• - La lettre émouvante d'un camarade qui a quitté le PCF en 2010

    NDLR : Cette lettre est intéressante car elle retrace bien un certains nombres d'étapes de la trahison du PCF.

    Cependant elle a ses limites : par exemple sur le fait que le révisionnisme du PCF date des années 60, et surtout que l'opportunisme et les tendances social-démocrates datent des années 30 (Le fameux Front populaire qui laisse les socialistes aux commandes alors qu'ils ont trahi la cause révolutionnaire depuis la IIème internationale... et le fait que la IIIème internationale avait bien mis en garde les PC en leur demandant de prendre la direction du Front, ce que n'a pas fait le PCF).

     

     

    Lettre adressée aux Camarades : secrétaire de section du PCF de MOURENX et, secrétaire cellule PCF de MONEIN en 2010.

     

    Chers camarades,

     

    Je prends une des décisions les plus difficiles que j’ai eu à prendre dans ma vie de militant car justement elle concerne plusieurs dizaines d’année de mon engagement pour un idéal de justice sociale, de progrès et de paix, cet idéal c’est le communisme.

     

    Cet engagement, politique s’accompagne de l’engagement syndical, ils sont complémentaires et répondent aux besoins d’une énorme majorité de citoyens, bien qu’agissant indépendamment, ils ont rempli toute ma vie.

     

    Depuis mon plus jeune âge, peut-être à cause de la guerre avec son lot de malheurs et de misères, à cause aussi de la mort d’un oncle tué par les nazis en Italie, sans doute aussi parce qu’il fut nécessaire que ma famille vende une partie importante de ses biens pour rapatrier sa dépouille, certainement aussi à cause des guerres coloniales, l’Indochine, l’AFN et mes 5 année de pensionnat dans un collège ou j’ai pu constater des inégalités et des injustices intolérables, je suis donc devenu communiste.

     

    Issu d’une famille d’agriculteurs, né dans un petit village des Hautes Pyrénées, y devenir communiste fut ni facile, ni sans conséquences. Mais, j’étais fier de soutenir un grand parti qui venait de résister aux nazis, de contribuer aux énormes conquêtes sociales qui suivirent cette victoire et d’obtenir le droit de vote des femmes. Je n’avais pas encore le droit de voter mais il me tardait de pouvoir participer à cet acte démocratique et à la construction du socialisme révolutionnaire, anti capitaliste ainsi qu’à cette lutte des classes, inévitable et indispensable.

     

     

    Je me suis marié jeune, 20 ans, et j’ai eu la chance d’avoir une compagne elle aussi communiste, comme ses parents. Ensemble nous avons nourri l’espoir de créer une société de progrès, de justice et de paix, conscient qu’il faudrait résister sans relâches et savoir consentir les sacrifices.

     

    Des sacrifices nous en avons faits, inutile que j’en établisse une liste, des luttes et des manifs, n’en parlons pas, mais quel enthousiasme de lutter et d’avancer vers cet idéal. Que de rancoeur aussi de constater que nos adversaires de classe pouvaient bénéficier de «soutiens», pour ne pas dire d’une « collaboration », sournoise, honteuse, ignoble, aussi bien sur le plan politique que sur le plan syndical.

     

    Je n’oublierais jamais ce militant CFDT qui sans le moindre argument résistait à notre proposition d’occuper notre usine en mai 1968. Ne sachant plus que dire, il nous posa cette question : « OK, on occupe l’usine, on vire De Gaulle et Pompidou , et après, l’usine vous la remettez à qui, aux communistes »? Bref, des exemples je pourrais en donner d’autres.

     

    Tous démontreraient que les syndicats réformistes, CFDT, FO, CFTC, ainsi que les socialistes, qu’ils se soient appelés, SFIO, FGDS, PS, PSU, Etc. Ils ont été, ils sont avant tout et ils sont toujours, des anti-communistes et des anti-cégétistes. Ils ne recherchent qu’à nous affaiblir, à bien profiter de notre électorat, à le récupérer et à nous faire disparaître !

     

    J’ai pu « apprécier » également le rôle joué par les gauchistes en 1968 et durant les années qui suivirent.

     

    Je n’oublierais jamais ce meeting de Charléty un soir de mai 68 et l’intervention anti-communiste de cet échevelé de Cohn Bendit !

     

    Il revient maintenant sur le devant de la scène politique à la faveur de l’écologie. Il est toujours porteur de son anticommunisme viscéral. Ce Cohn Bendit, me donne la nausée, celui-là même qui avait traité de « crapule stalinienne » Aragon, ce poète romancier au talent reconnu dans le monde entier !

     

    Allons-nous nous joindre à lui aussi pour battre une droite dont il n’en est qu’un adepte tout aussi dangereux ?

     

    Je n’oublierais pas d’avantage le conflit de 1973 à l’usine Pechiney de Noguères et ce déferlement de gauchistes sur le site, les trotskyste (de Jospin), le PSU (de Rocard) et combien d’autres !!!

     

    Ils ont entraîné la CFDT hors de l’usine pour qu’elle installe son QG dans un café de Pardies. Il leur était ainsi aisé de les influencer honteusement. 56 jours de grève, un anti cégétisme outrageant et un anti communisme odieux étaient notre quotidien! Nous étions accusés des pires choses à la faveur de textes et de montages photographiques mensongers.

     

    C’est dans ce contexte que le PCF concluait le Programme Commun avec les socialistes !

    J’ai tout de suite pris peur ! Peur que le PS nous détruise si nous n’avions pas un PCF fort.

    Je construisais ma maison, moi même, je sortais de ce conflit de 1973 avec un bilan de 60 jours de grève, deux enfants scolarisés, des « fin de mois » difficiles et malgré cela nous avons décidé, mon épouse et moi-même de prendre la carte du PCF et participer à le renforcer.

     

    Bien entendu le programme commun n’a pas fait long feu, c’était à prévoir et je n’ai pas compris notre ralliement au PS entre les deux tours des présidentielles et à soutenir le candidat François Mitterrand en 1981 !

     

    Je pense que des décennies d’éducation, à accepter, à œuvrer, à nous soumettre, ont fait que je me suis rallié comme tant d’autres aux « directive » du PCF, en espérant que l’idéologie politique de la classe ouvrière pour laquelle se sont engagés nos élus et dirigeants, pouvait nécessiter de telles alliances.

     

    J’ai vite déchanté en 1983, les 180 ° de Mitterrand ont ouvert la voie de la casse industrielle et celle des délocalisations !

     

    Après avoir doté le groupe PUK d’une manne de 7 milliards de francs, après l’avoir nationalisé, après avoir placé à sa tête Georges Besse à la grande satisfaction du CNPF, après avoir décidé de moderniser l’usine de Noguères et y installer la nouvelle génération de cuves précuites qui faisait de PUK le premier mondial en technologie d’électrolyse d’aluminium, n’a –t’on pas vu subitement : F. Mitterrand ; P. Mauroy et G. Besse, s’envoler au Québec y vendre notre technologie et participer à la construction d’usines d’électrolyse, notamment à Betancourt ?

     

    A partir de ce jour, plus question de moderniser Noguères ! La mise en place d’un plan de casse des usines françaises de production d’aluminium de technologies ancienne et le démantèlement de la filière intégrée, provoquait la fermeture de plusieurs usines de production, les mines de Bauxite et de certaines fonderies….. ETC. Avec toujours une participation des communistes au gouvernement !!! Une « couleuvre » dure à avaler.

    En 1986, annonce de la fermeture de l’usine de Noguères. Les mauvaises langues diront que cette annonce fut faite alors que Chirac était premier ministre, (en « cohabitation » avec Mitterrand), préférant « oublier » que cette décision datait de 1983.

     

    La nomination de Jean Gandois à la tête de PUK, quelques semaines après cette annonce de fermeture, était pour lui un cadeau empoisonné.

     

    A Noguères : manifestations, arrêts de travail, journées portes ouvertes, blocages autoroutiers et de chemin de fer, Etc. se succédaient. L’unité syndicale, le soutien du PCF, du maire de Mourenx, ainsi que le soutien d’André. Labarrere et David. Habib, élus du PS (qui venait de perdre les législatifs, alors que, bien évidement nous les avions encore soutenus pour battre la droite), créaient un rapport des forces sans précédents. Ces élus se montraient particulièrement virulents à nous soutenir, à dénoncer les reconversions, à exiger la modernisation. Une telle unité rendait ardue la tache du PDG Gandois pour liquider Noguères !

     

    A ces difficultés venait s’ajouter l’opposition du premier directeur de l’usine de Noguères, Monsieur Michel CASTERA, (troisième dans la hiérarchie du groupe PUK). Le PDG GANDOIS devait donc préparer son terrain pour fermer notre usine !

     

    -Première mesure, il vire Michel CASTERA qui avait atteint l’âge.

     

    -Deuxième mesure, il embauche Martine AUBRY et subitement tout devient facile !

    LABARRERE et HABIB se rangent du coté GANDOIS.

     

    La CFDT du coté AUBRY !

     

    FO et CGC, seuls au coté de la CGT pour lutter, vous n’y pensez pas j’espère ? 

     

    Voila, le décor était planté, les socialistes et les syndicats « collabos » ont volé au secours du patronat et d’un PDG sympathisant du RPR !

     

    Et le Parti Communiste dans tout ça, me direz-vous ? Sur les directives de Sylvano Marian, nous avons vécu en direct sa décision de ne pas nous soutenir dans notre démarche et dans notre combat pour soutenir un repreneur qui nous permettait pourtant de faire la démonstration que l’usine de Noguères était rentable.

     

    Nous y sommes parvenus par notre lutte avec le syndicat CGT de Noguères. Aussi curieux que cela puisse paraître, le PDG de PUK ne voulant pas qu’un autre industriel de l’Aluminium s’installe en France à décidé de conserver notre usine avec les autres usines des Pyrénées. C’est Michel ROCARD à qui il annonçait cette bonne nouvelle qui lui à répondu : « Vous avez entamé son arrêt, terminez le » !!!

     

    Ces souvenirs hantent mon esprit et combien d’autre encore que je pourrais citer pour justifier mon désarroi. Ce désarroi qui me conduit à prendre une décision que je n’ai jamais imaginé devoir prendre un jour : quitter le PCF.

     

    Je n’ai pas eu le courage de dire NON jusqu'à ce jour. Mais, tout semble devoir s’éclairer pour de nombreux communistes qui n’ont pas abandonné cet idéal communiste révolutionnaire.

     

    Je crois que nos dirigeants sont plus préoccupés par leurs places que par cet idéal révolutionnaire. Sinon, comment comprendre que l’on puisse ENCORE se compromettre à faire croire que le PS ferait une politique de GAUCHE ? Lui qui était pour le TCE !! Un TCE qui a été rejeté par une large majorité de Français lors d’un référendum, avec très peu d’abstention. Un TCE qui nous est « imposé » ensuite par Sarkosy par le truchement du congrès face à ce PS qui s’abstient ou vote pour !

     

    Comment pourrions nous croire que nous allons faire une politique de Gauche, j’entends par là, une VÉRITABLE POLITIQUE DE GAUCHE, alors que c’est le PS, qui à privatisé tant et plus et qu’il à instauré ce régime présidentiel, donc le pouvoir personnel que nous subissons.

     

    Ce pouvoir qui conduit à la mise en place d’un état policier répressif ! Alors que nous avons déjà perdu en grande partie notre protection sociale, nos acquis sociaux, nos services publics, notre industrie, que le chômage s’accroît, que le pouvoir d’achat s’effondre, que 21% des emplois sont précaires, que pour accéder aux soins il faut payer des dépassements d’honoraires si ce n’est pas des « dessous de tables »… Etc. Le PS en porte aussi sa part de responsabilité.

     

    Je trouve irresponsable que l’on puisse écrire que ce taux très élevé de l’abstention au premier tour des régionales serait un désaveu de la politique de droite.

     

    Il est certes un désaveu, MAIS DES POLITIQUES DE DROITE que nous subissons depuis des décennies. Il traduit certainement, le « ras le bol », la désespérance et jette le discrédit sur toutes ces politiques d’accompagnement d’un capitalisme de plus en plus odieux et agressif depuis l’effondrement de L’URSS !  

     

    Je vois poindre, mais alors gros comme un éléphant dans un couloir, qu’en 2012 ce sera Mélenchon qui sera le candidat « révolutionnaire » à la présidentielle. Il en sera alors FINI du communisme et un retour du front de gauche au PS n’est pas à exclure ! J’aperçois aussi qu’il nous faudra voter pour DSK, patron du FMI organisateur de l’austérité dans le monde, pour faire une politique de gauche en France !

     

    Bref, être communiste est pour moi un engagement qui à guidé toute ma vie, mon combat et mon espérance, il est aussi le guide de mon épouse. Elle à du endurer tous les sacrifices, y compris d’en être licenciée ! Elle aussi décide de quitter le PCF et nous continuerons notre lutte pour l’idéal communiste.

     

    J’ai voté « Front de gauche » au premier tour des régionales, je vais m’abstenir de voter au deuxième tour, pour ne pas compromettre mon amour propre dans une démarche ou je n’adhère plus. Ce sera la première fois que je m’abstiens de voter de toute ma vie et j’espère bien que ce sera la dernière !

     

    Je suis et je reste communiste, au crépuscule de ma vie je ne vais pas m’en détourner.

    Dommage que ce parti en qui j’ai placé tous mes espoirs abandonne l’idéal communiste sans avoir le courage de le dire

     

    J’aime la liberté mais pas le libéralisme, mon «amour propre » ne m’autorise pas à renier tout un passé de militant et de sincérité. Je ne voudrais pas m’en aller avec du remord et j’espère que tout va revenir dans le bon ordre rapidement pour que je puisse renouer avec.

     

    J’ai pu me rendre compte qu’il fallait mettre des limites à cette conception de la démocratie qui consisterait à nous faire rentrer dans le rang de l’appareil, quand sa direction l’ordonne, au moment ou des difficultés surgissent pour avoir soutenu une stratégie sans avenir et en opposition aux fondamentaux de notre engagement.

     

    Voila notre réflexion, je vous la présente dans un esprit de camaraderie et de fraternité.

     

    Georges Ducasse

     

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    LIRE AUSSI :

     

    Il n’y a rien de communiste dans le modèle chinois >>

    http://nbh-pour-un-nouveau-bloc-historique.over-blog.com/2021/04/il-n-y-a-rien-de-communiste-dans-le-modele-chinois.html

     

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