• - La conscience de classe et le parti révolutionnaire (Une contribution au débat, de la part du camarade V)

    NDLR : la publication de ce texte n’engage pas la ligne éditoriale du blog, et notamment concernant les éléments d’appréciation concernant l’influence du PS et du PCF sur la classe ouvrière. Le débat est ouvert...

    - La conscience de classe et le parti révolutionnaire (Une contribution au débat,  de la part du camarade V)Aujourd’hui en France il n’y a pas une organisation politique communiste.

    Cependant, il y a des milliers des communistes militants dans divers partis et groupes. Il y en a un nombre important qui ne trouvent pas d’organisation conforme à leurs idées.

    Le PS est un parti bourgeois avec encore une base électorale de travailleurs.

    Le PCF qui maintient encore une certaine base militante de travailleurs (inférieure à sa composante petite bourgeoise) est passé depuis longtemps au service de la bourgeoisie tout en gardant une image de gauche et même communiste dans certains secteurs.

    Son enracinement dans la classe ouvrière est un atout électoral et potentiellement militant qu’il conserve encore.

    LO est un groupe centriste, qui se prétend trotskyste sans l’être et qui pratique une forme d’anarcho-syndicalisme. Politiquement, depuis quelques années, ils dérivent à droite.

    Le NPA est un groupe pro-impérialiste en politique internationale et social- démocrate de gauche en interne, avec divers courants internes, quelques uns d’un discours acceptable mais qui cohabitent avec des secteurs très à droite.

    Le POI, divisé pratiquement en deux, passe d’un courant purement syndicaliste à un courant confus où se mêle le nationalisme à une forme abstruse de dogmatisme autoritaire en interne et sectaire en externe avec des courants de droite municipale. L ‘autre groupe qui se revendique de cette tradition et de ce nom, ne fait pas mieux.

    Tous ces groupes plus ou moins importants se réclament, à tort, il faut le reconnaitre, des diverses chapelles du trotskisme.

    Tous ces partis, sauf le Socialiste et le Communiste (sauf quelques unes de ses fractions plus ou moins intégrées ou en dehors du parti) présentent des déformations organisationnelles et/ou une interprétation totalement dévoyée du centralisme démocratique.

    Comme conséquence de la pression bourgeoise, la plupart pratiquent un système autoritaire, abusif, qui a empêché et/ou réprimé toute discussion et ainsi saboté le travail, déformé la pensée et permis le travail de tous les opportunistes.

     

    Ou un libéralisme petit-bourgeois qui a transformé ces groupes et partis en auberge espagnoles les rendant incapables de toute action pratique soutenu et leur imposant une ligne erratique. Hier, une ‘tendance’ part à gauche ; demain une autre « rectifie » à moitié pour éviter une scission, presque toujours sans réussir ...

    Le manque de démocratie interne est l’apanage de l’ancien PCF, de LO et du POI. Le bordel libéral, paralysant, est le propre du nouveau PCF de la ex-LCR et du NPA. Tous le paient et l’ont payé par la démoralisation de leurs militants et le règne absolu des directions, les uns qui ont toujours trahi, les autres qui n’ont jamais voulu ou pu faire quoi que ce soit.

    Continuer par de tels chemins amènera les mêmes résultats.

    Aujourd’hui, parmi les secteurs et groupes critiques de ces pratiques ainsi que de ces politiques étrangères au prolétariat, le danger organisationnel et politique prend une autre forme. C’est le sectarisme dogmatique, le gauchisme qui fait ravages et l’intolérance sectaire qui est sa forme d’organisation correspondante. Le libre débat d’idées, la tolérance auprès des opinions diverses va fréquemment chercher dans des vieilles polémiques la justification nécessaire à la construction de nouvelles féodalités et à l’élévation de nouveau leaders ‘éclairés’ qui perpétuent une néfaste habitude que les prolétaires fuient comme la peste et qui contribue à ce que des nombreux jeunes suivent la confusion idéologique et organisationnelle des anarchistes.

    Etant donné que c’est un problème crucial, je vais essayer de revenir sur les bases idéologiques nécessaires pour combattre le sectarisme et défendre les bases d’organisation de l’avant-garde ouvrière. Il sera forcement limité et pas complet mais j’entends ce document comme un premier jet qui devra être discuté, complété et amélioré ou réfuté.

    Il aurait été bien plus facile de copier-coller les textes très clairs des premiers Congrès de l’IC et/ou des explications produites à la même époque par les dirigeants à ce moment du mouvement communiste mais...je les pense connus (et oubliés).

    Je dois dire que ma pauvre tête est incapable de produire ce que je promet, alors je ne ferais que copier-coller des évidences ordonnées à la manière que je pense le mieux pour aider à cette discussion.

    Autrement, les anciennes catégories (Maoïstes, réformistes, trotskistes, M- L, révisionnistes, nationalistes de gauche, etc.) ont perdu presque toute signification. Chaque fois qu’un problème concret de politique se présente, à l’international comme en interne, ces courants ou tendances se divisent toutes sans exception en trois courants ; droite, centre et gauche, comme avant 1914 et la faillite de la IIème Internationale. Les positionnements divers sur la crise en Libye, en Syrie en Ukraine etc. ont vu les « trotskistes » prendre des positions tant à droite (pro-impérialiste) comme de centre (également pro-impérialiste mais plus sournoise) et de gauche, conséquente avec un point de vue communiste. Le même phénomène on l’a observé chez tous les autres courants.

    Je ne l’utiliserais plus et je revendique donc le droit de puiser dans chacune de ces courants ce qui peut servir à reconstruire un vrai mouvement communiste.

    Encore, j’avais déjà écrit un document mais le problème de sa longueur s’est présenté. Je me vois donc forcé de le résumer au maximum, effort qui va créer des incompréhensions qui seront, j’espère, suivis des discussions pour le modifier, critiquer ou développer. Je ne prétends qu’à faire une contribution à la discussion.

    Voici les quatre principales thèses sur la question :

    l. La conscience de la classe ouvrière (et bien sûr celle de toutes les classes sociales) se développe à partir des relations sociales de production sous des interactions mutuelles dialectiques, et multilatérales entre le parti révolutionnaire, tous les partis politiques de la classe ouvrière, les partis de la bourgeoisie, l’avant-garde sans parti et la grande masse des travailleurs et opprimés.

    2. Seul le centralisme démocratique permet au parti révolutionnaire de développer le Marxisme, de former ses militants et de gagner la direction de la classe ouvrière.

    3. La conscience de classe elle provient de la dynamique sociale, de la lutte de classes déclenchée par les syndicats et par les réformistes, les menchéviques, les partis centristes et révolutionnaires et les groupes en lice pour la direction de la classe ouvrière.

    4. La méthode marxiste est le matérialisme dialectique et l'application de cette méthode à la lutte de classes est la méthode d’approches successives (dit La ligne de masses ou ‘des masses au masses’, la théorie de la connaissance marxiste etc.). La forme nécessaire de cette méthode aujourd’hui, époque non-révolutionnaire bien que très instable, est celle du Front Uni.

    Ceux qui se réclament de l’héritage de Lénine sont dans une crise commune de méthode (ou méthodologique). On trouve deux camps avec beaucoup des lignes croisées entre eux. Dans le camp opportuniste de droite se trouvent ceux qui capitulent devant les traîtres bureaucrates de gauche des syndicats, devant la gauche de la social-démocratie et devant les nationalistes de gauche, devant les révisionnistes ou des proches.

    Du côté de la gauche sectaire se trouvent ceux qui ont été repoussés par l'opportunisme et se retirèrent d’une participation réelle dans les véritables luttes de la classe ouvrière en proclamant leur « pureté révolutionnaire » et deviennent ainsi éventuellement des sectes dogmatiques. Entre ces deux il y a eu, ceux qui ont reconnu la crise de la méthode, commune aux deux côtés et qui ont essayé de rétablir la méthode de la ligne de masses et du Front Uni. Cela a été particulièrement vrai depuis la lutte contre le révisionnisme au début des années soixante. Hélas, beaucoup de ces personnes et partis se sont aussi fourvoyés dans le dogmatisme sectaire d’abord pour passer à droite brusquement suivant le funeste « Théorie des Trois Mondes » ou autres escroqueries tel « élections pièges à cons » symbole même du refus de l’étude de la réalité politique telle qu’elle est et non pas telle que nous la désirons et qui est aujourd’hui devenue « Abstention, piège à cons ».

    Chapitre 1 : Les sources de la conscience

    Les marxistes devraient savoir quelles sont les sources de la conscience. C’est un reflet des relations sociales que les gens sont contraints d’établir pour prendre de la nature ce dont ils ont besoin pour vivre. A mesure que la lutte entre les êtres humains et la nature progresse, et les êtres humains ont plus de succès, ils sont forcés d’établir des relations de plus en plus étroites de coopération entre eux. Engels explique cela dans « Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme ». Des rapports de classe se développent alors quand un excédent a été produit, comme il souligne dans « Les origines de la famille, la propriété privée et de l'Etat »

    Dans la préface à la « Contribution à la Critique de l'économie politique » (1859) Marx définit cela dans son exposé classique du matérialisme

    Historique:

    « Dans la production sociale de leur vie, les hommes entrent dans des relations précises que sont indispensables et indépendantes de leur volonté, des relations de production qui correspondent à un stade défini du développement de leurs forces productives matérielles. La somme totale de ces relations de production constitue la structure économique de la société, la base concrète sur laquelle s'élève la superstructure légale et politique et à laquelle corresponde des formes définies de conscience sociale. Le mode de production de la vie matérielle, conditionne le processus de la vie politique et intellectuel en général. Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c'est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience.

    A un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en conflit avec les rapports de production existants, ou-ce qui n'est que l'expression juridique de la même chose-avec les rapports de propriété au sein de laquelle elles ont été à l'œuvre jusque-là. De formes de développement des forces productives, ces relations deviennent des entraves.

    Alors commence une époque de révolution sociale. Avec le changement de la base économique, l’entière immense superstructure est plus ou moins rapidement transformée. En examinant ces transformations, une distinction devrait toujours être faite entre la transformation matérielle des conditions économiques de production, ce qui peut être déterminé avec la précision des sciences naturelles et les formes juridiques, politiques, religieuses, philosophiques, esthétiques, en bref, avec les formes idéologiques dans lesquelles hommes prennent conscience de ce conflit et combattent. Tout comme notre opinion d'un individu ne repose pas sur ce qu'il pense de lui-même, nous ne pouvons pas juger d'une telle période de transformation par la conscience qu’elle a d’elles même, au contraire, cette conscience doit être expliquée plutôt par les contradictions de la vie matérielle, par le conflit réel qui oppose les forces productives sociales et les rapports de production.

    Aucun ordre social ne périt jamais avant que toutes les forces productives qu’il contient ne se soient développées, et de nouvelles relations de production, n'apparaissent jamais avant que les conditions matérielles de leur existence ne soient apparues dans le sein de la vieille société. Ainsi l'humanité se propose donc uniquement les tâches qu'elle peut résoudre, car, en regardant de plus près, on va toujours constater que les tâches elles-mêmes surgissent quand les conditions matérielles de leur solution existent déjà ou au moins elles sont en processus de formation.»

    Ce long extrait ne contient aucune explication sur les mécanismes de comment la conscience de classe (révolutionnaire ou réformiste) se développe sous l'impact de grands événements historiques et des évènements politiques généraux. Dans le « 18 Brumaire de Louis Napoléon » Marx nous dit : « Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne l'a font pas arbitrairement, pas dans les conditions choisies par eux-mêmes, mais dans des conditions directement données et héritées du passé. La tradition de toutes les générations mortes pèse d’un poids très lourd sur le cerveau des vivants. »

    Mais il n'explique pas comment elles peuvent atteindre ces objectifs. Plekhanov s’est penché sérieusement sur ce problème et Lénine l’a résolu transformant les bolcheviks en un parti capable de mener la révolution russe. Cette théorie a pu être développée seulement sous l'impact de grands événements historiques, à commencer par l'échec de la Révolution de 1905.

    Pour Lénine en 1902, dans « Que faire? », l’élément spontané ne représente rien de plus que la conscience sous une forme embryonnaire. Ce qui peut apparaître à la surface comme spontané, était le fruit (et le produit) des conflits internes où une avant-garde politique a exhorté la classe d’aller de l’avant contre ceux qui représentaient les intérêts des patrons. De cela découle que toujours la conscience de classe des travailleurs se développe comme un conflit d’oppositions, avec des tendances politiques définies luttant à la fois contre le retard de la conscience des travailleurs et contre les patrons.

    Toutes ces tendances politiques étaient à la fois une part de la classe ouvrière et une opposition à elle-même, en même temps. Plus elle était arriérée et moindre était l’influence des intellectuels marxistes sur elle. Cette complexité des phénomènes, il est nécessaire de bien la saisir, car les intellectuels deviendront un des véhicules non seulement de la science marxiste pais aussi, trop souvent hélas, de l’idéologie bourgeoise. Aujourd’hui cette internationalisation de l’opportunisme, comme du marxisme, se produit encore.

    Les ‘économistes’ croyaient que la lutte économique des travailleurs elle- même allait produire la conscience révolutionnaire.

    Lénine dans son livre « Que Faire » l’a formulée ainsi :

    « Nous avons dit qu'il ne pouvait y avoir de conscience social- démocrate parmi les travailleurs. Qu’elle ne pouvait leur être amenée que de l’extérieur. L'histoire de tous les pays montre que classe ouvrière, exclusivement par son propre effort, est en mesure de développer seulement la conscience trade-unioniste (syndicaliste), c'est à dire, la conviction qu'il est nécessaire de combiner par les syndicats, la lutte contre les employeurs et la lutte pour contraindre le gouvernement à adopter des lois du travail dont ils ont besoin, etc.

    La théorie du socialisme, cependant, c’est développé à partir de théories philosophiques, historique et économiques élaborées par les représentants instruits des classes propriétaires, les intellectuels. Par leur statut social, les fondateurs de socialisme scientifique moderne, Marx et Engels eux-mêmes appartenaient à l'intelligentsia bourgeoise. ».
    La difficulté majeure avec la formulation de Lénine est qu’elle n’est pas totalement erronée, juste qu’il avait souligné trop l’apport de la social- démocratie seule, et directement assimilé les désirs subjectifs des masses pour la révolution avec l’intervention de la social-démocratie.

    Certains comme les anarchistes et d'autres prétendent que les travailleurs arriveront à comprendre que l’Etat doit être violemment renversé par l’action révolutionnaire, spontanément de leur propre accord, en militant plus sur des questions économiques (ce qui est faux) et que cela est tout ce qui est nécessaire et suffisante pour mener une révolution triomphante (doublement faux).

    Cependant, il est certainement possible que l'avant-garde (et par cela, nous entendons une partie importante de la classe ouvrière, disons 10%) soit venue à cette conclusion par le biais de longues luttes et des séries de grèves, apprenant tant par de défaites comme par de victoires. Donc, elle pourrait tirer la conclusion que la révolution est nécessaire, si un parti révolutionnaire de masses et / ou un ou plusieurs grands groupes centristes (pas conséquemment révolutionnaires) ont fait propagande pour les amener à cette compréhension. Cette avant-garde pourrait alors conduire la classe ouvrière au combat si la majorité d'entre eux seraient «révolutionnaires». Si nous regardons l'histoire des soulèvements révolutionnaires « apparemment spontanées », nous trouverons que, en fait, ce n’était pas spontané du tout. Ces soulèvements arrivèrent parce que, dans des conditions objectivement favorables, un certain nombre de forces subjectives révolutionnaires (sans tenir compte que leurs dirigeants soient contre-révolutionnaires ou confus) avait préparé les esprits des larges masses pour le conflit. En 1905, en Russie, les deux ailes de la Social- Démocratie (mencheviks et bolcheviks) participèrent à ce travail comme beaucoup d'autres, y compris les ‘économistes’.

    Lénine admettra après que, dans sa formulation controversée, il a « plié le bâton dans l’autre sens » un peu afin de porter des coups contre les ‘économistes’.

    Dans le grand bouleversement révolutionnaire d’Espagne en 1936 c’étaient sûrement les Anarcho-syndicalistes, le parti centriste POUM, le PCE, et même les socialistes de gauche sous Largo Caballero qui ont préparé les masses pour le grand bouleversement révolutionnaire. Cependant il y avait beaucoup plus de ce type de conscience révolutionnaire de masses élémentaire dans l’Espagne fin des années 1930 que dans la Russie de Lénine en 1917.

    Chapitre 2 : Que Faire ? et le Centralisme Démocratique

    Lénine est parvenu aux positions politiques exposées dans « Le gauchisme maladie infantile du communiste » par une longue lutte. 

    Il avait à peine commencé à développer ces théories sur cette question quand il a écrit « Que Faire ? » en 1902. Des opportunistes sur leur chemin de retour utilisèrent la confusion admise sur la formulation que le parti doit amener la conscience ‘sociale-démocrate’ à la classe ouvrière ‘de l’extérieur’ pour attaquer tout dans le livre de Lénine. En revanche, des groupes avec un régime centraliste despotique interne utilisèrent une interprétation trop littéral et ahistorique pour justifier leur direction, anti-démocratique. Pour ce faire, certains ont même continué à défendre la formulation que Lénine lui-même a admise comme erronée.

    Disons d'abord que l’orientation politique de base du livre est correcte et doit être défendu contre ces anti-léninistes qui cherchent à dénigrer ses trois principales thèses contre les « économistes »:

    1. Le parti révolutionnaire doit défendre tous les aspects de l'oppression dans toutes les classes et non juste lutter dans le combat syndical. « Le modèle du révolutionnaire est le tribun du peuple et non le secrétaire de section syndicale » dit Lénine. (Il faut mettre le centre dans la politique, dans l’agitation politique publique)

    2. Le Centralisme Démocratique est la forme particulière organisationnelle et politique qu’un parti communiste doit adopter.

    3. Le parti révolutionnaire doit donner une direction active à la classe, être les meilleurs combattants, sans craindre la lutte pour des réformes et ainsi gagner l’oreille de l’avant-garde pour des solutions révolutionnaires.

    Nous devons reconnaître que le Centralisme Démocratique doit mettre davantage l'accent sur la démocratie et moins dans le centralisme dans des conditions de plus grande liberté démocratique. Certainement la démocratie au sein du parti exige tant la discussion sur des documents écrits de préférence comme la formation poussée et sans aprioris et sur tous les sujets, des militants. [ NDLR : Au PCF ce n'était pas du centralisme démocratique, mais du centralisme bureaucratique... ]

    Néanmoins, les conclusions politiques auxquelles Lénine est arrivé, et qu'il a défendu, venaient de l'expérience de la lutte des classes et des principes philosophiques et elles définissent réellement le léninisme.

    Depuis quelques décennies, il y a eu un rejet généralisé du centralisme démocratique en faveur des partis ‘pluralistes’. Tous types de libéraux anti- léninistes désirent se libérer de la discipline de la lutte des classes sous le prétexte d'échapper au « sectarisme » et au « dogmatisme ». Sans un parti révolutionnaire basé sur le centralisme démocratique comme sa norme organisationnelle il est impossible d'éduquer les militants et son avant-garde dans la théorie révolutionnaire. Nous ne pouvons pas apprendre de la lutte que si nous nous unissons dans la lutte contre l'ennemi commun. Par conséquent, le centralisme démocratique est nécessaire en raison de la forme particulière d'oppression endurée par la classe ouvrière et par la nature de sa lutte contre cette oppression.

    Quand les ouvriers s'engagent dans des luttes grévistes sérieuses la démocratie ouvrière refuse la démocratie aux capitalistes d'embaucher des jaunes et de licencier à volonté et aux autres travailleurs moins conscients de briser la grève. Elle nécessite la plus complète liberté de discussion avant que les gens prennent une décision et celle-ci doit être prise lors de réunions où les ouvriers sentent leur force collective plutôt qu’en votes individuelles où les travailleurs sont isolés et soumis à des pressions domestiques et des médias. Une fois qu’une majorité décide une action, alors l'organisation doit la faire respecter aux adversaires dans ses propres rangs par tous les moyens à sa disposition. Donc la démocratie ouvrière est pour la lutte –les organisations ouvrières font le tri entre ce qu'ils doivent faire pour appliquer leurs décisions pleinement discutées quel que soient les moyens nécessaires et à leur disposition.

    Nous avons vu cet instinct de classe élémentaire en marche partout quand les ouvriers prennent l’initiative de leurs luttes.

    Comme la plus haute forme d'organisation des travailleurs, le parti révolutionnaire doit à la fois refléter et développer les éléments de la démocratie ouvrière en une pratique consciente et comme sa norme d'organisation. Ainsi, la théorie du centralisme démocratique a été extraite et développé à partir de la pratique de la classe ouvrière en lutte. La démocratie est pour décider comment lutter, le centralisme pour s’assurer que nous frappons ensemble, afin que nous puissions apprendre de nos victoires et de nos défaites.

    Il est indispensable donc d’assurer la plus totale liberté de discussion tout le long de la vie du parti et d’organisation avant les Congrès et Conférences où se décident les questions importantes. Le droit de co- option à la direction doit être l’exception et être justifié et contrôlé par les militants.

    Pour décider comment traiter d’importantes différences politiques et idéologiques dans le parti il est certainement raisonnable d'exiger que celles-ci soient d'abord soumises à l'intérieur de la plus haute instance disponible pour le ou les membres. Le droit à former des courants politiques doit être facilité par les statuts du parti ou syndicat et doit être considéré comme une partie normale de la vie intérieure. Il doit être positivement encouragé quand des différences importantes apparaissent car généralement reflètent des problèmes réels au sein de la classe. [ NDLR : Pas sûr que la création de tendances favorise le centralisme démocratique : il favorisera plutôt la cristallisation des idées dans ces tendances rendant le débat très difficile voir impossible. Ce qu'il faut c'est appliquer vraiment le centralisme démocratique et non sa caricature bureaucratique que nous avons connu au PCF... ] Seulement par un débat sérieux et une lutte politique en profondeur des avancées théoriques peuvent être effectués. Plus ceci est encouragé, moins des fractions seront formées par des membres mécontents-et ainsi il y aura moins de dangers de scissions et moins de membres seront perdus par la démoralisation causée par des frustrations idéologiques et par la confusion, si elles sont simplement réprimées. Le parti bolchévique a continué de discuter et polémiquer même en pleine préparation de la prise du pouvoir.

    Cependant il doit y avoir un niveau de cohésion idéologique dans un groupe. Des différences publiques devraient pouvoir normalement être exprimées, et cela ne doit pas être considéré comme une trahison politique aussi longtemps que l'orientation générale et la direction de la politique du groupe est défendue. La limite doit être déterminé par le climat politique, le degré de liberté politique dans le pays, l'état interne du groupe et les diktats de la lutte de classes. Le Congrès du Parti et les dirigeants centraux démocratiquement élus doivent avoir le pouvoir de tracer cette ligne, mais ils doivent en répondre périodiquement. Une direction centrale gagne le respect et l'adhésion des membres tant par la justesse de sa ligne politique que par le respect des normes démocratiques. Cela ne peut s’établir que par la lutte idéologique, pas par la répression. Sinon, nous éduquerons des lapins et non pas des révolutionnaires, comme tant d’autres ont fait jusqu'à maintenant.

    Quand les travailleurs auront étendu leurs normes organisationnelles et leurs méthodes de lutte dans toute la société par la formation des organisations des travailleurs révolutionnaires, la dictature des ouvriers aura commencée à défier la dictature de la bourgeoisie. Si le parti révolutionnaire gagne le contrôle idéologique de ces organisations de masses, la révolution aura réussie, l'état ouvrier imposera la dictature des travailleurs -la dictature du prolétariat-sur les capitalistes.

    Les enseignements méthodologiques de 1905

    Lénine n’a pas cessé d'affirmer que les bolcheviks dirigèrent la révolution de 1917 car ils avaient appris les leçons de 1905. Ce que les bolchéviques apprirent de 1905 était le suivant:

    l. La nécessité du Front uni et des politiques d’approche par essais successifs, la ligne de masses. Cherchant à développer cette idée, les bolcheviks eurent besoin d’une nouvelle approche dialectique du Front Uni.

    2. La nécessité d'étudier et de développer la dialectique pour défendre et développer le matérialisme dialectique et historique contre Mach et Bogdanov. Lénine a commencé ce travail dès 1906.

    Les bolcheviks ont été abasourdis par le fait que Trotski et les mencheviks ont pris la direction d’une grande partie de la révolution manquée de 1905 et eux s’étaient trouvés marginalisés. Ils ont dû revoir leur attitude à l'égard des masses, et d'autres groupes qui se disaient révolutionnaires et se réarmer théoriquement pour 1917. Lénine même s'insurge contre les soviets pendant quelques semaines en 1905, car des organes en « dehors des formes traditionnelles de la classe », incapable de voir le contenu derrière la forme.

    Après la leçon de 1905, le centralisme démocratique va devenir beaucoup plus « la bouillonnante démocratie interne » que les bolcheviks développèrent avant 1920.


    . Le principe du centralisme démocratique a commencé à fonctionner pour les bolcheviks :

    «Sans démocrate intérieure-pas d'éducation révolutionnaire. Sans discipline-pas d’action révolutionnaire ». La structure interne du parti est fondé sur le principe du centralisme démocratique: liberté totale de discussion, unité complète dans l’action.

    Est-ce que Lénine et les bolcheviks sont devenus moins critiques avec Trotski et les mencheviks après 1905 ? Non. Ils ont constaté que leur tactique s’est avérée désespérément peu flexible. La conscience de la classe ouvrière n’était pas simplement : soit l'idéologie bourgeoise ou soit la conscience social-démocrate marxiste telle que représentée par eux- mêmes. Il y avait de nombreuses étapes et niveaux intermédiaires. Elle pourrait virer brusquement vers la gauche, mais ne pas frapper à leur porte. Ils ont dû se battre pour saisir toutes les nuances de la réalité ouvrière et donc pour le leadership de la classe d’une autre manière.

    Ce n'était pas simplement que les mencheviks tournent à gauche après 1905, mais les bolcheviks, en un sens, devaient tourner à droite. Ils savaient qu'ils avaient raison que la classe ouvrière devrait conduire la révolution, mais leur tâche était de convaincre les travailleurs d’accepter leur direction.

    D'où les essais de réunification avec les mencheviks en 1912 et la lutte politique interne résultante qui s’est intensifiée.

    Lénine souligne :

    « La classe ouvrière tends spontanément vers le socialisme; néanmoins l'idéologie bourgeoise qui est plus répandue (et de façon continuelle et par divers canaux elle est relancée) est imposée spontanément à la classe ouvrière à un degré encore plus grand »[22]

    Par socialisme, Lénine se réfère ici évidemment au socialisme révolutionnaire. Le réformisme ne s’était pas encore séparé complètement comme une tendance nette dans la deuxième internationale, ou plus pertinemment dit, Lénine n'avait pas reconnu ce processus qui était en train d’apparaître dans le Parti Social-démocrate allemand. Rosa Luxembourg était beaucoup plus avancée sur cette question que Lénine à l'époque. Les luttes de la classe ouvrière créent vraiment les meilleures

    conditions pour les socialistes (et par socialistes nous entendons ici tous ceux qui se battent pour l'indépendance de classe de la classe ouvrière, réformistes ou révolutionnaires) pour élever la conscience de la classe ouvrière. Cela crée également les conditions pour que les révolutionnaires recrutent les avancés de l'avant-garde et élèvent la conscience révolutionnaire-de l'ensemble des travailleurs.

    Chapitre 3 : La conscience de classe est logée dans les organisations des travailleurs

    La classe telle que nous la rencontrons à un moment donné a de plus en plus conscience de classe, ou elle est en train d’abandonner cette conscience de classe en fonction des reculs ou des avancées de leur compréhension du système. Elle dépend aussi de la politique par laquelle elle se trouve influencée, de la présence ou de l'absence de partis réformistes ou révolutionnaires, si ceux-là sont en train de se déplacer vers la gauche ou vers la droite, etc.

    Nous soulignons ‘conscience de classe’ parce que elle c'est la compréhension que les travailleurs développent de leurs intérêts de classe différents et de la nécessité de se battre avec des méthodes de lutte des classes (grèves, manifestations, piquets pour arrêter les brise- grèves, etc.) La vaste majorité des travailleurs avec cette compréhension, a encore à une conscience de classe réformiste. Les sectaires refusent les partis de masse de la classe ouvrière ou du moins nient la nécessité de se lier sérieusement à elle et de travailler en leur sein quand c’est possible, tels les partis travaillistes et les partis révisionnistes de masse.

    Parce qu'ils sont ce qu’ils sont que nous avons besoin du Front Uni et de la méthode d’approche successive pour faire avancer la lutte, pour augmenter la confiance de la classe par des victoires remportées et enhardir l’avant- garde à penser à des solutions révolutionnaires. Leur contact avec la propagande révolutionnaire leur permet de voir la nécessité d'adhérer à un parti des travailleurs communistes.

    Le travail d'éducation des masses dans la conscience de classe est essentiel, mais tous les réformistes et ceux qui se croient révolutionnaires le font.

    Par exemple, les partis révisionnistes, malgré toute leur opportunisme d’arrière-garde, faisaient sans doute de l'éducation de conscience de classe (et même si ce n’est qu’une théorie confuse) que n’importe qui d’autre à gauche; dans des réunions, des écoles annuelles de marxisme et dans de colonnes éducatives hebdomadaire dans leur presse. Naturellement les partis révisionnistes propagent aussi beaucoup de fausse éducation et à la fin ils trahissaient, trahirent et vont trahir.

    Mais seul un complet réactionnaire ou un sectaire affligé de mort cérébrale, voudrait les voir détruits par l'État ‘pour ouvrir la voie aux marxistes authentiques’. Nous devons nous rendre compte que, à cause de la domination de l’idéologie bourgeoise et la longue crise des marxistes-léninistes, les militants de base dans leurs rangs et certains dirigeants de ces groupes peuvent être des révolutionnaires subjectivement sincères ou au moins d'authentiques réformistes socialistes.

    Surtout que c’est la dynamique de la lutte de classes qu’impose sur la conscience. Cela se voit dans toute grève.

    Même les pseudo marxistes instruits, le font encore en certaine mesure, aussi les travailleurs de conscience de classe réformiste, disent que les travailleurs ont des intérêts indépendants en tant que classe et qu’ils ont besoin de se battre pour eux. La principale source de production à bon marché des œuvres de Marx, Engels et Lénine venait à la fois de l'URSS et de la Chine. Et ces textes étaient enseignés et discutés dans ces pays et au sein des partis communistes en Occident. Les révisionnistes conduisaient des grèves et même des révolutions. Les révisionnistes étaient effectivement contre-révolutionnaires, mais défendaient les relations de propriété nationalisées et comme un courant politique au sein de la classe ouvrière, ils ne pouvaient pas être complètement contre-révolutionnaires, cela aurait voulu dire qu'ils étaient des capitalistes.

    Nous devons veiller à ce que ces organisations des travailleurs virent vers la gauche. Nous devons les défendre contre la droite. Certes, le parti communiste révolutionnaire authentique (quand nous le construirons) va construire l’avant-garde de manière plus conséquente, sera plus en mesure de proposer ces demandes qui porteront le problème du pouvoir de l'état en question et permettra de mieux préparer son renversement. Eux seulement vont se battre pour cela et mener le second Octobre.

    Ils devront faire le travail d'agitation de masses et s’unir aux groupes qui font cela en s’en tenant aux principes. Pour la plus grande partie du temps, en dehors des situations révolutionnaires, un parti révolutionnaire a de tâches importantes, étroitement liés. Le parti doit se construire parmi l'avant-garde de la classe ouvrière. Cela veut dire qu’il doit préparer les esprits de l’avant-garde naturelle des travailleurs pour le combat. Il doit recruter et former des leaders des travailleurs révolutionnaires. Il doit s’unir au plus grand nombre d'autres par la tactique du Front Uni. Il doit absolument reconnaître que, en raison de la profusion des groupes et de la pression de l’idéologie capitaliste, il ne sera pas en mesure de recruter, dans le court et moyen terme, tous les meilleurs éléments.

    Il doit enseigner et développer cette avant-garde politiquement- comment s’unir aux larges masses elles-mêmes, comment s'unir à elles lors d’un conflit, c’est à dire, qu’elle doit les différencier, puis les mettre à agiter parmi leurs collègues de travail. De cela, ce suit qu’un parti révolutionnaire doit avoir une attitude de principe avec d'autres combattants de classe subjectivement révolutionnaires. Une relation de principe signifie que nous devons être disposés pour former toutes sortes d’alliances du type des Fronts Unis.

    Nous devons prioriser les besoins de la lutte des classes et coopérer lorsque cela est possible avec tous ceux qui se battent et dirigent des luttes. Au même moment nous devons être résolument critiques de leurs politiques et des tactiques qui affaiblissent, divisent ou compromettent l'avenir de la classe pour des étroits avantages partisans. Nous devons marcher séparément mais frapper ensemble. Nous devons être préparés pour entrer et même fusionner avec des ‘groupes révolutionnaires’ pourvu que nous puissions maintenir le droit de lutter pour nos propres politiques. Dans le cas de partis de masse nous avons besoin de maintenir notre propre presse et les autres moyens de propagande.

    Comme nous l'avons dit, des révolutionnaires subjectifs (qui se prennent pour tels sans l’être exactement) et des combattants de la classe peuvent exister dans les rangs des organisations ‘révolutionnaires ' rivales, comme parmi leurs cadres moyens et chez certains de leurs dirigeants. Leur importance ne réside pas seulement dans le fait que notre politique correcte va nous permettre de recruter plus facilement parmi eux si nous avons eu une bonne relation de principes avec eux sur une longue période de lutte.

    L’importance réside aussi dans le fait que les révolutionnaires subjectifs et les combattants avec des principes de classe dans les partis révisionnistes, voire dans des organisations socialistes contre- révolutionnaires auront l’oreille des masses et les mèneront à la lutte. Ainsi, non seulement il est nécessaire d'avoir une compréhension bienveillante envers les attitudes réformistes des travailleurs qui suivent la social- démocratie et les partis révisionnistes (et, dans certains cas, la masse petite-bourgeoise des organisations nationalistes), mais il est encore plus nécessaire d'avoir la même attitude envers les militants de rangs et certains de meilleurs leaders des avant-gardes révolutionnaires rivales / ou des groupes centristes.

    Une avant-garde existe parce que c’est le leader naturel des masses. Nous devons leur apprendre à protéger et à approfondir leurs racines dans les masses « en fusionnant en un certain sens avec elles » comme disait Lénine. Ce que nous ne devons pas faire est de les arracher loin de leurs racines de classe pour les faire des ‘révolutionnaires professionnels’ qui seulement peuvent s’unir à d'autres groupes par la propagande et pas du tout aux masses. Non, ils doivent gagner les masses à travers leurs propres expériences de lutte, ils doivent combattre leur retard utilisant l’agitation pour la lutte de classes auprès des larges masses et principalement la propagande de la théorie révolutionnaire et des objectifs socialistes pour les travailleurs les plus politiquement avancés pour les recruter pour le parti.

    Ainsi nous avons l’agitation pour les masses, comme activité principale, et nous avons fait de la propagande pour l'avant-garde. Mais tout ceci dépend de l’engagement, du lien avec les travailleurs en lutte. En d'autres termes le Front Uni est crucial pour commencer le travail d'éducation révolutionnaire. De même, la Méthode d’approche successive, est cruciale pour propulser les luttes en avant dans la direction de la révolution.

    Le premier niveau de la conscience de classe, est la conscience réformiste de classe, mais ceci est un progrès certain. Il s’exprime lui-même dans la construction de syndicats de masse et de partis sociaux-démocrates (des partis bourgeois à composition ouvrière). Ils différencient la classe ouvrière du suivisme envers des partis purement et simplement bourgeois. En France les masses suivent encore le Parti Socialiste ou le Parti révisionniste. Aux États-Unis, ils suivent encore la démocrates en UK le Labor Party.

    L’Internationale Communiste, cette nette progression politique, reconnue par les bolcheviks et par tout marxiste de valeur jusqu'à maintenant, doit être défendue. Ce développement permet d’unir les révolutionnaires au niveau supérieur et employer les tactiques décrites par Lénine dans « La maladie infantile du Communisme»

    Si nous disons que la classe ouvrière, laissé à elle-même, est réformiste, ce serait non-dialectique, mais cela contiendrait une large part de vérité. Elle n'est jamais « laissée à elle-même » dans tous les cas. Afin de vivre, la classe ouvrière doit entrer en une relation sociale avec la bourgeoisie. Donc la seule façon qui apparait naturelle et rationnelle aux travailleurs est d’améliorer leurs conditions au sein de cette relation, de peur de couper la source de leurs revenus. Ils craignent que leur mouvement de grève puisse mettre en faillite l'entreprise et entraîner la ruine de tous. Ainsi, la classe ouvrière est souvent réformiste et seulement potentiellement révolutionnaire.

    Pour développer une compréhension intégrale de leur propre oppression et comment la combattre, ils doivent s’organiser collectivement, avec les syndicats d’abord. Très vite l’avant-garde apprend que ceux-ci sont nécessaires, mais inadéquats. Alors, un jour, ils rencontrent un communiste révolutionnaire. Ils deviennent convaincus de la nécessité du communisme international et de la révolution et le mouvement se développe, ils poussent leurs copains de travail arriérés à lutter sur un plan supérieur, l'Etat est contestée et renversé. La classe ouvrière est devenue révolutionnaire.

    La même classe ouvrière est pareillement réformiste et révolutionnaire? Elle est réformiste pour la plus grande majorité du temps. Ce n'est qu'à l'approche de la situation révolutionnaire que l'avant- garde commencera à poser des questions fondamentales sur la nature de la société capitaliste et à devenir réceptive à la propagande des révolutionnaires sur pourquoi le capitalisme, et son gouvernement, doiventt être renversés par la révolution.

    Chapitre 4 : La dialectique qu’Engels a enseignée

    « Pour le métaphysicien, les choses et puis leurs reflets mentaux, les idées, sont isolés, doivent être considérés les uns après les autres et séparés les uns des autres, ce sont des objets d'investigation fixes, rigides, données une fois pour toutes. Il pense en termes absolus d’inconciliables antithèses. Sa communication est "oui, oui, non, non", car tout ce qui est plus que cela, vient du malin ». Pour lui, la chose, ou elle existe ou elle n'existe pas, une chose ne peut pas être au même temps elle-même et une autre chose. Négative et positive s'excluent absolument; cause et effet se trouvent dans une antithèse rigide, l’une à l’autre. Et le mode métaphysique de la pensée ... tôt ou tard, atteint une limite, au-delà duquel il devient unilatéral, restreint, abstrait, perdu dans des contradictions insolubles. Dans l’observation des choses individuelles il oublie la connexion entre elles, dans la contemplation de leur existence il oublie la fin et le début de cette existence, de leur repos, il oublie leur mouvement. Les arbres lui cachent la foret ».

    Surement la base de la faute méthodologique de beaucoup des militants ce sont les concepts morts, métaphysiques avec lesquels ils travaillent. Ils sont incapables de comprendre le mouvement et le changement, l'unité et son contraire, la transformation de la quantité en qualité. C'est-à-dire, ils sont incapables d'appliquer la dialectique à la lutte des classes, de comprendre, dans les questions pratiques du jour, comment quelque chose peut en même temps être elle-même et quelque chose d'autre. Le « oui, oui, non, non » caractéristique de l'ensemble de leur pensée est absolument déconcertant. C’est comme si leurs raisonnements avaient été écrits par des adversaires conscients de la dialectique, comme si manquait même la compréhension empirique normale des commentateurs bourgeois instruits. Prenez la fameuse citation de Lénine dans « La maladie infantile du communisme. »,

    « Actuellement, les communistes britanniques trouvent souvent très difficile d’approcher les masses pour obtenir qu’elles les entendent. Si je sors en tant que communiste et appelle à voter pour Henderson (alors le leader du Parti travailliste britannique) contre Lloyd George, ils vont certainement m’écouter. Et je serai en mesure d'expliquer de manière populaire, non seulement pourquoi les soviets sont meilleurs que le parlement et pourquoi la dictature du prolétariat est meilleure que la dictature de Churchill (masqué par l'enseigne de la démocratie), mais aussi que je désire également avec mon vote soutenir Henderson de la même manière que la corde soutient le pendu. »

    Certains haïssent cette ligne de pensée. Ils veulent rejeter le terme parti « bourgeois à composante ouvrière» pour décrire le parti révisionniste et d'autres partis ‘réformistes’ et les remplacer par « petit-bourgeois ».
    Mais le terme « petit-bourgeois » soustrait évidemment le contenu « ouvrier » de la caractérisation. Malgré le fait que Lénine a constamment utilisé ce terme pour se référer au Parti travailliste, ils ne l'aiment pas du tout. La raison en est très claire. « Bourgeois-travailleur » signifie une contradiction et le dogmatique ne peut pas supporter les contradictions. Ils doivent éliminer cette terminologie afin de nier la réalité. Donc ouvrier- bourgeois devient petit-bourgeois qui devient bourgeois: la contradiction est éliminée !

    Le parti révisionniste français et le parti socialiste français sont dirigés par ceux qui sont totalement hostiles à la classe ouvrière et ce sont engagés souvent au gouvernement pour promouvoir les intérêts des capitalistes. Ils forment un gouvernement capitaliste quand ils sont au gouvernement. Mais sa base est la classe ouvrière, le peuple français. Ces partis sont toujours liés aux syndicats, les travailleurs votent pour eux; la classe ouvrière est encore capable d’exercer bien plus de pression, beaucoup plus même sur ce gouvernement socialiste qu'elle pouvait le faire sur Sarkozy, bien que cette différence se réduit comme peau de chagrin.

    De ce fait découle la nécessité pour les marxistes de travailler au sein du Parti révisionniste lorsque les conditions sont favorables. ’Cela aurait été OK à l'époque de Lénine’, laissent entendre ceux qui s’opposent à cette orientation, ‘mais aujourd'hui les choses sont différentes. La classe ouvrière n'a plus d'illusions dans le parti révisionniste ou socialiste, ils ont trahi si souvent qu'ils ne peuvent pas offrir aucune voie en avant pour la lutte’. Un argument qui a plus de la photographie que du cinéma, d’une approche dynamique.

    Malgré toutes les critique qu’on pourrait leur adresser, les partis prolétaires du passé (le Pc et le PS) on fait de leur appel pour un vote tactique de gauche et /ou républicain si on pense à l’avant XX siècle, un tremplin pour se connecter avec les masses ouvrières à leur niveau.Une classe ouvrière qui les ont soutenus comme des groupes importants (en nombre de militants). Qu’ont-ils fait avec les travailleurs qu'ils ont gagné est alors une autre paire des manches, mais ils ont la une première étape correcte. Cependant l'amère vérité est que la classe ouvrière est à un niveau encore plus bas de conscience de classe, dans un certain sens aujourd’hui que au temps de Lénine. L'espoir d'une révolution est très éloigné pour l'avant- garde des ouvriers qui n'a pas rejoint un groupe révolutionnaire ou centriste.

    Les travailleurs ont encore des espoirs dans le parti révisionniste et/ou socialiste, ou ils pensent qu'ils seront en mesure de les contraindre à faire quelques réformes ou qu'ils les feront dans d’autres conditions. Alors, si les révolutionnaires ont du mépris et du dédain pour le réformisme des travailleurs, ils vont dédaigner de travailler au sein des partis ouvriers réformistes de masse. Les plus sectaires d'entre eux dédaigneront les tentatives de construire des groupes de militants de base dans les syndicats. De tels personnes seront toujours condamnés à rester à la marge.

    Ceci ne signifie pas que nous devons devenir des entristes dans le parti révisionniste. Chaque fois qu'un groupe ou un candidat émerge à gauche avec des racines réelles dans la lutte de classes et susceptibles de développer la conscience de classe de l’avant-garde de la classe ouvrière, et les communistes révolutionnaires sont encore une infime quantité, il doit être soutenu. S’il existe suffisamment de démocratie interne au sein de ces formations, nous devrions travailler dans leur sein pour cristalliser un parti révolutionnaire d’avant-garde. Le but du travail dans le parti révisionniste, chez les démagogues de gauche, chez les réformistes conséquents, est de mettre la base contre la direction pro capitaliste, de développer la conscience de classe de la classe ouvrière et de préparer le terrain pour la construction du parti révolutionnaire d’avant-garde.

    Quelques uns parlent même d’adresser leur propagande aux ouvriers le plus arriérés de manière qu’ils puissent la comprendre.


    L’arriération de cette formulation laisse presque entièrement sans voix. Elle est erronée parce qu'elle se fait écho du niveau de conscience de simples militants syndicalistes (en fait, il se fait l'écho le plus souvent du niveau de conscience des bureaucrates syndicaux de gauche). Si seulement ils recherchaient à se faire l’écho des travailleurs marxistes alors tout irait bien. Que de temps et d’efforts un Lénine a dû passer en développements théoriques ! Rappellez vous, plus de 200 publications étudiées pour produire « Matérialisme et empiriocriticisme » dans trois villes européennes (un travail destiné à l’avant-garde-politique et idéologique de la classe) lorsque tout ce qu’il fallait vraiment c’était de s’adresser par des tirades ennuyeuses aux secteurs le plus en retard!

    D’autres parient sur l’apparition d’une conscience développées spontanée parmi les travailleurs le plus avancés, mais dans quelles usines d’automobiles, chantiers de construction, mines ou usines se trouvent ces travailleurs marxistes avancées, qui ont spontanément arrivé à cette condition heureuse? Cela doit être le secret le mieux gardé de la planète, parce que si les marxistes-léninistes pouvaient les trouver, ils auraient immédiatement embouché des trompettes et les sociologues auraient écrit des savantes thèses sur la façon qu’un phénomène aussi incroyable ait pu surgir. J'ai travaillé dans les chantiers et les usines depuis le début de mes vingt ans. Je n'ai certainement pas développé mon marxisme (tel qu'il est) « spontanément », mais j’ai dû me casser mon pauvre cerveau stupide sans pitié. Quelques-uns voudraient dire que même après tout ce que j'ai lutté il ne s’est pas développé très bien mais telle est la logique de la lutte pour la formation personnelle et le chemin du parti révolutionnaire. Je n’ai certainement jamais rencontré le phénomène décrit ci-dessus.

    Ces camarades disent :
    « Certains opposent « les militants de base » contre les bureaucrates parce qu'ils considèrent les deux comme des positions figées parmi la classe ouvrière. La contradiction de classe est entre le prolétariat et le leadership petit bourgeois. La bureaucratie syndicale, même ses secteurs les plus à gauche, n'est pas simplement une « couche » de la classe ouvrière, mais une intrusion de classe bourgeoisie qui doit être rejetée ».


    Ils opposent la direction révolutionnaire à la mobilisation des militants de base. Ce malentendu profond de la dualité de la tactique, encore une fois, de la dialectique de la lutte pour une direction révolutionnaire, la mobilisation des militants de base à se battre à l'intérieur et à l’extérieur des syndicats, n'est pas comprise du tout.

    La vérité est que la bureaucratie des syndicats (et du Parti révisionniste) font partie du mouvement ouvrier-il est en fait actuellement la direction existante -et il est le véhicule pour imposer l'austérité capitaliste et le renforcement de l’idéologie bourgeoise sur la classe ouvrière.

    Ils comprennent encore moins que quand une dynamique de lutte s’engage, tout le spectre politique, et ses dirigeants avec, se trouve poussé à gauche et ainsi, comme quand il y a une grève, on se trouvera avec surprise avec des personnes qui en période de clame apparaissaient comme des passifs ou des réactionnaires s’avérer très combatives et très à gauche, tant que la lutte durera. Il pensent en ‘mouvement zéro’ et ne comprennent rien à la dynamique de la lutte de classes et à son influence sur la conscience individuelle et de masses.

    Il faut donc pousser de la base les dirigeants ouvriers existants. Il faut mobiliser pour l'action elle-même et il faut chercher à être en position de menacer la bureaucratie, et d’appeler des actions hors de l’encadrement bureaucratique si les bureaucrates refusent de le faire. « Avec la bureaucratie quand c’est possible, contre eux en cas de besoin ». Pour être vraiment efficace, cette action doit être dirigé par les révolutionnaires qui complémenteront leur travail par une plus large propagande pour le communisme lui-même dans leur presse de parti et dans les réunions, etc., car leur travail fondamental est le travail de tribuns politiques de la classe ouvrière, menaçant ainsi le contrôle politique sur l'ensemble du mouvement syndical que la bureaucratie (dirigeants des Syndicats et des partis réformistes) ont aujourd’hui.

    Car les tactiques des petits groupes qui, en tout temps et dans tous les lieux, construisent le parti révolutionnaire par pure propagande, que proclament que l'indépendance politique de la classe est assurée si cela se crie dans la rue et en tous les temps et dans tous les lieux, qui dédaignent les idées tactiques et l'approche souple, la déclarant la forme la plus complète de la trahison de classe, ce sont ces groupes et partis en faillite complète aujourd’hui qui ont fait la preuve le long des décennies de leur inanité.

     

    Conclusion

    Pour finir, il n’est pas inutile de garder en mémoire les deux citations qui suivent qui devraient être à la base de toute la tactique communiste.

    « Le parti communiste ne peut pas remplir sa mission sans préserver complètement et inconditionnellement, son organisation indépendante –de toute autre organisation parmi ou en dehors de la classe ouvrière. Transgresser ce principe de base de la politique marxiste est commettre le plus odieux des crimes contre les intérêts du prolétariat en tant que classe » .

    Ceci est l’exposé célèbre de Lénine sur la tactique des bolcheviks dans la Douma de la Fédération de Russie

    :
    « Avant la chute du tsarisme, les sociaux-démocrates révolutionnaires russes ont fait usage répété des services des libéraux bourgeois, i.e. ils conclurent de nombreux compromis pratiques avec ces derniers ... et en même temps, ils étaient capables de mener une inlassable et impitoyable lutte idéologique et politique contre le libéralisme bourgeois et contre la moindre manifestation de son influence dans le mouvement de la classe ouvrière. Les bolcheviks ont toujours adhéré à cette politique. Depuis 1905 ils ont systématiquement préconisé une alliance entre la classe ouvrière et la paysannerie contre la bourgeoisie libérale et le tsarisme, cependant sans jamais refuser de soutenir la bourgeoisie contre le tsarisme (par exemple pendant les seconds tours des élections, ou lors des ballotages) et ils n’ont jamais cessé leur lutte acharnée idéologique et politique contre les social révolutionnaires, le parti bourgeois de la paysannerie révolutionnaire, les exposant comme des petit bourgeois démocrates qui faussement se décrivaient eux-mêmes comme des socialistes » [41].
    Notez l'importance de 1905 comme la date que Lénine a dit qu’ils ont commencé à adopter ces tactiques flexibles.

    Nous vous avons présenté ces quatre thèses sur la direction politique communiste. La crise méthodologique pointée par Lénine en1920 n'a pas été résolue et la lutte pour elle a été presque abandonnée. Il est temps de se battre et d'apprendre, de défendre et de développer la méthode de Marx et Engels, Lénine, le matérialisme dialectique, qui guide la pratique de la Méthode d’approches successives (la ligne des masses, la théorie marxiste de la connaissance) dans le travail de Front Uni.

    V.

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  • Commentaires

    1
    Gérard Bad
    Mercredi 23 Novembre 2016 à 19:41

    Voici indirectement ma réponse sur la question de la conscience, quant au suffrage universel, il faut se souvenir que Marx et Engels sont passés de la "critique des armes"a l' apologie du suffrage universel suite au massacre de la commune, ils sont indirectement responsable de la sociale démocratisation du prolétariat allemand.

    « Déjà le Manifeste communiste avait proclamé la conquête du suffrage universel, de la démocratie, comme une des premières et des plus importantes tâches du prolétariat militant, et Lassale avait repris ce point. (…)  Ils (N.d.A., les ouvriers allemands) ont transformé le droit de vote, selon les paroles
    du programme marxiste français, de moyen de duperie qu’il a été jusqu’ici en instrument d’émancipation. »

    Engels énumère les acquis de la social-démocratie allemande, tous les postes de pouvoir gagnés grâce aux multiples élections locales, régionales, nationales,professionnelles.

    « Et c’est ainsi que la bourgeoisie et le gouvernement en arrivèrent à avoir plus peur de l’action légale que de l’action illégale du Parti ouvrier, des succès des élections que de ceux de la rébellion. »

    « Il serait insensé, le révolutionnaire, qui choisirait les nouveaux districts ouvriers du 30 nord et de l’est de Berlin pour un combat de barricades. » Le progrès, c’est le progrès de l’asymétrie militaire entre l’armée et l’insurrection. Engels l’avait déjà dit, vingt cinq ans plus tôt, avant la Commune, adjurant les Parisiens de ne pas s’exposer au feu des Chassepots.

    Pas étonnant que le PCF et Marchais étaient pour "la lutte de classe sous toutes ses formes sauf la guerre civile"

    «Conscience et lutte de classe», de Tom Thomas une critique de Gérard Bad

    «Conscience et lutte de classe», de Tom Thomas Ce texte est paru dans Echanges n° 120 (printemps 2007). Conscience et lutte de classe Tom Thomas éd. Contradictions 10 euros En ligne sur : www.philosophie.org/tom/conscience.html Une crique sous forme de lettre, adressée à l’auteur en octobre 2006. Dans l’ensemble et si nous mettons la question du parti de côté, il n’y a pas dans Conscience et lutte de classe de divergences insurmontables avec nous, puisque certaines questions sont toujours en traitement à Echanges... [Lire la suite]

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