• - Une force au service du Capital : la social-démocratie !

    Une force au service du Capital : la social-démocratie !

    L’élection de François Hollande et les législatives qui ont suivi, ont vu la social-démocratie revenir au premier plan institutionnel : avec une constitution anti-démocratique (et cela ne cesse de s’aggraver depuis 1958 !) qui organise le pouvoir personnel du Président de la République, une majorité à l’Assemblée Nationale, et pour la première fois au Sénat, le PS contrôle les éléments clefs de la représentation du pouvoir. La représentation seulement, car le pouvoir réel lui reste aux mains de l’oligarchie financière et des monopoles. 

    Dans cette configuration il n’est pas inutile de s’arrêter, une fois de plus, sur la nature historique du social-démocratisme, pour déterminer la position du mouvement révolutionnaire permettant d’ouvrir des perspectives à la classe ouvrière et ses alliés. Et ce dans un contexte de crise du système capitaliste d’une profondeur telle qu’elle exclu toute étape intermédiaire à son renversement .



    A la fin du XIXe siècle la social-démocratie internationale, dans le cadre de la seconde internationale, semble unie autour des découvertes de Marx et d’Engels. 


    Le mouvement révolutionnaire semble monter en puissance partout en Europe. Sauf en Grande Bretagne ! 
    Engels avait magistralement analysé les raisons de cet exceptionnalité britannique dès le milieu du siècle dans son livre sur la classe ouvrière en Angleterre : grâce à sa puissance coloniale tirant des richesses fabuleuses de l’Inde et exportant ses pauvres dans ses colonies de peuplement (Australie, Canada…), à sa place de première puissance économique mondiale, la bourgeoisie britannique avait constitué une aristocratie ouvrière composée de la masse des ouvriers qualifiés, à qui elle redistribuait une partie (infime mais conséquente) des surprofits engendrés et à qui elle concédait, sous la pression des luttes ne le perdons pas pour autant de vue, des droits exclusif : libertés syndicales, retraites, assurances et mutuelles, mais aussi le droit de vote. 


    Cela permettait de diviser la classe ouvrière entre cette aristocratie et la masse des travailleurs non qualifiés. Sur cette base les Trade-Unions défendaient exclusivement les « privilèges » de leurs adhérents et des catégories qu’ils représentaient. 


    Pour eux l’objectif n’était pas une révolution qui mettrait fin à l’exploitation capitaliste et contribuerait à l’émancipation des peuples colonisés, mais de réformer le système capitaliste britannique pour que les travailleurs y trouvent une place « décente » . 


    C’est pour y parvenir plus facilement que les Trade-Unions se retrouvèrent au côté de « sectes » socialisantes pour fonder le Labour Party (ou travailliste, traduction non satisfaisante d’ailleurs), parti définissant le socialisme comme une attitude morale visant à une succession de réformes sociales et politiques assurant aux travailleurs un niveau de vie minimum et, mais c’est nous qui le rajoutons, … des profits juteux aux capitalistes ! Car il était bien clair qu’il n’était pas question de les faire disparaître. 


    Et d’ailleurs le Labour, ne se distinguait pas dans plusieurs domaines du programme du parti Libéral, le parti de la bourgeoisie industrielle et de la banque. Ses adversaires révolutionnaires le caractérisaient d’ailleurs comme un parti ouvrier libéral, un parti socialiste en parole et libéral dans les faits.


    En y regardant de plus près cependant la situation dans les partis sociaux-démocrates n’était pas aussi simple qu’une simple approche idéologique le laissait supposer. 


    Avec les transformations impérialistes du capitalisme de la fin du XIXe la situation de la classe ouvrière anglaise avait tendance à gagner le continent. 


    En 1898 Bernstein publie son ouvrage "Les prémisses du socialisme". Il y avance la thèse du « mouvement est tout, le but (le socialisme) n’est rien. » 


    Pour lui les réformes sociales, mises en place par Bismarck, introduisaient le socialisme peu à peu. Certes il y avait encore beaucoup à faire mais la lutte syndicale, relayée par l’activité des élus du SPD devait y palier. 
    Pour la première fois dans un parti se réclamant du marxisme, le renversement du capitalisme n’était plus désigné comme la tâche du parti. 


    L’ouvrage fit scandale. Au Congrès du Parti Bernstein n’obtins pas 5% des mandats ! Les meilleurs militants du parti firent une critique radicale de ses thèses, en particulier Rosa Luxemburg qui reprit l’analyse de Engels sur l’aristocratie ouvrière et fustigea la bureaucratie syndicale. 


    Au même moment le mouvement socialiste français, qui de plus ne s’était pas remis réellement de la défaite de la Commune, connait une crise politique qui est du même genre. 


    En 1899, des élus socialistes comme Viviani et Aristide Briand soutenus par Jean Jaurès dans un premier temps, acceptent de rentrer dans un gouvernement « républicain » et pro-dreyfusard, contre la « droite réactionnaire », au côté d’un ministre de la guerre « républicain », qui avait participé au massacre des communards ! 


    Mais finalement ce n’est pas ce révisionnisme en lui-même qui fut véritablement significatif du pourrissement affectant les rangs de la social-démocratie, car à la différence du Labour en Angleterre, l’aile droite de la social-démocratie devait compter sur l’expérience des travailleurs et l’enracinement d’un certain nombre des analyses de Marx et Engels, même si c’était souvent de manière dogmatique et formelle. 


    Ce qui fut significatif, c’est l’apparition d’un courant conciliateur, qui sera qualifié de centriste, et qui au nom de l’unité des socialistes va refuser de rompre avec les branches pourries qui étaient apparues. 
    Ce courant est parfaitement représenté par Kautsky. Il apporte une critique des thèses révisionnistes pour, dans le même temps, refuser de rompre organisationnellement avec lui. 


    Et ce courant est particulièrement important chez les parlementaires et les élus : on garde le discours révolutionnaire, mais dans la réalité on gère, on « fait pression » sur la bourgeoisie, on « engrange des acquits », et peu à peu ce discours devient vide, et dans les faits « le mouvement est tout, le but n’est rien ». 


    En France Guesde accepte l’unification avec Jaurès sur cette base. 


    Soulignons d’ailleurs que ce qui nous semble simple aujourd’hui, ne l’était pas pour autant pour les militants de l’époque. 


    Le parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie, où depuis 1903 se mène une lutte intense entre bolchéviques et menchéviques, connaît une scission en 1912 entre les éléments liquidateurs et les révolutionnaires. 
    Les bolchéviques non seulement n’ont pas empêché la scission, mais ils ont voulu aller jusqu’au bout dans la clarification ! Or l’aile gauche de la social-démocratie allemande, dont Rosa Luxemburg, ne comprend pas l’attitude de Lénine et des bolchéviques accusés d’être les scissionnistes ! 


    Pourtant dans les congrès internationaux les « gauches » s’unissent pour que les résolutions soient autre chose que des généralités, notamment sur la question qui prend le pas sur toutes les autres : celle de la guerre.


    Une trahison de classe.


    C’est justement la guerre qui éclate en 1914 qui est l’événement fondamental qui va bouleverser le mouvement ouvrier et socialiste révélant au grand jour plusieurs choses :


    • Les discours grandiloquents des dirigeants sociaux-démocrates sur l’opposition à la guerre et la révolution n’étaient là que pour donner le change aux travailleurs, alors que dans la réalité, non seulement on refusait de prendre tout risque face à la répression, mais en fait les dirigeants sociaux-démocrates, comme les dirigeants syndicaux, soutenaient les objectifs de guerre de leur propre bourgeoisie. 


    Par la même ces « socialistes » apportaient leur soutien à leur bourgeoisie impérialiste et à ses objectifs de domination dans l’espoir de tirer des miettes des surprofits pour le compte de l’aristocratie ouvrière et de sa bureaucratie. Ainsi ils rejoignaient le Labour qui après la guerre devait rejoindre la deuxième internationale.


    • Ce ralliement à l’Union Sacrée (la nation au dessus des classes) fut loin d’être anodin, et à l’opposé des assurances comme quoi, après la guerre, on verrait ce que l’on verrait : en France les socialistes entrèrent au gouvernement comme ministres du travail, de la production de guerre, c’est à dire des postes visant à contrôler la classe ouvrière et à la mobiliser dans l’effort de guerre. 


    En Allemagne, le SPD vota l’exclusion de Liebknecht du groupe parlementaire et la levée de son immunité parlementaire, ce qui équivalait à le jeter en prison. 


    C’est cette réalité que dénonçait l’expression « Sociaux - traitres », socialistes en parole mais traitres à leurs engagements solennels de s’opposer à la guerre par tous les moyens. 


    Il est significatif que cette expression déclenche les ricanements et les sarcasmes des opportunistes et révisionnistes de tous poils qui y voient comme dans un miroir leurs propres turpitudes.


    • Le développement impérialiste du capitalisme avait dans tous les pays capitalistes permis la constitution d’une aristocratie ouvrière qui tout en étant victime de l’exploitation, profitait peu ou prou des retombées de l’exploitation coloniale, de l’exportation des capitaux et du partage des zones d’influence. 


    La bourgeoisie monopoliste ne donnant rien sans rien, les miettes du festin nécessitaient de se battre pour les obtenir, ce qui avait conduit à la constitution d’organisations syndicales et socialistes, avec leurs élus, mais qui reflétaient les intérêts matériels de cette « aristocratie » et engendraient une forte bureaucratie qui n’avait aucune intention de prendre le risque d’affrontement de classe susceptible de remettre en cause ses positions. 
    Au contraire, cette dernière aspirait à se voir reconnue et à intégrer la bourgeoisie.


    • La social-démocratie avait changé de camp. De courant prolétarien, révolutionnaire, elle était devenu un élément du dispositif de la bourgeoisie monopoliste pour maintenir sa domination sociale et l’exploitation, une force ralliée au libéralisme (au sens de courant politique exprimant les intérêts du grand Capital) ; une force contre-révolutionnaire, comme allait le révéler aux yeux du monde la politique de la social-démocratie allemande dès la fin de la guerre de 14 : écrasement de la révolution spartakiste avec ordre d’assassiner Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht et tous les dirigeants du tout nouveau KPD, gouvernement de gestion du capitalisme et d’aggravation de l’exploitation de l’ensemble des travailleurs, vassalisation à l’impérialisme américain et britannique, avant de se faire les complices des hordes nazis, y compris contre son propre intérêt, avant 1933. 


    Incontestablement la social-démocratie allemande a joué un rôle moteur, allant jusqu’au bout de ses reniements. 
    Mais en fait dans la foulée de celle-ci, tous les partis n’ayant pas rompu avec les pratiques opportunistes de la Seconde Internationale, et à plus forte raison ceux compromis par l’Union Sacrée, devaient suivre le même chemin : les Autrichiens derrière la phrase de gauche, les Italiens du PSI étouffant le mouvement révolutionnaire puis capitulant devant le fascisme, le parti Suédois comme la SFIO de Léon Blum, fidèles gérants du capitalisme. 


    Mais la Social-démocratie n’a pas seulement jouée un rôle « passif », se contentant de diviser la classe ouvrière et de gérer, quand la bourgeoisie lui permettait d’aller au gouvernement. Elle a participé activement à la recherche de solutions pour sauver le capitalisme en crise après 1929 en liaison avec les secteurs les plus réactionnaires de la bourgeoisie. 


    Ses racines dans l’aristocratie ouvrière — qui associait ses intérêts à ceux du capitalisme en échange de concessions sociales considérées comme irréversibles — quand dans le même temps elle développait dans les secteurs les moins conscients de la classe ouvrière et les plus fragiles, la politique du moindre mal, de la petite réforme contre « le tout ou rien » attribué aux révolutionnaires, la corruption matérielles de ses cadres expliquent aussi la complaisance de secteurs entiers de la social démocratie avec l’aspect démagogique du fascisme. 


    En France ce fut le courant de Marcel Déat, avec de fort soutien dans l’appareil syndical de la CGT. S’il fut exclu de la SFIO, il n’en demeure pas moins que la majorité des députés socialistes en 1940 voteront les pleins pouvoirs à Pétain et participèrent à la collaboration. 


    Il ne s’agit pas de problèmes individuels, mais bel et bien de courants en profondeur, structurés, comme le montre le parti socialiste de Belgique, conduit par Henri De Man et son courant planiste, qui ne furent épargnés à la libération que par leur inféodation, après Stalingrad et parfois plus tard, aux Etats Unis !


    • Pour que la classe ouvrière puisse mener sa tâche historique, il était donc indispensable de reconstruire le mouvement ouvrier sur ses bases (syndicats, partis) mais en rupture avec la dérive des années précédentes. 
    Le parti bolchévique, par ses positions de rejet de l’Union sacrée, du centrisme qui refusait la rupture avec l’opportunisme et le révisionnisme, et évidemment par son rôle dirigeant dans la révolution prolétarienne en Russie, permit cette reconstruction, avec la IIIe Internationale et la création des Partis Communistes.


    Certes dans l’entre-deux guerre la social-démocratie continuait à se réclamer du marxisme . Mais c’était de manière purement formelle et par démagogie pour tenter d’empêcher les travailleurs et la jeunesse de rallier le communisme. 


    Il est vrai que cela a pu aider ponctuellement à la politique des communistes. Mais ce n’était pas l’essentiel : la question de fond c’était comment, la vague révolutionnaire étant retombée, opposer la base sociale d’appui de la social-démocratie à son appareil politique, et rallier les masses qu’elle influençait à la révolution. 


    C’est Lénine dans "la Maladie Infantile du Communisme", qui traita cette question de manière théorique et politique. 
    Et il est significatif qu’il n’y aborde non seulement jamais la référence « au marxisme » des Partis sociaux démocrates, mais qu’au demeurant toute une partie de sa démonstration sur la nécessité du Front Unique, repose sur l’analyse de la situation en Grande-Bretagne et sur la tactique que les communistes devraient y tenir face au Labour, un parti que ne s’en est jamais réclamé ! 


    Mais l’analyse de Lénine n’est pas une Ode à l’Unité à retrouver : c’est à partir de la trahison de la social-démocratie, s’interroger sur comment faire pour affaiblir et battre les réformistes, qui ne sont pas des alliés mais des adversaires, en faisant prendre conscience aux travailleurs qui leur font confiance que la social-démocratie les conduit à l’échec et au renforcement de l’exploitation. 


    Pour Lénine le Front Unique n’est pas l’union des communistes et des socialistes, mais il vise à l’unité des travailleurs jusque là influencés par le réformisme, avec leur camarades révolutionnaires sur les positions de ces derniers. 


    Les communistes ont certes remportés des succès dans cette politique (Front Populaire, résistance anti-fasciste), mais comme le souligne un texte récent du Parti Communiste de Grèce, ils n’ont pas pu, ou pas su, à partir de ces succès définir une orientation posant la question de la révolution comme la tâche principale à réaliser.


    Avec la crise, chronique, que connaît le Capitalisme, il revient aux communistes, comme hier, de conduire les masses à comprendre que seule la Révolution socialiste peut y mettre un terme, que la social-démocratie, le réformisme en général, participe pleinement de la domination du capital monopoliste même si c’est sous une forme « de gauche », dont le contenu se réduit pour l’essentiel à des réformes dites « sociétales » qui ne changent rien à la condition d’existence de la masse des travailleurs ou des mesures d’assistanat aux plus pauvres pour leur faire supporter l’insupportable. 


    Le PS, la social-démocratie, n’est pas une force de changement, mais une force de conservatisme social, appelé à trahir ses engagements, ses promesses électorales, car celles-ci n’ont d’autres fonctions que de leurrer les victimes de l’exploitation pour les enrôler sous la bannière de leurs exploiteurs. 


    Et aujourd’hui il faut prendre en compte que les forces qui prétendent être une alternative et la « gauche de la gauche », procèdent de la même démarche qui de l’adaptation conduit à l’intégration avant de devenir des supplétifs. 


    Il est significatif qu’à son 28e congrès, la direction du PCF ait décidé de considérer que les sociaux-démocrates avaient échoué dans leur politique pour construire le socialisme (et elle ajoutait comme les communistes !), niant la trahison de classe de 1914 et sa suite logique : la social-démocratie a sauvé le capitalisme de la débâcle aussi bien en 1918 qu’en 1948. 


    Il n’a jamais été question pour elle d’autres choses si ce n’est de tromper les travailleurs. 
    C’est au nom de cela qu’elle s’est opposée aux luttes de libération nationale, tout en conservant des liens avec elles pour préserver l’avenir, qu’elle s’est rallié au parapluie US pendant la guerre froide, qu’elle a soutenu et soutien l’Union européenne et l’OTAN, et qu’elle appuie les politiques militaristes contre les Etats qui revendiquent leur indépendance. 


    En niant cette réalité la prétendu gauche de la gauche, contribue à maintenir les illusions sur la social-démocratie et donc sur le capitalisme lui-même. 


    La dernière illustration en est la campagne fielleuse et mensongère contre le KKE et pour la promotion de Syrisa, dernier avatar s’il en est de l’opportunisme conduisant à la social-démocratie.


    Maurice Cukierman Membre du CN de l'URCF

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