• - LA QUESTION DE LA CONSTRUCTION DU PARTI

    Par notre camarade Vincent Gouysse (Extraits, avec 2 PDF à télécharger)

    Avant-propos


    - LA QUESTION DE LA CONSTRUCTION DU PARTILe mouvement marxiste-léniniste en France est né dans le courant des années 60 en réaction à la victoire du révisionnisme khrouchtchévien dans le PCUS et à l’alignement du PCF sur les révisions historiques, théoriques et politiques issues de cette trahison.

    Des tentatives de construire un parti marxiste-léniniste ont existé : PCMLF, PCRML. Elles ont échoué.

    Il existe actuellement en France (comme dans de nombreux autres pays) plusieurs groupes se réclamant du marxisme-léninisme. L’un (le PCOF) affirme être le Parti, certains espèrent sans doute devenir ce Parti, d’autres affirment contribuer à sa construction par des voies diverses, voire contradictoires (par exemple en développant leur propre groupe).


    L'éparpillement passé et actuel est néfaste au mouvement ouvrier et communiste. Il faut en découvrir les causes profondes si l’on veut éviter de reproduire les erreurs du passé qui ont produit la division actuelle
    et si l’on veut avancer efficacement vers l’unification des communistes dans un seul parti.

    Nous nous concentrerons donc d'abord ici sur la signification politique en France de l’existence d’une multitude de groupes séparés, parfois même rivaux, se réclamant du marxisme-léninisme.


    Il est facile aux communistes d’apparaître unis dans les temps de victoire ; tout au contraire, la période de défaites postérieure au triomphe du révisionnisme au sein du PCUS (b), puis celle qui a vu s’asseoir l’hégémonie de la pensée-maotsétoung au sein du mouvement luttant contre le révisionnisme soviétique, ont favorisé les divisions idéologiques et l’émiettement organisationnel du mouvement communiste et ont donc été synonyme d’un reflux vaste et durable du mouvement communiste et même plus généralement
    ouvrier.

     

    Se croyant affranchi du révisionnisme, parce s’étant opposé au khrouchtchévisme, le mouvement se
    réclamant du marxisme-léninisme se structura d’abord autour du PCMLF à la fin des années 60.
    Cependant, loin de pousser plus en avant la critique de la ligne opportuniste du PCF dont les racines
    remontaient en fait aux années 30, le PCMLF au sein duquel l’influence du maoïsme était dès le départ
    prépondérante, ne fit que reprendre la ligne déjà opportuniste du PCF des années 30-40 et du début des
    années 50, en s’efforçant seulement d’en éliminer les aspects les plus ouvertement révisionnistes et social-chauvins.


    Pour le PCMLF, la lutte contre le révisionnisme se trouva ainsi réduite à des références mortes à
    la doctrine marxiste-léniniste, sans jamais qu’il parvienne à intégrer le marxisme-léninisme comme un
    guide dans son action quotidienne. Les prétentions marxistes-léninistes du PCMLF s’effondrèrent enfin
    totalement quand vint le grand affrontement du marxisme-léninisme contre le révisionnisme maoïste.

    Le PCMLF, jusque-là en apparence uni, éclata et donna naissance à diverses organisations pro- ou antimaoïstes. Les premières ont largement décliné depuis la lutte acharnée engagée par les camarades albanais pour dénoncer le caractère mystificateur de la pensée maotsétoung, sans pour autant que les secondes n’aient réussi à occuper le terrain laissé libre.


    Il faut se rendre à une évidence : l’histoire du mouvement marxiste-léniniste en France fut marquée à
    partir de la deuxième moitié des années 70 par une tentative de lutte pour la réappropriation conséquente
    du marxisme-léninisme et pour son émancipation complète vis-à-vis de sa caricature maoïste. Cependant,
    cette réappropriation n’a pas été complète. Cette évidence nous est prouvée par plus de vingt ans de
    pratique sans résultats tangibles pour l’unité et la croissance du mouvement ouvrier à l’échelle nationale.
    On est légitimement en droit de se demander : pourquoi durant cette période le mouvement se réclamant
    du marxisme-léninisme a-t-il été incapable de progresser ?


    Nous n’avons pas l’intention ici de dresser un « procès d’organisations », ce qui ne serait de toute façon
    d’aucune utilité pour amener les camarades de ces organisations — à la base comme à la direction — à
    réfléchir sur les tâches actuelles les plus urgentes du mouvement communiste en France, mais plutôt de
    souligner certains traits persistants de l’héritage révisionniste au sein du mouvement se réclamant du
    marxisme-léninisme et que tout communiste conscient se doit de combattre. (Pour mieux mettre en
    évidence ces faiblesses, nous n’oublierons pas de les mettre en regard avec les principes léninistes qui ont
    fait leurs preuves au sein de partis ayant su conquérir et conserver le pouvoir sur une longue période.)


    Le premier constat qui s’impose donc est que :


    1° La lutte contre le révisionnisme moderne n’a pas été menée en profondeur.


    Elle s’est ramenée en fait au ressassement de références générales au marxisme-léninisme sans jamais que
    leur validité soit illustrée dans la vie pratique. C’est ce que remarquaient déjà les camarades du groupe
    L’Emancipation2 quand il critiquaient la pseudo-lutte anti-révisionniste soi-disant menée en France par les
    marxistes-léninistes dans les années 60-70. En effet, l’immense majorité des groupes se réclamant du
    marxisme-léninisme étaient incapables de pousser à fond la critique tant du révisionnisme
    khrouchtchévien que du révisionnisme eurocommuniste et maoïste. Les affrontements avaient tendance à
    prendre la forme d’affrontements scolastiques. Pire : quelques références abstraites au marxismeléninisme
    suffisaient à proclamer qu’on en avait fini avec la critique de ces courants révisionnistes !
    Pourtant, le fait qu’ils subsistent aujourd’hui, alors même que la bourgeoisie n’a plus l’utilité de les
    appuyer comme par le passé, prouve que ces courants révisionnistes n’avaient été critiqués que très
    superficiellement.


    La « lutte » contre le révisionnisme n’était en général pas rattachée de manière vivante à la réalité
    économique et sociale concrète qui l’avaient vu naître.


    Par exemple la « lutte » contre le révisionnisme khrouchtchévien n’avait aucune valeur si elle se
    contentait de dénoncer de manière abstraite « la nouvelle bourgeoisie en URSS » et si elle n’est pas
    rattachée à la critique implacable des manifestations du capitalisme restauré en Union Soviétique.
    De même, il suffisait de dénoncer la théorie des « trois mondes » et le rapprochement sino-américain pour
    dénoncer le révisionnisme chinois !

    Or les affrontements avec les débris du maoïsme démontrent que ce genre de polémique permet en fait aux révisionnistes de retrouver pied, puisqu’ils arrivent toujours à « démontrer » que cette politique n’était pas le fait de Mao mais de Deng Xiaoping, parce Deng Xiaoping était le premier à l’avoir ouvertement théorisée. Seule l’étude approfondie des théories maoïstes critiquées à la lumière d’une analyse de classes concrète de la société chinoise et du « socialisme chinois » depuis que la révolution démocratique-bourgeoise a triomphé en Chine pouvait permettre de liquider idéologiquement et de manière irréfutable (parce qu’illustrée avec des exemples concrets) le révisionnisme maoïste. Ces études n’ont en général pas été menées puisque le mouvement se réclamant du marxisme-léninisme n’avait qu’une connaissance superficielle du marxisme-léninisme.


    2° Une connaissance superficielle du marxisme-léninisme.


    « En France, l’absence de base théorique et de bon sens politique se fait généralement sentir. » (Karl
    Marx, Lettre à Kugelmann, 18/05/1874.)


    Les limites tracées par Marx caractérisant le mouvement communiste en France doivent d’abord nous
    amener à souligner la grande importance qu’il accordait à la théorie révolutionnaire. C’est également cette
    importance de la théorie révolutionnaire — c’est-à-dire du facteur subjectif — que visait Lénine lorsqu’il
    affirmait que
    «... l'absence de théorie enlève à une tendance révolutionnaire le droit d'exister et la condamne
    nécessairement, tôt ou tard, à la faillite politique. »

    L’importance accordée par les classiques du marxisme-léninisme en général à la théorie émane dans tous
    leurs travaux. Si le marxisme a pu triompher au sein du mouvement ouvrier dès la fin du 19ème siècle, si
    son développement — le léninisme — a pu rayonner lui aussi pendant un demi siècle, c’est parce que les
    chefs communistes qui ont élaboré la méthode marxiste-léniniste accordent à la théorie révolutionnaire un
    rôle éminent, au contraire des révisionnistes en général qui réduisaient — et réduisent toujours, incapables
    qu’ils sont de faire progresser la théorie — le rôle de l’élément conscient au minimum, ou lui substituent
    comme les maoïstes une « ligne de masse » miraculeuse surgissant « spontanément » de la révolte des
    masses opprimées, et capable en quelque sorte de dispenser de mener un travail idéologique réputé « long
    et fastidieux », surtout paraît-il en direction de ces « ignorants » que sont les ouvriers !

    « L'ouvrier aspire à la connaissance et à la théorie, afin de conquérir le plus rapidement possible le
    pouvoir politique et d'organiser consciemment la société communiste. Il n'a que faire de
    l'ouvriérisme et il ne partage pas les préjugés des petits bourgeois sur le prétendu
    "intellectualisme". »


    En effet, il est évident que la situation objective du prolétariat dans la société capitaliste fait apparaître
    comme une nécessité pour tout ouvrier politisé le fait de s’assimiler la théorie ; comme Lénine qui
    comprenait bien que
    « Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire. On ne saurait trop insister sur
    cette vérité à une époque où l'engouement pour les formes les plus étroites de l'action pratique va de
    pair avec la propagande à la mode, de l'opportunisme. » (Lénine, Que faire ?, OEuvres choisies en
    deux volumes, Tome I, Edition numérique, p. 82).

    Un demi siècle de pratique révisionniste ravalant la théorie révolutionnaire plus bas que terre — parfois
    au nom du primat de la « pratique » (et quelle « pratique » !!!) comme chez les maoïstes — nous
    démontre par la négative l’importance extrême de la théorie révolutionnaire et la pertinence de cette
    remarque de Lénine ! Ce dernier, traitant de la crise que traversait le marxisme russe au début du XXème
    siècle, faisait aussi remarquer que « nous avions raison de voir la cause fondamentale de la crise actuelle de la social-démocratie russe dans le retard des dirigeants (« idéologues », révolutionnaires, social-démocrates) sur l’élan spontané des masses. » (Lénine, Que faire ?, p. 111).


    Et Lénine d’ajouter un peu plus loin, toujours pour souligner l’importance extrême de la théorie
    révolutionnaire, et le fait qu’elle devait nécessairement selon l’expression de Marx « s’emparer des
    masses » pour devenir une force matérielle, que « notre tâche n'est pas de rabaisser le révolutionnaire au niveau du manouvrier, mais d'élever les manouvriers au niveau des révolutionnaires. » (Lénine, Que faire ?, p. 119).


    Tâche évidemment inaccessible à l’économisme qui tente de combler son vide théorique par une vaine
    pratique agitatrice !


    La faiblesse théorique congénitale du mouvement communiste en France — et notamment de ses
    dirigeants — a des causes objectives et subjectives.


    Les causes objectives résultent principalement de ce que la France est un pays impérialiste puissant qui
    peut donc, comme Lénine le remarquait des puissances impérialistes en général, corrompre la couche la
    mieux rémunérée des travailleurs : l’aristocratie ouvrière devient le principal paravent de la bourgeoisie,
    le principal véhicule de son influence au sein du mouvement ouvrier — principalement par la propagation
    de diverses variantes de l’idéologie réformiste entretenant des illusions chez les travailleurs sur la nature
    de classe de la démocratie bourgeoise ou la possibilité de « réformer » le capitalisme.


    Les causes subjectives, outre la perpétuation de la longue « tradition » du socialisme petit-bourgeois
    proudhonien, résultent de ce que la base sociale élargie de l’opportunisme et la démultiplication de son
    influence ont permis de liquider le parti des travailleurs d’abord parce que ses dirigeants étaient
    incapables de résister à la pression de l’idéologie bourgeoise et ont non seulement laissé pénétrer les
    conceptions petites-bourgeoises au sein du mouvement communiste, mais s’en sont même fait les
    propagateurs les plus zélés sous prétexte de « moderniser » le marxisme pour qu’il puisse « sortir de la
    crise » !

    Cela s’est traduit par exemple au sein du PCF par le processus de « mutation » qui a vu le
    complet ralliement du PCF à l’idéologie sociale-démocrate.6 Le mépris de la théorie, le rejet de tout ce
    qui était étiqueté comme du « dogmatisme stalinien », du « matérialisme grossier », voilà contre quoi
    avaient à lutter le mouvement se réclamant du marxisme-léninisme qui n’avait cependant à opposer —
    summum de la dérision — que ses mortifications prétendument marxistes-léninistes (qui effectivement
    avaient de quoi rebuter les ouvriers !), quand même les dirigeants prétendument « marxistes-léninistes »
    ne substituaient pas aux apostolats thoréziens du front populaire — et d’une manière toute aussi
    écœurante de sentimentalisme — une « ligne de masse » maoïste qui prenait elle aussi sa source au sein
    des « idées justes » émanant spontanément des masses opprimées (qu’elles soient prolétariennes ou
    petites-bourgeoises qui plus est ! Sans parler du fait qu'elles puissent être influencées par des préjugés
    petits-bourgeois)…


    Les camarades de l’Emancipation et de La voie du socialisme, bien que leurs forces fussent réduites, ont
    fourni un travail préliminaire capital pour mener une lutte conséquente contre les théories diverses et
    variées du révisionnisme moderne tout en rattachant de manière vivante cette lutte aux luttes
    quotidiennes.


    Au-delà de cet aspect essentiel, ils soulignaient déjà comment la lutte entre « pro- » et « anti-chinois »
    restait une lutte entre deux courants anti-léninistes, par exemple en démontrant que les « frères ennemis »
    avaient par delà de grandes divergences apparentes un fond de commerce commun : entre autre la
    négation du marxisme-léninisme en tant que science de la révolution, leur culte du spontané menant à
    l’économisme, et enfin leur anti-léninisme dans la question de l’unification des groupes et de l’édification
    du Parti.


    Ces problèmes se posent encore aujourd’hui à des degrés divers au sein de la plupart des organisations se
    réclamant du marxisme-léninisme et c’est pourquoi nous nous proposons de revenir rapidement dessus.

    POUR LIRE LA SUITE, téléchargez ces 2 PDF :

    Télécharger « La question de la construction du Parti.pdf »

    Télécharger « La question de la construction du parti, parlons-en.pdf »

    « - L’impérialisme, stade suprême de la famine...- Le PCF de l’époque « Thorez » était déjà révisionniste (Documents d'archives - réunion du Kominform de septembre 1947) »
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  • Commentaires

    1
    Mardi 13 Août à 23:55

     

    Bonjour, camarade!

     

    Un texte intéressant parce qu'il nous raconte, même si involontairement, du fait de toutes ces décennies passées, avant et après, la déchéance du mouvement « marxiste-léniniste » français, ou de ce qui se prétendait tel...

     

    D'aucuns, qui s'en réclament encore, de manière purement formelle, prétendent toujours que nous en serions à l' « étape des cercles »... Autrement dit, cela fait donc quarante ans qu'ils tournent en rond...

     

     

    Au fond d'un bocal rempli de sectarisme et de révisionnisme, où ils arriveront peut-être à une unité groupusculaire sur la base du social-chauvinisme type PRCF..., « nouveau CNR », c'est à dire, néo-thorezisme, clairement revendiqué par Gastaud, du reste ( https://youtu.be/iGYFDqB3BtA ), c'est à dire un retour aux sources du révisionnisme du PCF !

     

     

     

    Dans ce texte, également, V. Gouysse mettait bien en lumière la nécessité pour les ML de se grouper autour d'un journal central, tel que le préconisait Lénine.

     

     

    Aussi modeste soit-il, en fonction des moyens, c'est bien le moyen essentiel de créer un lien direct entre les militants, et entre le noyau qu'ils peuvent ainsi former et le terrain des luttes sociales !

     

     

    Dommage que V. Gouysse n'ait pas mis en pratique cette résolution lorsque l'occasion s'en est présentée... !

     

     

     

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/10/17/par-ou-commencer-lenine-sur-le-role-du-journal-nouvelle-traduction/

     



     

    Peut-être la « relecture » de son texte sur ce site lui redonnera-t-elle l'envie de revenir se confronter à la réalité du terrain... !

     

     

    A l'époque, il insistait donc également, et fort justement, sur le rôle de la théorie dans le travail militant... Effectivement, c'est ce qui permet d'avancer politiquement dans la pratique, en fait.

     

     

     

    Cela suppose une formation ML de base, actuellement inexistante : dès que l'on commence à évoquer la loi de la valeur, chapitre 1 du Livre I du Capital de Marx, on se fait traiter d' « intellectuel », de « phraseur », et on s'entend dire que l'on ferait mieux de laisser ça aux « universitaires diplômés », etc... !

     

     

    Le militant prolo devrait donc rester un ignare...

     

     

    On se demande bien pourquoi, si ce n'est pour assurer la domination des pontes révisionnistes beaux parleurs, secondés, précisément, par les dits « universitaires », quand ce ne sont pas tout simplement, les mêmes !!!

     

     

     

    Luniterre

     

     

     

     

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