• - L'URSS de Khrouchtchev était-elle Impérialiste ?

    - L'URSS de Khrouchtchev était-elle Impérialiste ?L'URSS de Khrouchtchev était-elle Impérialiste ? Question qui a son importance...

    Parmi les groupes qui se réclament du marxisme-léninisme, les positions divergent à ce sujet. Ce n'est pas anodin.

    Certains, comme le PRCF et l'URCF (devenu depuis PCRF), considèrent que l'URSS de Khrouchtchev était toujours socialiste (Le PRCF pense la même chose de la Chine aujourd'hui...).

    Télécharger « ReconstitutionBourgeoise.pdf » (Le texte du camarade Jean-Luc Sallé †)

    D'autres, comme l'OCF, considèrent que cette URSS révisionniste n'était plus socialiste et affirment qu'elle était déjà arrivée à un stade impérialiste puissant.

    Télécharger « Ce_que_sont_les_amis_de_l_URSS.pdf » (Le texte du camarade Vincent Gouysse)

    D'autres camarades, comme TML, tout en considérant que cette URSS n'était plus socialiste, en était à un stade impérialiste en construction, donc pas encore abouti dans sa forme puissante, monopoliste... (Voir plus bas sa contribution, ainsi que celle du camarade WH)

    La rédaction de "Reconstruction communiste" est très proche de l'OCF avec quelques réserves sur l'appellation "sociale-impérialiste" ou "social-fasciste" de l'URSS de Khrouchtchev.


    On peut caractériser l'URSS de Khrouchtchev comme désagrégation progressive du socialisme et reconstitution progressive du capitalisme et de l'impérialisme en notant que dès Khrouchtchev a eu lieu le bon qualitatif qui faisait que l'URSS ne peut plus être qualifiée de socialiste. Elle était donc capitaliste. (Effectivement, notre stade historique de développement ne comporte que deux possibilités : capitalisme ou socialisme-communisme).

    Mais comment qualifier le stade de capitalisme et d'impérialisme qui s'est instauré à cette époque et comment a-t-il évolué de nos jours ? Voilà la vraie question si on veut avoir une vision exacte de la réalité...

    Il est clair que c'est déjà une forme de capitalisme et d'impérialisme même si embryonnaire. C'est en cela que nous ne sommes pas d'accord avec le texte de Jean-Luc Salé (URCF) qui considère que c'est toujours du socialisme et que du coup nous sommes plus proche de celui de Vincent Gouysse même si nous ne partageons pas tout.


    Il faut aussi prendre en compte que même si cette URSS révisionniste n'était pas encore à un stade impérialiste avancée, elle se comportait vis à vis des autres pays frères comme une puissance impériale, dominante, qui dictait ses exigences et faisait pression sur eux si ceux-ci rechignaient. A ce titre le texte de Hoxa "Les khrouchtcheviens - souvenirs" est tout à fait parlant, même si ici nous ne partageons pas tout non plus.

    Télécharger « Enver_Hoxha_Les_Krouchtcheviens_Souvenirs.pdf » (Le texte du camarade Enver HOXA)


    Bref, si on veut avancer, sans mettre de côté ce qui nous différencie, voyons déjà ce qui peut nous réunir et avançons prudemment, sans sectarisme et avec un esprit ouvert sur ce qui nous différencie... Seule la vérité est révolutionnaire et c'est cela que nous devons rechercher.

    Ce qui importe aujourd'hui, c'est que tous ceux et toutes celles qui se réclament du Marxisme-Léninisme puissent continuer à dialoguer, se rencontrer et construire ensemble.

     

    VOICI LA CONTRIBUTION DU CAMARADE TML (suivie par celle de WH) :

     

    - Quelques réflexions :

    Tout d'abord, nous devons revenir au fait basique que le concept ML d'impérialisme, "social" ou non, ne fait pas seulement appel à la notion de capitalisme monopoliste d’État, mais à la domination du capital financier, et par ce capital financier, à la domination prédatrice sur l'économie d'autres pays, au point d'en tirer un bénéfice financier significatif, en terme d'élargissement du dit capital.

    On voit tout de suite que ce n'est pas le cas de l'URSS, même si effectivement...

    " elle se comportait vis à vis des autres pays frères comme une puissance impériale, dominante, qui dictait ses exigences et faisait pression sur eux si ils rechignaient. "

    L'URSS révisionniste était bel et bien prise dans un jeu d'alliances, sur la scène internationale, aussi bien avec les "pays frères" révisionnistes, qu'avec différentes bourgeoisies "nationales" à velléités anti­-impérialistes, qu'elle soutenait aussi pour des raisons géostratégiques évidentes.

    Dans ce bloc, il y avait des rapports parfois inégaux, de hiérarchisation, voire de vassalité.


    Pour autant, globalement, cet "empire" non seulement n'était pas une "rente" au sens léniniste des fameux "coupons tondus", mais il était plutôt, bien souvent, une sorte de "danseuse" particulièrement dispendieuse, et en grande partie, à ce titre, à l'origine de la chute de l'Union Soviétique.

    Ceci dit, bien des peuples du tiers­-monde en ont largement bénéficié en termes de développement économique et social, sinon "socialiste"...


    Cet "empire" n'était donc pas précisément "impérialiste"...

    Il s'agissait plutôt d'une sorte de coalition des bureaucraties révisionnistes et de pas mal de bourgeoisies "nationales", même plus ou moins officiellement "non­ alignées", pour certaines.

    La question du nom n'est pas sans importance, aujourd'hui, pour en définir le concept en termes ML.

    Comme on le voit, le mot "empire", même au sens "romain" du terme, n'est pas véritablement adapté.

    Comme on le voit également, ce type de comportement, de la part de l'URSS, est singulièrement survenu avec l'arrivée de Khrouchtchev au pouvoir.

    En même temps que sont survenues, à l'intérieur, les "réformes" favorables à l'extension de la marchandisation, y compris des moyens de production, et à l'"autonomie" financière des entreprises.


    C'est à dire à une application capitaliste de la loi de la valeur, et non à une application socialiste, équilibrant quantums de travail disponibles et besoins définis par le plan, limitant la circulation marchande au minimum difficilement contournable des biens individuels.

    Dans la mesure ou Khrouchtchev avait déjà eu longuement connaissance des débats du XIXème Congrès, on ne peut pas dire qu'il agissait sur une simple divagation de l'esprit, mais au contraire, qu'il savait pertinemment ce qu'il faisait, et les conséquences à long terme.

    Par conséquent il est approprié de nommer le XXème Congrès contre­ révolution politique.

    Pour autant, affirmer que le socialisme a disparu du jour au lendemain est tout à fait absurde et nous sommes bien d'accord là dessus, même si précisément pas avec la thèse de V. Gouysse à ce sujet.

    Et comme on l'a vu, cette bureaucratie khrouchtchévienne n'en défendait pas moins farouchement, y compris et surtout contre l'impérialisme US, son "empire", que l'on rebaptisera plus judicieusement "zone d'influence", en s'appuyant principalement sur les bourgeoisies "nationales" du tiers­-monde.

    Il n'est donc pas abusif, à mon sens, de lui trouver un qualificatif attestant ce fait et l'assimilant à cette catégorie, dont elle avait en grande partie adopté le comportement.

    Il me semble que bourgeoisie nationale-­bureaucratique est celui qui s'en approche le plus.

    De plus, à bien étudier l'évolution économique de l'URSS révisionniste, on voit, avec l'"autonomisation" des entreprises, un mouvement non seulement de décentralisation, mais aussi de déconcentration, avec l'apparition du marché noir à grande échelle, incluant des entreprises complètement développées dans cette économie parallèle, qui occupait une partie considérable du marché.

    Il ne s'agit donc évidemment pas de développement d'un capitalisme monopoliste d’État, qui aurait pu être la base d'un impérialisme réel, mais d'un capitalisme maffieux, fortement déconcentré et décentralisé.

    On ne peut parler ici de "capitalisme bureaucratique d’État" qu'au sens où la bureaucratie corrompue y était étroitement mêlée, mais avec des intérêts antagonistes maffieux, et non monopolistes, au sens ML du terme, en l'absence de capital financier significatif.

    Il n'y a donc pas eu de capitalisme monopoliste d’État en URSS révisionniste, mais un capitalisme national­bureaucratique, de type régressif et maffieux.

    Il n'y a pas eu de "bourgeoisie bureaucratique monopoliste d’État", en URSS révisionniste, mais une bourgeoisie nationale­bureaucratique, également régressive et maffieuse.

    Il s'agissait bien d'un processus socialement et économiquement régressif, mais il n'était donc pas incompatible avec la survie provisoire d'éléments de socialisme, servant notamment de "caution morale" à cette nouvelle bourgeoisie bureaucratique.

    L'effondrement de 1989­-91 est l'achèvement de la mutation de la plus grande partie de la bourgeoisie bureaucratique nationale en bourgeoisie compradore.

    L'avènement du "règne" de Poutine, plus récemment, marque, quant à lui, à la fois le retour sur la scène politique d'une partie de la bourgeoisie bureaucratique nationale "résistante" à l'impérialisme, et la formation d'un embryon de bourgeoisie capitaliste monopoliste d’État, encore trop faible pour contrôler seule l'économie et pour une réelle intégration aux flux de capitaux "mondialisés".

    La mutation de la Russie actuelle en impérialisme n'est donc encore pas du tout un fait acquis, tant en raison de l'extrême faiblesse de sa capitalisation boursière, à peine équivalente à celle de l'Espagne, qu'en raison de la pression exercée sur Poutine par les diverses fractions de la bourgeoisie nationaliste.

    Le "militarisme" relatif de la Russie ne peut pas être un critère symptomatique suffisant. Au contraire, il est la résurgence d'une ligne de défense nationaliste, sinon anti­-impérialiste, au sens des bourgeoisies nationales du tiers­-monde.

    Le saut qualitatif essentiel, dans la contre­-révolution en URSS a bien été accompli lors du XXème Congrès, et il a fait suite à une accumulation de forces révisionnistes et réactionnaires dans la bureaucratie, où elles ont également leur base économique, selon le processus grossièrement décrit par le camarade Vincent Gouysse, qui n'a pas tout faux, sur ce point, même si sa compréhension du processus, à partir du XXème Congrès est totalement non dialectique.

    La "contre­-révolution" de 1989-­91 est un autre saut qualitatif, moindre, en réalité, en termes de rapports de classes, où la bourgeoisie bureaucratique, majoritairement maffieuse et compradore, à ce moment, veut se débarrasser des derniers lambeaux de l'économie socialiste et du capitalisme national­-bureaucratique, trop contraignant pour son avidité de profit.

    Elle est une nouvelle marche descendue par ce système régressif, vers un capitalisme primitif et inféodé, et non un pas vers le développement d'un capitalisme monopoliste d’État, et encore moins, vers la constitution d'un nouveau pôle impérialiste.

    Ce que nous pouvons défendre, dans la mémoire de l'URSS révisionniste, outre quelques éléments de socialisme auxquels les masses populaires sont restées attachées, c'est surtout son rôle en tant que base arrière de nombreux combats anti­impérialistes, même si les motivations de ce soutien étaient essentiellement d'ordre nationaliste et géostratégique.

    Du moins maintenait-­elle ouverte la possibilité qu'une de ces luttes aboutisse à la formation d'une nouvelle base socialiste, même si cela n'a finalement pas été le cas.

    A l'opposé, la politique chinoise reposant sur la "théorie des trois mondes" était une politique de collaboration de classe, à l'échelle internationale, avec l'impérialisme US.

    Mais évidemment, ce qui est essentiel, pour les ML, c'est d'abord la défense non­ dogmatique, (...donc dialectique !) de l'URSS socialiste, celle de l'époque de Lénine et Staline.

    --- Fin de la contribution

     

    VOICI LA CONTRIBUTION DU CAMARADE WH :

    Avant de commencer, je signale que je tire mes citations de deux livres. Le premier : L'impérialisme, stade suprême du capitalisme, de Lénine. Le second, écrit en 1913 par Staline, le marxisme et la question nationale.

    D'abord avant de savoir si l'URSS de Khrouchtchev était impérialiste, il faut poser la question de ce qu'est l'impérialisme.

    Lénine nous donne une définition scientifique : "sans oublier ce qu'il y a de conventionnel et de relatif dans toutes les définitions en général, qui ne peuvent jamais embrasser les liens multiples d'un phénomène dans l'intégralité de son développement, devons-nous donner de l'impérialisme une définition englobant les cinq caractères fondamentaux suivants :

    1) concentration de la production et du capital parvenue à un degré de développement si élevé qu'elle a créé les monopoles, dont le rôle est décisif dans la vie économique;

    2) fusion du capital bancaire et du capital industriel, et création, sur la base de ce "capital financier", d'une oligarchie financière;

    3) l'exportation des capitaux, à la différence de l'exportation des marchandises, prend une importance toute particulière;

    4) formation d'unions internationales monopolistes de capitalistes se partageant le monde, et

    5) fin du partage territorial du globe entre les plus grandes puissances capitalistes. L'impérialisme est le capitalisme arrivé à un stade de développement où s'est affirmée la domination des monopoles et du capital financiers, où l'exportation des capitaux a acquis une importance de premier plan, où le partage du monde a commencé entre les trusts internationaux et où s'est achevé le partage de tout le territoire du globe entre les plus grands pays capitalistes."

     

    Commençons par le

    1) : L'URSS révisionniste héritait de celle de Staline une forte concentration de la production. A l'exception de l'agriculture, toute les moyens de production étaient concentrés entre les mains de l'état. On peut donc parler de "monopole", à ceci près que la propriété de ces monopoles n'était pas privée, et qu'ils ne recherchaient pas le profit. Ici quand je dis "la propriété de ces monopoles n'était pas privée, et qu'ils ne recherchaient pas le profit." je parle de l'URSS de Staline et non celle de Khrouchtchev, l'URSS de Khrouchtchev était bien capitaliste.

    2) Il n'y avait pas de capital financier en URSS, ni sous Staline, ni sous Khrouchtchev. Les banques et l'industrie restèrent un monopole et la propriété de l'état. Mais l'appareil d'état lui-même a été complètement infecté par une nouvelle classe parasitaire. De fait l'état est devenu la propriété de cette nomenklatura. Mais ces entreprises n'étaient pas assez rentables pour devenir un puissant moyen de reproduction du capital.

    En revanche la réforme de 1957 a supprimé la gestion centralisée des industries et des entreprises. Cette gestion locale et décentralisée signifiait d'abord la fin de la planification socialiste.  La vente des stations machines et tracteurs aux kholkozes a été le premier pas d'une privatisation de l'économie.

     

    3) C'est le point le plus important que je vais développer. L'exportation de capitaux n'avait pas lieu en URSS. Mais pour bien comprendre le problème, il faut revenir au mot "exporter". Le capital est investi d'une nation dans une autre, et le profit remonte dans l'autre sens, c'est ça l'exportation des capitaux. Or qu'est-ce qu'une nation ? L'URSS était-elle une nation qui exploitait le bloc de l'est ? Ou la RSS de Russie était-elle une nation qui exploitait les autres RSS et pays du bloc de l'est ?

    Revenons pour ça à la définition de Staline : "La nation est une communauté stable, historiquement constituée, de langue, de territoire, de vie économique et de formation psychique, qui se traduit dans la communauté de culture. [...] Il est nécessaire de souligner qu'aucun des indices mentionnés, pris isolément, ne suffit à définir la nation. Bien plus : l'absence même d'un seul de ces indices suffit pour que la nation cesse d'être nation"

    Si on s'en tient à cette définition, alors par exemple la fédération de Russie actuelle n'est même pas une nation. Il y coexiste plusieurs peuples avec des langues différentes et séparés économiquement. C'est une fédération de plusieurs nations, comme l'était l'URSS.

    Staline en donne lui-même l'explication : "Ce mode particulier de constitution des Etats ne pouvait avoir lieu que dans les conditions du féodalisme non encore liquidé, dans les conditions d’un capitalisme faiblement développé, lorsque les nationalités refoulées à l’arrière-plan n’avaient pas encore eu le temps de se consolider économiquement, pour se constituer en nations."

    En clair, la Russie comme empire par exemple, était une nation non achevée, en cours de formation, d'intégration. On l'oublie peut-être, mais la France, l'Italie, l'Angleterre, etc. se sont aussi constituées comme des empires initialement : une ou deux cités coalisées qui soumettent un large territoire de cités plus petites ou de seigneurs féodaux de peuples divers.

    Ce que se sont efforcés de faire les bolcheviques, c'est de reprendre en main le développement de cet immense espace asiatique, de l'unifier sous la direction de l'état socialiste. L'URSS de Staline n'était donc ni une nation (bourgeoise), ni plusieurs nations (bourgeoises) coexistants pacifiquement et se développant librement. Elle visait un stade d'intégration similaire à la nation (langue, territoire, économie, culture), mais sans la bourgeoisie. De la même manière que l'état socialiste a réussi à développer l'industrie, les sciences, sans la bourgeoisie.

    Quand Khrouchtchev est arrivé au pouvoir en 1956, il n'a pas pu rétablir l'exploitation d'une nation par une autre nation. Pour être exact, avant de rétablir l'exploitation d'une nation par une autre, il fallait casser ("décentraliser") la "nation" soviétique en construction, retourner vers une économie de marché. De là seulement pouvait émerger dans chaque pays "soviétique" une bourgeoisie, d'où naîtrait plusieurs nations, l'une exploitant les autres. Staline disait : "Le marché, voilà la question essentielle pour la jeune bourgeoisie. Écouler ses marchandises et sortir victorieuse dans la concurrence avec la bourgeoisie d'une autre nationalité, tel est son but. De là, son désir de s'assurer son marché « propre », « national ». Le marché est la première école où la bourgeoisie apprend le nationalisme."


    Mais l'URSS révisionniste n'a pas été assez loin dans ce processus pour qu'une la nation russe "soviétique" devienne impérialiste, exporte des capitaux et en tire une rente coloniale. Même aujourd'hui la Russie n'y est pas parvenue. Sur ce point, les chiffres du camarade Luniterre sont assez clairs. Même avant la chute du mur, ce stade impérialiste n'a pas été atteint dans l'URSS capitaliste.

    Lénine a dit : "Ce qui caractérisait l'ancien capitalisme, où régnait la libre concurrence, c'était l'exportation des marchandises. Ce qui caractérise le capitalisme actuel, où règnent les monopoles, c'est l'exportation des capitaux."

    J'ai appuyé la thèse que l'URSS n'exportait pas de capitaux. En revanche il semble au contraire qu'elle exportait des marchandises. Par exemple l'URSS, dès les années 1970 a profité du choc pétrolier pour vendre du pétrole. A cette époque, la politique agricole catastrophique a condamné l'URSS à importer du blé, notamment depuis les états-unis. Donc l'URSS vendait du pétrole (et aussi des armes en quantité), et l'argent gagné, importait du blé directement. L'URSS en était donc resté au stade de l'ancien capitalisme, où règne l'exportation de marchandise.

     

    4) et 5) La question du partage du monde entre grandes puissances capitalistes est un fait avéré. L'URSS révisionniste y a largement pris part avec la doctrine de "coexistence pacifique". De fait, une fois le réseau international communiste liquidé par les révisionnistes, chacun (USA et URSS) avait sa part du monde bien à soi.

    Cela signifiait que la révolution socialiste était enterrée pour de bon dans les autres pays. Restait simplement un soutien intéressé aux révolutions démocratiques issues de la décolonisation.

    Sur l'intervention en Afghanistan, elle ne représente pas une zone d'influence rentable pour les investisseurs de capitaux. Elle n'est donc pas "impérialiste" au sens où le sont par exemple toutes les opérations militaires et mercenaires en Afrique. Le but de l'URSS était juste de contrôler les pipelines, afin de liquider ses concurrents sur le marché du pétrole (l'Arabie saoudite notamment) et de faire payer le prix qu'elle veut pour le pétrole. Le même genre de problème se passe aujourd'hui en Syrie/Irak (car qui peut croire que les puissances capitalistes se battent pour investir leur argent en Syrie ?)

     

    Ce constat m'amène au dernier point sur la Russie actuelle. Un simple coup d'oeil sur le deuxième tableau de ce lien suffit : https://fr.wikipedia.org/wiki/Investissement_direct_%C3%A0_l%27%C3%A9tranger#Quelques_valeurs

    Il s'agit des IDE sortants. Ce graphique est aussi très parlant : http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/BM.KLT.DINV.WD.GD.ZS?locations=RU&name_desc=true

    A comparer avec : http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/BM.KLT.DINV.WD.GD.ZS?end=2015&locations=US&name_desc=true&start=1970&view=chart

    Il suffit de regarder les montants.

    Pourtant les mêmes qui hier parlaient "d'impérialisme soviétique" parlent maintenant "d'impérialisme russe". On connaît maintenant la chanson. Pour ces personnes-là (je vais pas les citer tous, mais tous les néoconservateurs anciens maoîstes trotskistes qui vouent une haine éternelle à la Russie), tout ce qui a de près ou de loin à voir avec la Russie d'aujourd'hui par exemple, est taxé d'impérialiste. D'ailleurs c'est la seule chose qui est impérialiste pour eux, tout ce qui menace les intérêts des états-unis ou d’Israël. On est bien loin de la définition scientifique de l'impérialisme proposée par Lénine.

     

    A mon avis ce débat a encore une importance aujourd'hui, la question est tout sauf tranchée.

     

    Lénine remarquait déjà que l'exploitation d'une nation par une autre nation existait déjà avant le capitalisme (et donc avant l'impérialisme). Donc on ne peut pas simplement mettre sur le même plan la domination d'une nation sur une autre et l'impérialisme tel qu'il a été défini par Lénine (monopole + exporations de capitaux). Il remarquait déjà que cette vision était fausse : "Kautsky s'est résolument élevé, en 1915 et même dès novembre 1914, contre les idées fondamentales exprimées dans notre définition de l'impérialismes, en déclarant qu'il faut entendre par impérialisme non pas une "phase" ou un degré de l'économie, mais une politique, plus précisément une politique déterminée, celle que "préfère" le capital financier"

     

    De la même manière la question n'est pas de savoir si Khroutchev a mené une "politique impérialiste" (ce qui n'a aucun sens scientifiquement parlant), mais de savoir si la régression qu'il a fait subir à l'URSS l'a transformé ou non en puissance impérialiste. 

    Au vu des éléments apportés plus haut, je pense que la réponse est non.

    Pour répondre à l'article du camarade Luniterre jusqu'au bout. Je ne crois pas cependant que l'URSS révisionniste ait eu quoi que ce soit de bon. Si on regarde son soutien aux révolutions démocratiques, je renvoie à Staline : "De ce qui précède, il résulte nettement que la lutte nationale dans les conditions du capitalisme ascendant, est une lutte des classes bourgeoises entre elles. Parfois, la bourgeoisie réussit à entraîner dans le mouvement national le prolétariat, et alors la lutte nationale prend, en apparence, un caractère « populaire général », mais rien qu'en apparence. Dans son essence, elle reste toujours bourgeoise, avantageuse et souhaitable principalement pour la bourgeoisie.

    Mais il ne s'ensuit nullement que le prolétariat ne doit pas lutter contre la politique d'oppression des nationalités."

    Par exemple en Chine, en Egypte, en Syrie, etc. ce qu'on a vu, ce sont bien des révolutions portées par la bourgeoisie naissante. Sur la Chine, elle a bien sur vite trouvé une place dans la division internationale du travail et est devenue totalement soumise aux intérêts américains dès la période Mao.

    Sur les autres pays il n'y a pas non plus d'exemple qui montre comment on passe d'une révolution nationale-démocratique bourgeoise à une révolution socialiste. Peut-être tout simplement parce que ce n'est pas possible. Staline disait : "Le prolétariat se rangera-t-il sous le drapeau du nationalisme bourgeois, cela dépend du degré de développement des contradictions de classe, de la conscience et de l'organisation du prolétariat. Le prolétariat conscient possède son propre drapeau éprouvé, et point n'est besoin pour lui de se ranger sous le drapeau de la bourgeoisie."

    C'est pourquoi il était partisan du "droit des nations à disposer d'elles-mêmes" comme mot d'ordre sous le capitalisme. C'est à dire qu'il fallait faire primer la lutte des classes sur la lutte des nations. Mais il ne dit nulle part qu'aider une nation à se libérer du joug d'une autre est un potentiel point de départ pour une révolution socialiste. Précisément, ce qu'on voit, c'est que les jeunes nations bourgeoises naissent des investissements de capitaux, c'est de là d'abord que naît la bourgeoisie des pays néo-colonisés. Au moment où cette bourgeoisie s'est affirmée partout, jamais le prolétariat n'était au rendez-vous. Précisément parce qu'il faut un encore plus grand développement du capitalisme pour qu'il apparaisse. Ce qui faisait défaut à Cuba, en Chine, etc. c'est le prolétariat, et de fait, son parti de classe.

    Cela nous ramène à notre propre situation, ici en France par exemple, car c'est ici et non à l'autre bout du monde que l'histoire pourrait bien avancer... Cela n'exclut pas un soutien à des mouvements de libération nationale, comme il en existe encore, du fait de l'impérialisme. Mais en aucun cas un tel soutien ne peut dépasser les mots tant qu'il n'y a pas non plus ici un vrai prolétariat et doté d'un vrai parti de classe. Lénine disait déjà "Précisément dans le parasitisme et la putréfaction qui caractérisent le stade historique suprême du capitalisme, c'est-à-dire l'impérialisme. Comme il est montré dans ce livre, le capitalisme a assuré une situation privilégiée à une poignée (moins d'un dixième de la population du globe ou, en comptant de la façon la plus "large" et la plus exagérée, moins d'un cinquième) d'Etats particulièrement riches et puissants, qui pillent le monde entier par une simple "tonte des coupons". L'exportation des capitaux procure un revenu annuel de 8 à 10 milliards de francs, d'après les prix et les statistiques bourgeoises d'avant-guerre. Aujourd'hui beaucoup plus, évidemment."

    Si le débat sur l'URSS n'est toujours pas tranché, je reste évidemment ouvert aux critiques. Je ne fais que proposer mon avis sur la question ! 

    SUR LE MÊME SUJET :

    - L'URSS de Khrouchtchev était-elle toujours socialiste ?

    http://reconstructioncommuniste.eklablog.fr/l-urss-de-khrouchtchev-etait-elle-toujours-socialiste-a126942338

    - L'URSS de Khrouchtchev était-elle Impérialiste ?

     

    Quelques commentaires et réponses aux contributions :

    (TML répond à WH)

    Bonjour, camarade


    J'ai été bien surpris, et c'est à dire essentiellement surpris en bien, de recevoir ta lettre à propos du problème de la nature impérialiste ou non de l'URSS Khrouchtchévienne !


    Il semble donc que tu ais grandement amélioré ta façon d'étudier, de chercher, d'analyser.


    J'ai pris le temps de parcourir une partie de ce qui semble être ton travail dans "l'éclaireur"...


    Il y a là dedans un mélange du pire et du meilleur, et je pense toujours que ta "théorie" des "pays impériadores" appartient entièrement au pire...


    Quant à cette lettre, elle appartient essentiellement au meilleur, avec cependant une légère lacune de dialectique, me semble-t-il, évidente, déjà, en ce qui concerne  l'interprétation "stalinienne" de la question nationale, et plus précisément, sur celle des luttes de libération nationale...


    Note qu'un ensemble de textes passionnants à ce sujet ont été fort bien réédités par le camarade Vincent Gouysse, d'après un recueil de 1950, paru aux Éditions Sociales :
    http://www.communisme-bolchevisme.net/download/Staline_Le_marxisme_et_la_question_nationale_et_coloniale.pdf 

    Le point de vue de Lénine sur cette question se trouve au mieux exprimé et résumé par lui-même dans ce court texte:
    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2015/04/12/2762_anti-imperialisme_lenine_sans_poussiere/

    Autre ouvrage de référence, peu connu, car peu prisé des trotskystes, et autres "luxemburgistes", et pour cause:

    DU DROIT DES NATIONS A DISPOSER D’ELLES-MÊMES.

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6566x

    De sorte que lorsque tu me dis :

    "Mais il ne dit nulle part qu’aider une nation à se libérer du joug d’une autre est un potentiel point de départ pour une révolution socialiste."
    C'est une façon peu dialectique de comprendre ce problème, et qui induit l'idée d'une contradiction entre la pensée de Lénine et la sienne, ce qui n'est manifestement pas le cas.


    Tu cites:
    « Le prolétariat se rangera-t-il sous le drapeau du nationalisme bourgeois, cela dépend du degré de développement des contradictions de classe, de la conscience et de l’organisation du prolétariat. Le prolétariat conscient possède son propre drapeau éprouvé, et point n’est besoin pour lui de se ranger sous le drapeau de la bourgeoisie.«
    Ce qui,   à priori, signifie le besoin d'indépendance évident, quoi qu'en pensent certains, du parti prolétarien; car il doit effectivement prendre conscience, en ce qui concerne la lutte "nationale" bourgeoise, que:


    "Dans son essence, elle reste toujours bourgeoise, avantageuse et souhaitable principalement pour la bourgeoisie.

    Mais il ne s’ensuit nullement que le prolétariat ne doit pas lutter contre la politique d’oppression des nationalités.«

    Et si tu avais encore un doute, j'ai tout de même pris le temps de faire deux extraits de ce recueil cité plus haut, ci joints en PDF:

     

    Staline-1918-p50-51

     

    Staline-1924-p-96-97


    Si ton observation est assez judicieuse:


    "Par exemple en Chine, en Égypte, en Syrie, etc. ce qu’on a vu, ce sont bien des révolutions portées par la bourgeoisie naissante. Sur la Chine, elle a bien sur vite trouvé une place dans la division internationale du travail et est devenue totalement soumise aux intérêts américains dès la période Mao.


    Sur les autres pays il n’y a pas non plus d’exemple qui montre comment on passe d’une révolution nationale-démocratique bourgeoise à une révolution socialiste."


    Elle mélange néanmoins des "révolutions nationales" de plusieurs époques, car les luttes en Chine, au Vietnam, par exemple, ont été initiées dans l'esprit de la IIIème Internationale, même si elles l'ont trahi sous l'influence, effectivement, du nationalisme bourgeois, du social-chauvinisme, du révisionnisme.


    C'est la victoire du révisionnisme en URSS qui les a poussé définitivement dans cette voie... Sans ce retournement, les éléments ML de ces partis auraient eu au moins une chance sérieuse de reprendre le dessus...


    La thèse léniniste sur la question tient tout à fait compte de la pression que peut exercer un camp socialiste puissant sur les rapports de forces internes dans les mouvements de libération.


    Cuba est en quelque sorte à la charnière des deux époques, avec de fortes racines dans l'idéologie ML, par Raoul Castro et le Che, à l'origine, mais avec les fortes difficultés que l'on connait tous, par la suite.


    Pour avoir eu la chance d'y passer quelques temps, je pense que ces racines seront difficiles à arracher complètement, et que "la messe n'est pas dite", malgré les voyages du Pape!


    Les restes de socialisme qui ont survécu en URSS révisionniste ont parfois été "transplantés" dans les pays ultérieurement libérés du colonialisme, et c'est le cas à Cuba, où la population reste très attachée à ces "restes", qui sont loin d'être négligeables, à tous points de vue, y compris en démocratie directe, via les CDR.


    C'est pourquoi on ne peut ramener simplement l'influence ambiguë de l'URSS révisionniste à son seul aspect de "chauvinisme de grande puissance", qui n'en est pas moins réel.
    Un peu de dialectique, camarade...


    Pour ce qui nous concerne dorénavant, notre problématique est clairement de reconstituer des organisations prolétariennes ML autonomes.


    Cela n'exclut pas des tactiques de front uni, notamment sur ces questions de libération nationale, mais en privilégiant toujours l'autonomie et l'indépendance de l'organisation prolétarienne.
    Pour l'instant, c'est même le premier noyau d'une telle organisation qui reste à fonder...
    Les choix tactiques viendront en fonction de la dynamique des première initiatives politiques de l'organisation.

     

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  • Commentaires

    1
    Viriato
    Samedi 19 Novembre 2016 à 11:09

    Un saut qualitatif implique une accumulation des changements quantitatifs arrivés à maturité. Le saut qualitatif est l’expression concrète de la réalisation de la nécessité, surtout en politique.

    Si les plus hauts dirigeants de l’URSS du temps du XX Congrès ont eu besoin de ce saut qualitatif c’est parce que des importantes changements s’étaient déjà produits en direction de cette contrerévolution. Au point qu’ils eu besoin d’une contrerévolution pour ouvrir la voie à la nécessité. C’est la même chose que dire que le système « socialiste » était arrivé au point qu’il ne pouvait plus continuer, qu’il avait dégénéré.

    C’est arrivé de même en 1989, l’autre saut qualitatif en direction du capitalisme. Les éléments dégénérés à la Eltsine, Gorbatchov (qui a cru !!! les promesses des impérialistes!!!) et similaires la seule chose qui voulaient était de s’enrichir liquidant ce qui restait de socialiste en URSS, malgré la pourriture avancé de ce socialisme.

    Faire semblent de croire que une date, 1956, a pu provoquer cela sans que des longues années de pourrissement tant au sommet de la direction comme parmi les cadres moyens et à la base, c’est croire au Père Noel. La critique de Bettelheim, celles de ceux qui prétendent voir un « capitalisme d’état » depuis toujours se trompent aussi car pour qu’un capitalisme d’état ou mixte ou manchesterien pur puisse exister, il faut qu’il existe une bourgeoisie qui puisse laisser en héritage ses biens à ses fils et qui ne craigne pas de se retrouver avec une balle dans la tête ou en prison suite à ... »un changement de ligne » ou autre « mesure administrative ». Ou tout simplement qu’en perdant son poste dans l’appareil du parti ou de l’état se retrouve pauvre comme un moine orthodoxe.

    Evidemment, il s’agissait d’un socialisme primitif qui a dégénéré et qui tenait parce que le chef le faisait tenir à coup de mesures administratives quelque peu fortes. Des que lu est parti, les forces pro-capitalistes qui couvaient déjà derrière le pouvoir d’une bureaucratie toute-puissante et corrompue ont fait apparition.

    Mais le chemin était long et semé d’embouches et il a fallut attendre jusqu’à 1989 pour finir la transformation de l’URSS socialiste en un pays capitaliste du tiers-monde avec le concours intéressé de l’impérialisme US.
    Si des gens veulent appeler ça « impérialisme » ....en tout cas ce n’est pas le concept de Lénine.

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