• - Retour sur l’échec du rassemblement unitaire des Assises du communisme, le samedi 30 mai 2015 à Paris, pour la sortie de l’euro, l’UE et l’OTAN.

    11 Juin 2015 , Rédigé par Réveil Communiste

    Retour sur l’échec du rassemblement unitaire des Assises du communisme, le samedi 30 mai 2015 à Paris, pour la sortie de l’euro, l’UE et l’OTAN.

    Retour sur l’échec du rassemblement unitaire des Assises du communisme, le samedi 30 mai 2015 à Paris, pour la sortie de l’euro, l’UE et l’OTAN. 

    Ce jugement et cette réflexion d’un participant n’engage que l’auteur, mais je pense qu’il est largement partagé.

    Pour mémoire, les « Assises du communisme » se sont fondées le 28 juin 2013 à Gémenos près de Marseille, au cours d’une rencontre qui se tenait dans l’enceinte de l’entreprise en grève Fralib. Elles concernaient à ce moment là une dizaine d’organisations ou d’associations communistes, toutes issues de différentes générations de l’opposition révolutionnaire interne du PCF. Elles se donnaient pour vocation évidente d’unifier les communistes dans et hors le PCF. Et sur les trois journées la participation avait été très conséquente.

    Mais unifier jusqu’à quel degré de fusion ? That is the question, et cette question n’a pas été tranchée, ni à ce moment là ni depuis.

    Le rassemblement à Paris le 30 mai 2015 avait été décidé en commun dans cette perspective, pour manifester au moins la convergence essentielle des communistes sur les questions fortes des sorties de l’euro, de l’Union Européenne et l’OTAN, le 13 décembre 2014, à Vénissieux. Il s’agissait de faire apparaitre de manière unie le courant communiste qui s’était exprimé en 2005, à contre courant des lignes du groupe dirigeant du PCF, et du Front de Gauche, de plus en plus enclines à cultiver les illusions de « l’Europe sociale ».

    Une nouvelle réunion préparatoire s’est tenue à Paris le 11 avril 2015. Après de longues discussions, qui m’ont semblé je l’avoue kafkaïennes, un lieu de rassemblement a été déterminé à proximité de l’Assemblée nationale. Il y est apparu que les organisateurs étaient au moins d’accord sur une chose : ils étaient tous très pessimistes sur les perspectives de participation, et redoutaient un échec. Dans une certaine mesure ce pessimisme a fonctionné comme une prophétie autoréalisatrice.

    Pourtant cet essai de mobilisation populaire autour de la date du 10ème anniversaire du 29 mai 2005, du « Non » populaire français au Traité Constitutionnel Européen (TCE) aurait pu faire l’objet d’une préparation approfondie, longtemps en amont. Six mois pour réunir 200 personnes, bien comptées, cela pose question. Comment expliquer cette si faible mobilisation ? Le courant communiste en France, si faible soit-il, compte des milliers de participants actifs bien répertoriés.

    Le rassemblement, en soi, n’est pas en cause. Ceux qui ont participé doivent en être remerciés. Il avait une indéniable qualité politique. Une introduction de Léon Landini, des prises de paroles de Marie Christine Burricand, pour FVR-PCF, Georges Gastaud, pour le PRCF, de William Roger, pour le RCC, une déclaration commune lue par un représentant du Cercle Ouvrier du Bassin Minier Ouest, et l’animation assurée par Saïd Bouamama. Présents aussi, sans prise de parole, des représentants des Rouges Vif d’Ile de France, et d’Action Communiste Haute Normandie, ainsi que le Cercle Communiste d’Alsace. Et la Gauche Communiste. A part les Rouges Vifs 13 qui organisaient leur fête à Marseille au même moment, et qui avaient manifesté leur scepticisme dès le début, il ne manquait presque personne, et presque tout le monde se connaissait d’ailleurs.

    Mais si l’unité entre des courants variés se reflétait bien par la variété de la provenance des participants, les effectifs réunis étaient clairement insuffisants. Les « Assises », sans l’avoir jamais revendiqué, apparaissent comme un État-major sans troupes. Peut être justement faute d’avoir revendiqué ce rôle.

    Certes, le choix du lieu n’a pas été bon : aucun espace de déploiement, impossibilité d’installer de stands, ni de prolonger le rassemblement en c as de succès, aucune possibilité de défiler. Lieu inhabituel pour des militants, connoté « à droite » dans la géographie politique parisienne, comme l’est aussi le Parvis du Trocadéro, un de ces lieux choisis pour faire défiler une à une les causes inoffensives. Et ce détail symbolique montre aussi l’extrême faiblesse de ce que nous représentons, nous, en région parisienne, pour n’avoir pas su convaincre d’organiser le rassemblement Place Stalingrad.

    La volonté ne peut pas transformer un micro rassemblement de 200 personnes en manifestation de masse, avec des dizaines de milliers de participants ; mais la volonté surtout si elle se donne six mois pour agir peut certainement le faire grandir à mille ou deux mille. La volonté de réussir cette manifestation n’a pas été suffisante.

    Mais une chose facile est de constater qu’une volonté commune fait défaut, autre chose est de l’expliquer.

    Alors pourquoi ?

    Pistes de réponses :

    1 ) Nous nous sommes trompés sur la porté symbolique de la date. Le 29 mai n’est ressenti, ni parmi les militants de gauche, ni dans les couches sociales exploitées, comme une date importante, historique. Elle est sous-estimée dans sa porté politique, au motif il est vrai que l’essentiel du texte retoqué en 2005 a été voté en congrès en 2008. C’est devenu le mauvais souvenir d’un camouflet à la souveraineté populaire qui est resté sans conséquences pour ses auteurs. Mais le public n’a pas l’air d’avoir conscience qu’il s’agit véritablement d’un frein historique à la « construction européenne », un frein n’étant bien entendu pas un coup d’arrêt.

    Dans ce cas notre rassemblement n’est pas une occasion manquée, mais une fausse occasion qui ne pouvait pas porter ses fruits … et nous étions dans l’erreur depuis le début. Nous redoutions de voir la date récupérée par d’autres forces dites du « non », qu’il s’agisse des partisans « d’une autre Europe » dont le « forum des alternatives » à également largement échoué, de la droite souverainiste, de l’extrême droite même, et en fait elles ont complètement négligé d’apparaitre sur ce terrain.

    Les commémorations qui envahissent notre discours et nos pratiques n’intéressent pas les masses, c’est le moins qu’on puise dire. Et commémorer la « victoire du non » qui est un succès électoral transformé en défaite politique ne suscite pas d’entrainement.

    2 ) Le mouvement issu des Assises est d’une incroyable frilosité quand il s’agit de passer à l’action et reste divisé sur des questions centrales, sur l’appartenance au PCF, celle au Front de Gauche, sur la laïcité, et notamment sur l’importance à donner à la question nationale française. Ce n’est pas tant une question identitaire qui mesurerait l’attirance plus ou moins forte pour le tricolore, mais une question d’analyse de situation : dans quelle proportion la France est elle encore une nation impérialiste, ou en voie de devenir une colonie d’un nouveau genre?

    3 ) La crise interne à la CGT a bloqué beaucoup d’énergies. La bataille feutrée en cours dans la grande confédération ouvrière passe en priorité. Beaucoup de militants communistes qui sont aussi des militants syndicaux semblent redouter d’être diabolisé à la simple idée d’être associé avec des groupes stigmatisés au choix comme nationalistes, « staliniens », « islamo-gauchistes » ou même pire.

    4 ) Le plus important restant le fait que les « Assises » n’ont pas su se créer une direction et un bureau efficace, articulant l’autonomie des participants et l’unité d’action et de communication. La dénomination même d’« assises » ne porte aucun message politique et ne suscite aucun désir d’en être.

    En conséquence la journée n’a pas été le succès que certain espéraient. Mais elle a tout de même eu le mérite d’exister. Ne serait-ce que parce que son échec relatif mais réel impose aux participants des « Assises » un effort de clarification, et aussi de se donner des objectifs moins modestes.

    C’est aussi un signal d’alarme qu’il faut entendre pour une autocritique générale : si nous ne pouvons déplacer que 200 militants, dans une entreprise commune censée être préparée depuis 6 mois, cela signifie peut être que les fameuses « Assises » ne sont qu’une forme vide de contenu, et une illusion qui contribue à la stérilité du moment, un spectre d’Internet, un « rien » qui fait croire qu’il y a un « quelque chose » dehors qui lutte et qui se bat pour nous et qui nous endort dans une fausse sécurité.

    GQ, 11 juin 2015

    Animateur du blog "Réveil Communiste" et rédacteur en chef de la revue "Unir les Communistes"; membre de la section du PCF du XXème arr de Paris et du réseaux "Faire Vivre et renforcer le PCF"

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  • Commentaires

    1
    Mardi 16 Juin 2015 à 14:06

    Entre 2005 et 2015, il y a la crise de 2008, qui a évidemment fait passer au second plan la question "européenne". Un autre évènement, la "fuite", réellement courageuse, d'Edward Snowden, même si elle n'a pas soulevé les foules, a révélé la puissance "mondialisée" de l'impérialisme US, et la faiblesse du "cartel" UE. Le conflit au Donbass et en Ukraine, la crise grecque, etc..., achèvent de souligner son incohérence.

    La signification politique de la victoire du NON et de sa confiscation ne sont certainement pas oubliées, mais relativisées dans ce contexte.

    En faire un sujet de mobilisation populaire était évidemment "suicidaire" d'un point de vue simplement progressiste. Il fallait vraiment une bonne dose d'aveuglement social-chauvin pour lancer ce projet de manif "unitaire" (...du social-chauvinisme?).

    Non seulement le résultat n'est pas vraiment inquiétant, mais il devrait au contraire être salutaire comme point de départ pour ceux qui veulent réellement utiliser le marxisme-léninisme comme outil d'analyse et comme guide pour l'action.

    "... une question d’analyse de situation : dans quelle proportion la France est elle encore une nation impérialiste, ou en voie de devenir une colonie d’un nouveau genre?"

    "Et/ou?" ...ou plutôt: "et/et"? Le double caractère, à la fois encore impérialiste de premier plan, par son rang économique et financier, même si en voie de recul considérable, et ses sinistres interventions militaires tous azimuts, et à la fois inféodé à l'impérialisme US, par ces mêmes liens financiers et militaires, est une évidence dialectique perçue par le commun des mortels, même très dépolitisé... Évidence qui aurait du amener à remettre les contradictions au sein de l'Europe à leur vrai place...

    Ce fiasco était donc tout autant prévisible qu'évitable. Il ne résulte pas d'un mauvais concours de circonstances ou des lacunes éventuelles de la préparation, mais d'un choix politique, qu'il faut assumer jusqu'au bout, comme certains n'hésitent pas à le faire, maquillant cet échec en "succès", ou bien en changer radicalement, ce qui est évidemment préférable!

    Luniterre

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