• - Un peuple désarmé sera toujours vaincu !

    Par Bruno Guigue (Avec un commentaire du camarade GB, une réponse d'un membre du PRCF  suivi de la réponse du camarade POL)

    - Un peuple désarmé sera toujours vaincu !La République espagnole croyait à la démocratie parlementaire, et Franco a instauré sa dictature. Salvador Allende croyait à la démocratie parlementaire, et on a eu Pinochet. Evo Morales croyait à la démocratie parlementaire, et un coup d’État l’a chassé du pouvoir. Illustrations parmi tant d’autres d’une loi de l’histoire : face à des loups, ne jamais faire l’agneau.

    Comme les expériences précédentes, celle de Morales n’était pas sans défauts, mais elle était prometteuse. Aucun gouvernement latino-américain, dans la période récente, n’avait obtenu de tels résultats : forte croissance, redistribution des richesses, recul spectaculaire de la pauvreté.


    La Bolivie est le pays d’Amérique latine qui a la plus faible proportion d’illettrés après Cuba et le Vénézuéla. Or ces avancées sociales, fondées sur la nationalisation des compagnies gazières, sont précisément ce qui a scellé le sort d’Evo Morales.

    Un président indigène qui travaille pour les humbles, voilà le scandale auquel il fallait mettre un terme. Assoiffée de vengeance, la bourgeoisie bolivienne a réussi à interrompre une expérience progressiste soutenue par les couches populaires.

     

     

    Afp - Jorge Bernal

     

    Ce triomphe provisoire de la réaction suscite évidemment des questions redoutables. Comment le gouvernement légal de ce pays a-t-il pu subir, en toute impunité, l’incendie des maisons de ses propres ministres ? Comment le président élu de cet État souverain a-t-il dû quitter le pays, visiblement sous la menace ?

    Malheureusement, la réponse saute aux yeux : cette humiliation du pouvoir légitime par les bandes factieuses n’a été possible que parce qu’il était désarmé. Les chefs de la police et de l’armée boliviennes, dûment formés à « l’École des Amériques », ont trahi le président socialiste. Ils ont cautionné le coup d’État perpétré par la sénatrice d’un petit parti d’extrême droite qui s’est auto-proclamée présidente, brandissant une Bible de dix kilos, devant une assemblée sans quorum !

    Le président légitime Evo Morales a préféré l’exil à l’effusion de sang, et ce choix est respectable. Mais il ne dispense pas d’une réflexion sur les conditions de l’exercice du pouvoir lorsqu’on entend changer la société.

    Le contraste avec le Vénézuéla est frappant. Tenté à Caracas, le même scénario a échoué lamentablement. Malgré la crise économique qui frappe le pays, l’armée vénézuélienne a résisté aux menaces et aux tentatives de corruption inouïes en provenance de Washington.

    Cette fidélité de l’appareil militaire à la République bolivarienne est le mur qu’elle dresse contre les menées impérialistes. Mais elle n’est pas le fruit du hasard : militaire chevronné, Chavez a tout fait pour rallier l’armée, et Maduro a retenu la leçon. Le patriotisme anti-impérialiste est le ciment idéologique de la révolution bolivarienne.

    Appuyée par une milice populaire d’un million de membres, cette force armée éduquée aux valeurs progressistes protège la République. C’est pourquoi la bourgeoisie inféodée à Washington a tenté d’assassiner Maduro, après avoir voulu le renverser lors d’une tentative de putsch grand-guignolesque.

    © Librairie Tropiques

    Pour parvenir à ses fins en politique, disait Machiavel, il faut être à la fois « lion et renard », faire usage de la force et de la ruse en fonction des circonstances. Mais pour faire usage de la force, encore faut-il en avoir. Aussi positive soit-elle pour la majorité de la population, une politique progressiste suscite toujours la haine recuite des possédants. Cette haine de classe, véritable passion triste des privilégiés cramponnés à leur prébendes, ne tarira jamais.

    Il faut le savoir, et se donner les moyens de l’empêcher de nuire. Dans les conditions effectives du combat politique, ce qui détermine l’issue finale n’est pas la pureté des intentions, mais le rapport de forces. Face à la coalition de la bourgeoisie locale et de l’impérialisme, les progressistes n’ont pas le choix des armes : il faut qu’ils les prennent, l’idéal étant évidemment de ne pas avoir à s’en servir, en comptant sur la faible propension de l’adversaire au suicide héroïque. Pour exercer cet effet dissuasif, il faut avoir des milliers de volontaires lourdement armés et prêts à défendre la révolution au péril de leur vie.

    Afp.com - Aizar Raldes

    C’est sans doute un effet collatéral de la passion de la gauche contemporaine pour les élections, mais il semble qu’on ait oublié la formule de Mao : « le pouvoir est au bout du fusil ». La naïveté devant la cruauté du monde mène rarement au succès, et le désarmement unilatéral est une forme d’immolation volontaire. On a sa conscience pour soi puisqu’on rejette la violence, mais cette noble attitude a pour inconvénient de réduire considérablement son espérance de vie.

    Si l’on veut inscrire son action dans les faits, et rester en vie pour y parvenir, il vaut mieux renoncer à la « vision morale du monde », comme disait Hegel, et regarder la réalité en face. Le pacifisme dissuade rarement la bête féroce, et il n’y a pas de bête plus féroce que cette bête humaine qu’est la classe dominante ébranlée dans son assise matérielle, minée par la trouille de perdre ses avantages, et prête à tout ensevelir pour échapper au tribunal de l’histoire.

    Sans armes, le peuple sera toujours vaincu, et ce n’est pas un hasard si les seules expériences révolutionnaires ayant abouti à une transformation effective de la société ont doublé l’outil politique d’un outil militaire.

    On peut toujours discuter de la nature et des limites de cette transformation. Mais si la Révolution française a mobilisé les soldats de l’An II, Si Toussaint Louverture, qui a conduit la première insurrection victorieuse d’esclaves noirs aux colonies, était d’abord un général de la Révolution, si la Révolution russe a créé l’Armée rouge, qui a vaincu les Blancs soutenus par quatorze nations impérialistes, puis les hordes hitlériennes à l’issue d’un combat titanesque, si la Révolution chinoise doit son succès en 1949 aux victoires militaires de Zhu De autant qu’aux idées de Mao, si la République socialiste du Vietnam a fini par vaincre l’appareil militaire des Etats-Unis, si le socialisme cubain doit sa survie à la victoire inaugurale contre l’impérialisme remportée en 1961 à la Baie des Cochons, c’est qu’il y a une constante vérifiée par l’expérience historique : des armes, oui, ou la défaite.

     

     

    Si seulement l’on pouvait s’en passer, bien sûr, on le ferait. Mais le camp adverse laisse-t-il le choix ? Ceux qui à Washington sabotent l’économie des pays en développement qui cherchent à s’émanciper de la tutelle occidentale, leur infligent des embargos meurtriers, financent des bandes factieuses, manipulent des opposants fantoches, importent le chaos et la terreur, ces bêtes féroces laissent-elles le choix à leurs victimes ?

    Si Cuba socialiste ne s’était pas murée dans la défense intransigeante des acquis de la révolution, si Castro n’avait pas tué dans l’œuf toute velléité d’opposition manipulée par la CIA, le peuple cubain aurait-il aujourd’hui le meilleur système de santé et le meilleur système éducatif d’Amérique latine ?

    En réalité, la voie électorale choisie par les partis progressistes est honorable, mais elle se heurte aux contradictions de la démocratie formelle. Il est naïf de croire que l’on va transformer la société en obtenant une majorité parlementaire. Car dans les conditions objectives qui sont celles d’une société capitaliste, la partie n’est pas loyale.

     

    On sait bien que la bourgeoisie contrôle l’économie et a la main sur les médias, mais on pense qu’on va convaincre le peuple de se rallier au socialisme. On mise alors sur le dévouement des militants pour contre-balancer l’influence des riches qui possèdent les moyens d’information et corrompent des pans entiers de la société pour asseoir leur domination. Mais peut-on citer un seul endroit où ce scénario idyllique s’est jamais réalisé ?

    Cette noble démarche relève d’une croyance naïve à l’objectivité du jeu démocratique en pays capitaliste. Cette fable est à la politique ce que le roman à l’eau de rose est à la littérature. Car pour ébranler le pouvoir de la classe dominante, il faut d’abord accepter d’être minoritaire, puis élargir sa base sociale en nouant des alliances, enfin frapper le fer tant qu’il est chaud. La compétition électorale est l’un des instruments de la conquête du pouvoir, mais il n’est pas le seul. Et l’armement des classes populaires, pour un mouvement réellement progressiste, n’est pas une option parmi d’autres, c’est une condition de survie.

     

    La constitution de cette force armée populaire ne servirait à rien, toutefois, si l’on ne s’attaquait pas d’emblée aux sources de l’aliénation : les médias de masse. Apparemment, la plupart des médias boliviens appartiennent encore à la bourgeoisie-colon. Autant jouer aux cartes en acceptant de confier tous les atouts à la partie adverse !

    Or poser la question de la propriété des moyens d’information, c’est aussi poser la question de la propriété des moyens de production, les médias n’étant en réalité que les moyens de production de l’information.

    Pour inverser le rapport de forces, et assurer le succès de la transformation sociale, on ne peut donc éviter d’arracher les moyens de production, y compris les moyens de production de l’information, des mains de la classe dominante. Faute d’atteindre ce point de bascule, l’échec est assuré. « L’État, disait Gramsci, c’est l’hégémonie cuirassée de coercition », c’est-à-dire l’idéologie dominante appuyée sur la force militaire, et réciproquement. C’est tout aussi vrai d’un État populaire, dont la conquête par les forces progressistes vise à transformer la société au profit des humbles.

    Source : http://www.librairie-tropiques.fr/2019/11/un-peuple-desarme-sera-toujours-vaincu.html

     

    Un commentaire du camarade GB :

    Si Marx a écrit "l'arme de la critique ne saurait remplacer la critique des armes" lui et Engels en son revenu après le massacre des communards "Mais l'histoire nous a donné tort à nous aussi, elle a révélé que notre point de vue d'alors était une illusion. Elle est encore allée plus loin : elle n'a pas seulement dissipé notre erreur d'alors, elle a également bouleversé totalement les conditions dans lesquelles le prolétariat doit combattre. Le mode de lutte de 1848 est périmé aujourd'hui sous tous les rapports, et c'est un point qui mérite d'être examiné de plus près à cette occasion." préface de Engels "Les luttes de classes en France" puis il va rabattre les révolutionnaires vers les urne, pas étonnant que le PCF allait déclarer "la luttes des classes sous toutes ses formes, sauf la guerre civile" la révolution du bulletin de vote de Mélenchon ..

    "Mais en utilisant ainsi efficacement le suffrage universel le prolétariat avait mis en œuvre une méthode de lutte toute nouvelle et elle se développa rapidement. On trouva que les institutions d'État où s'organise la domination de la bourgeoisie fournissent encore des possibilités d'utilisation nouvelles qui permettent à la classe ouvrière de combattre ces mêmes institutions d'État. On participa aux élections aux différentes Diètes, aux conseils municipaux, aux conseils de prud'hommes, on disputa à la bourgeoisie chaque poste dont une partie suffisante du prolétariat participait à la désignation du titulaire. Et c'est ainsi que la bourgeoisie et le gouvernement en arrivèrent à avoir plus peur de l'action légale que de l'action illégale du Parti ouvrier, des succès des élections que de ceux de la rébellion.

    Car, là aussi, les conditions de la lutte s'étaient sérieusement transformées. La rébellion d'ancien style, le combat sur les barricades, qui, jusqu'à 1848, avait partout été décisif, était considérablement dépassé." Engels

    Le démenti, allait venir avec la révolution russe, la guerre d' Espagne, et surtout de la Révolution Allemande dans un contexte de sortie de guerre, la gauche allemande va reprendre le flambeau de la lutte directe contre le parlementarisme, les syndicats, la démocratie...

    Tout cela pour en arriver à te dire, que la question de l' armement est bien loin d'être négligeable, d'autant  que les révoltes se font toujours réprimées régulièrement par des massacres ...

    C'est d'ailleurs pour cela que je me lance dans une étude de fonds sur les complexes militaro-industriels.

    Sur le même sujet : LE COUP D’ÉTAT EN BOLIVIE : 5 LECONS >> http://www.raina-dz.net/spip.php?article1784

    -------

    Une réponse d'Antoine Manessis, membre du PRCF :

     [ndlr : Réponse typique des révisionnistes - Commentaire du camarade POL : "La « réponse » de Manessis à cet l’article « Un peuple désarmé sera toujours vaincu ! » est révisionniste à 100% et révèle bien l’électoralisme et la ligne de la « voie pacifique au socialisme » des kroutchéviens du prcf."]

    Le très intéressant article de Bruno Guigue publié dans le Grand Soir Le peuple désarmé sera toujours vaincu pose la question de l'armement du mouvement populaire  au sens premier du terme. Armement qui serait nécessaire pour défendre la révolution ou faire aboutir le processus révolutionnaire. Bruno Guigue cite même Mao-Tsé-Toung en exergue de son papier "Le pouvoir est au bout du fusil". 

    B. Guigue semble penser que "la passion de la gauche pour les élections" désarme le peuple. Il cite deux exemples historiques, la République espagnole et Salvador Allende, qui "croyaient" en la démocratie parlementaire, et un exemple dans l'actualité, le cas de Morales en Bolivie. Bien entendu si le but de cet article est de répéter, après des milliers d'autres, que les classes privilégiées n'abandonnent pas leurs privilèges sans lutte, on serait enclin à dire que l'ami Guigue enfonce des portes ouvertes. Mais essayons de pousser la critique.

    La République espagnole a combattu les armes à la mains. C'est le choix de classe anti-communiste des gouvernements britannique et français ("plutôt Franco que le Frente Popular") et non la démocratie parlementaire qui est responsable de la défaite. Sans oublier, mais ce fut plus marginal, le maximalisme étroit des trotskistes du POUM et l'irresponsabilité "anti-autoritaire" des anarchistes, ce qui n'exclue pas le courage de la plupart d'entre eux. Erreur d'analyse donc, nous semble-t-il, de B. Guigue, qui consiste à accabler les Républicains d'un vice qu'ils n'avaient pas et du coup absoudre les vrais responsables de la défaite.

    Salvador Allende et les partis de l'Unité Populaire (UP) avaient pour leur part parfaitement conscience du danger de coup d’État fasciste. Même le MIR (Mouvement de la gauche révolutionnaire), qui prônait la lutte armée depuis sa fondation en 1967, soutenait Allende. Après le putsch Pinochet/Kissinger, le PC Chilien et le MIR menèrent quelques opérations militaires mais ils furent décimés par la DINA (en 1976 lors de l'opération Calle Conferencia). 

    Régis Debray, dans un livre d'entretiens avec le président chilien, raconte qu'à ses exhortations en faveur de l'armement des travailleurs, Allende lui répond : "Régis, combien d'ouvriers faut-il pour arrêter un char ?".  Question intéressante, loin des postures... Soulignons amicalement qu'il n'est pas très sérieux de parler de "croyance en la démocratie parlementaire" ou de "naïveté" en parlant de camarades de l'envergure de Salvador Allende ou de Luis Corvalan, secrétaire général du PC Chilien. 

    D'autant que dans l'Amérique Latine des années 1960, le débat fait rage sur les formes que doit prendre la lutte révolutionnaire : violence armée inévitable - l'exemple cubain et la théorie du "foco" (foyer) sont au centre des débats - ou alliances larges qui ouvrent une voie pacifique au socialisme ? Les controverses atteignent leur paroxysme au milieu de l’année 1966, lors de la publication d’une lettre ouverte signée par des écrivains cubains accusant Pablo Neruda, militant communiste de longue date, de complaisance avec l’ennemi. Cette lettre est une attaque des castristes dirigée contre le PC chilien engagé dans le processus qui mènera à la victoire d'Allende et qui reflète les désaccords à l’intérieur du marxisme latino-américain.

     

     

    Les Cubains évolueront d'ailleurs puisqu'en août 1970, quelques semaines avant le scrutin chilien qui verra la victoire d'Allende, Fidel Castro se prononce publiquement en faveur de  "l’option des urnes" choisie par la coalition d’Allende, l’UP. Le PC chilien mettait en garde dès 1960 ceux qui voulaient "appliquer mécaniquement l’expérience cubaine au Chili, alors que les conditions à Cuba sont très différentes et que l’ampleur du mouvement des travailleurs confirme la possibilité d’un développement pacifique vers la Révolution".

    En 1963 Corvalan écrit : "La voie pacifique est une forme de révolution". Il prône l’établissement de coalitions, sans cette "vaste unité il n’y a pas de révolution possible", dit-il.  Les points de vue divergents se rapprochent pourtant et Fidel déclare "Sans aucun doute, dans ce cas précis, au Chili en 1970, le socialisme peut gagner avec une victoire électorale". Quant aux capacités militaires concrètes de la gauche, C. Altamirano, secrétaire général du PS chilien, raconte  : "Il n’y a pas eu entre les militants communistes, socialistes, MAPU et MIR plus de 1 500 “militaires” avec une formation minimum. Qu’est-ce que je nomme “formation militaire minimum” ? Simplement la capacité de tir avec des armes légères."

    Appeler à la lutte armée dans ces conditions, c'eut été appeler à un massacre plus grand encore. Le verbalisme révolutionnaire guerrier, très éloigné de sa véritable capacité politico-militaire, s'est brisé sur la réalité du rapport de forces politiques. Pour les Cordons Industriels la presse militante a vite fait, comme toujours, de prendre ses désirs pour la réalité. En aucun cas les Cordons ne pouvaient résister à l'armée. Surtout, n'oublions jamais que l'UP ne fut jamais majoritaire et que le rapport des forces réel n'était pas si favorable.

    Corvalan a justement noté que le sectarisme de certains secteurs de l'UP et le manque de travail politique d'explication en direction de l'armée ont joué un rôle dans la défaite ainsi que le refus des mêmes secteurs de l'UP à l'organisation d'un plébiscite que l'UP aurait sans doute perdu mais qui aurait "désarmé la machine factieuse". Le rôle de la Démocratie-Chrétienne, son influence sur la moyenne et petite-bourgeoisie, fut particulièrement nocif.

    Ce n'est pas pour rien qu'Enrico Berlinguer, secrétaire général du PC italien, élabora sa stratégie de "Compromis historique" après la défaite de l'UP chilienne. Il cherchait une réponse, qu'il ne trouva pas, à une situation qu'il constatait bloquée : à savoir que 51 % des voix ne permettait pas d'isoler la grande bourgeoisie et lui laissait une base de masse suffisante pour se lancer vers des actions violentes contre le mouvement populaire.

    C'est bien là qu'est le nœud de la question : plutôt que le fusil (où et comment s'en sert-on face à une véritable armée ?) c'est la masse en lutte qui est la force décisive. D'où la nécessité de forger un front si large et si déterminé qu'il rend la violence contre-révolutionnaire inopérante. D'ailleurs n'oublions pas le fiasco d'Ernesto "Che" Guevara en Bolivie, qui a donné raison au PC bolivien et a calmé les ardeurs des partisans de la lutte armée.

     

    S. Allende et L. Corvalan

     

    Quant à Evo Morales ce n'est pas une "passion" pour la démocratie représentative qui est à l'origine du putsch, mais une contre-offensive au niveau continental de la part de l'impérialisme étasunien. Morales, et avec lui toutes les forces progressistes en Amérique Latine, ont suffisamment payé pour savoir qu"ils sont "loin de Dieu et proche des États-Unis" et de son gros bâton, le "big stick" cher au président Théodore Roosevelt. Evo a perdu une bataille mais le peuple bolivien n'a pas perdu la guerre. Mais nous devons retenir que c'est le basculement de l'armée dans le camp contre-révolutionnaire qui a permis aux marionnettes de la CIA de prendre le pouvoir et qu'au Venezuela, c'est au contraire la fidélité de l'armée qui a sauvé Chavez, puis Maduro. Et, un peu de réalisme, non pas le peuple en arme. Le peuple a évidemment pesé dans le rapport de forces mais le rôle de l'armée fut central. Cette situation est le résultat d'une politique et d'une histoire (Chavez était issu de l'armée). 

     

    Il ne s'agit pas de proclamer l'armement du peuple pour être en situation de le réaliser. Ni de croire que l'absence de lutte armée veut dire l'absence de lutte. La vraie question politique c'est qui isolera qui. C'est la bonne évaluation du rapport de forces entre le camp populaire, le plus large possible, et ses adversaires. La lutte armée ne peut évidemment pas être exclue d'office. Il y a même des circonstances qui la justifie pleinement. Mais elle n'est pas plus inéluctable que tout autre phénomène social et politique.

    Ce sont les circonstances historiques qui permettent de trancher. La Tchécoslovaquie devient socialiste à la suite du "Coup de Prague". Il n'y a pas eu de lutte armée. Parce que l'Armée rouge, qui avait libéré le pays, était présente, parce que le rapport international des forces permettait aux communistes de s'emparer du pouvoir. A contrario les communistes grecs qui menèrent une lutte armée acharnée et héroïque officiellement de 1946 à 1949 (en fait dès 1944) sont écrasés pour les mêmes raisons qu'en Tchécoslovaquie mais inversées : la Grèce est dans la sphère d'influence impérialiste et ce sont les armées anglaises puis étasuniennes qui interviennent de façon décisive dans le conflit.

    La question n'est donc pas d'affirmer dogmatiquement que "Le pouvoir est au bout du fusil". Mao précisait d'ailleurs lui-même dans ce même texte, relativisant son aphorisme : "En Chine, la forme principale de la lutte, c'est la guerre, et la forme principale de l'organisation, c'est l'armée. C'est en cela que réside les différences entre la Chine et les pays capitalistes". Le pouvoir est donc au bout du rapport des forces politiques, sociales, idéologiques, internationales et nationales. Il réside dans la capacité des prolétaires de prendre la tête d'un bloc hégémonique que les révolutionnaires pourront opposer aux contre-révolutionnaires. Les bolchevicks s'emparent du pouvoir non parce qu'ils ont des armes mais parce qu'ils se font les porteurs des revendications du peuple qui est armé du fait de la guerre et qui du coup les soutient. D'ailleurs, Lénine lui-même n'excluait pas le passage pacifique au socialisme.

    Le fusil ne règle rien. Affirmer que "le pouvoir est au bout du fusil" n'apporte aucune réponse au marasme de la gauche. Au contraire craignons que notre discours ne se radicalise parallèlement à notre relative impuissance politique, un peu par compensation...

    Quant au culte de la démocratie parlementaire...il y a bien longtemps que notre peuple, en s'abstenant massivement aux élections, a relativisé cette question. Ce qui manque aux élections c'est un projet progressiste alternatif pour mobiliser les classes populaires. Ce qui a permis à la droite au Brésil, en Grèce, en Italie et ailleurs de gagner c'est l'abstention massive des classes populaires, légitimement déçues par des politiques dans le meilleur des cas mi-chèvre, mi-choux et nous savons, au moins depuis Saint-Just, que "Ceux qui font des révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau".

    .

    Je finirai sur un accord avec Bruno Guigue concernant les médias. Il y a là un front que nous sous-estimons. Non seulement il faudra exproprier les capitalistes qui tiennent 95 % des médias de masse, mais faire en sorte que ceux-ci soient socialisés. Ce qui ne veut pas dire qu'un "comité du Parti" dirige les journaux. Mais que des collectifs de travailleurs de la presse (journalistes, ouvriers, techniciens, etc) et des lecteurs, auditeurs, téléspectateurs, usagers, gèrent les journaux (papier, télé, radio, informatique...) pour qu'ils puissent exprimer les expériences, les débats, les propositions, les attentes du monde du travail et des classes populaires.

    Nous en sommes aujourd'hui non pas à combattre les analyses de l'adversaire de classe et à proposer les nôtres mais à essayer de faire connaître... les faits. Si demain ou après-demain un gouvernement progressiste parvenait au pouvoir, la libération des médias de la tutelle du capital sera prioritaire.

     

    Antoine Manessis (http://nbh-pour-un-nouveau-bloc-historique.over-blog.com/2019/11/reponse-a-bruno-guigue.html)

    « - Transition Anticapitaliste : Marxisme ou trotskysme il faut choisir !!- Exploitation de l'Homme par l'Homme, capitalisme, socialisme... »
    Partager via Gmail Yahoo!

    Tags Tags : , , , , , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :