitalisme revient alors ça se reconvertit immédiatement en capitalisme monopoliste, en capital financier, etc.”

    Alors que même si l’argent ne disparaît pas formellement tout de suite, avec le socialisme, il cesse d’être capital précisément en ce qu’il représente la valeur-travail, répartie entre les membres de la société selon la formule « de chacun selon ses besoins à chacun selon son travail » et qu’il ne peut se transformer en capital-argent séparé de la production, et ne peut donc plus être accumulé selon un processus capitaliste, et donc encore moins, dans les « vastes proportions » nécessaires à la reconstitution « immédiate » d’un processus impérialiste. Il est clair que dans le processus de lutte de classe continue qui se déroule, et encore longtemps, dans la phase de transition socialiste, les éléments réactionnaires et autres parasites bureaucratiques tentent de reformer localement des processus d’accumulation, et y arrivent donc malheureusement assez bien, mais même si la corruption peut gagner un niveau assez élevé dans la hiérarchie, il n’y a jamais d’accumulation suffisante pour un tel « retournement immédiat ».

    Le processus d’accumulation quantitative arrive bien avant à être suffisant pour entraîner un « saut qualitatif » de type évidemment contre-révolutionnaire, et pour enclencher à grande échelle un processus de restauration du capitalisme, mais qui n’est en rien le simple « reflet-miroir » du passage du stade monopoliste-impérialiste au stade de la transition socialiste.

    Et non seulement ce n’est pas le cas, mais les conditions même de la contre-révolution sont déjà un affaiblissement de la cohérence centralisatrice du socialisme sous l’effet centrifuge de la corruption et des baronnies bureaucratiques locales.

    Et la situation ne va naturellement pas vers une reconstitution rapide de cette centralisation, bien au contraire. C’est l’émergence au grand jour des baronnies bureaucratiques locales et diverses, dans tous les rouages de l’État, qui poussent à sa déstructuration.

    Faute de capital financier accumulé, le capitalisme national-bureaucratique qui émerge de la contre-révolution ne peut pas être un capitalisme monopoliste d’État au stade impérialiste, et il tend à se désagréger. C’est ce qui s’est passé en URSS.

    Il se trouve donc même confronté à de grandes difficultés pour redémarrer un processus d’accumulation suffisant pour survivre en tant que bourgeoisie nationale-bureaucratique. C’est ce qui a engendré la phase mafieuse et comprador Gorbatchev-Eltsine. Un processus “normal” d’accumulation et de consolidation de cette bourgeoisie nationale-bureaucratique n’a recommencé, et très laborieusement, qu’avec Poutine, il n’y a pas encore deux décennies.

    La “théorie” de la “restauration rapide” du capitalisme financier et du “social-impérialisme”, c’est carrément, il faut bien le redire, le “McDo du marxisme”!!!

    (A suivre…)

    Luniterre (TML)

    Source : https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/02/20/limperialisme-nest-pas-un-complot-cest-un-systeme-economique-a-la-base-du-capitalisme-mondialise/

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