• - Une seconde critique du livre "L'Évangile de la philosophie et de la révolution"

    La première critique portait sur l'aspect philosophique


    Celle-ci porte sur le "Syndicalisme révolutionnaire"


    L'intérêt de ces critiques est avant tout de remettre les pendules à l'heure sur ce qu'est réellement le Marxisme-Léninisme, tellement il a été galvaudé.

    Par notre camarade WH :

    Concernant le syndicalisme révolutionnaire, ce n'est ni plus ni moins que du réformisme.

     

    A l'époque de Karl Marx, les ouvriers se syndiquaient au début pour la lutte économique isolée, puis ils ont fini par lutter pour maintenir les organisations elles-mêmes, c'est à dire que le syndicat devenait un outil non plus d'ouvriers isolés contre des capitalistes, mais d'une classe toute entière.

    C'est en ce sens que l'organisation pouvait atteindre des objectifs politiques, mais qui lui venaient nécessairement du dehors (les partis). Voir le dernier chapitre de Marx dans Misère de la philosophie. Lénine a plus tard insisté lourdement sur la distinction entre organisations des ouvriers (syndicats, lutte économique) et organisation des révolutionnaires (parti, lutte politique et théorique).

     

    A l'époque de l'impérialisme, la corruption et l’embourgeoisent de catégories de travailleurs change complètement la donne. Lénine fustige la minorité de travailleurs privilégiés (qui sont les syndiqués en fait), il note déjà à cette époque que la grande masse n'est pas syndiquée et que c'est sur elle qu'il faut s'appuyer. Voir Lénine, L'impérialisme et la scission du socialisme.

     

    Le syndicalisme révolutionnaire est donc en porte à faux avec Lénine, mais aussi avec Marx. Il ne tient compte ni de la nécessité d'une organisation politique qui ne soit pas une organisation de masse, ni du rôle et de la nature des syndicats à l'époque impérialiste, il ne saurait y avoir de syndicat propre et gentil dans l'impérialisme et la corruption généralisée de certaines couches de travailleurs.

    La tactique du marxisme à l'époque de l'impérialisme exige précisément d'aller vers les travailleurs qui ne sont pas dans les syndicats, sur la couche la plus pauvre.

    ---

    Il y a un autre problème, sur la confusion entre matérialisme et idéalisme qui apparaît dès le début du livre. La société serait basée sur des idées, c'est ce qui revient en permanence. Le fait est que le matérialisme historique affirme exactement l'inverse : les idées, idéologies, religions, etc. (superstructure) sont produites par la base économique (infrastructure). Si Jimmy Dalleedoo passe par là, je lui dirais de lire ou relire L'idéologie allemande de Marx.

    ---

     

    Par notre camarade TML :

    Deux points importants dans cette approche critique:

    __Avec le développement de l’impérialisme, les syndicats, dans leur très grande majorité, sont devenus des officines stipendiées de collaboration de classe. Même lorsqu’ils font mine de se tenir « fermement » du côté des revendications sociales urgentes et des luttes qu’elles suscitent, c’est généralement pour les conduire dans l’impasse, ce que l’on a vu avec la lutte contre la « réforme »-rabotage des retraites, puis avec la lutte contre la loi El Khomri.

    __Le fait est que les syndicats ne représentent plus, pour l’essentiel, que l' »aristocratie ouvrière » et une frange minime de salariés plutôt proche des classes moyennes, même si en voie de paupérisation. La très grande majorité des prolétaires les plus pauvres ne sont pas syndiqués et ne se considèrent pas vraiment représentés par les syndicats actuels.

     

    Et pourtant la lutte pour le droit syndical est une des plus anciennes formes de lutte de classe et a été déterminante pour l’apparition de la conscience de classe. Elle représente une base de survie économique de la classe ouvrière, et en tant que telle, elle ne peut pas être complètement abandonnée. Pour autant, peut-on parler de « syndicalisme révolutionnaire » à un moment ou à un autre de la lutte de classe? Cela suppose que le syndicalisme représente par lui-même une perspective politique révolutionnaire, or, dès l’origine, ce n’est pas sa fonction ni sa vocation, et encore moins, aujourd’hui!

    Sa fonction essentielle reste d’unir les travailleurs autour de leurs revendications immédiates les plus urgentes, et c’est déjà une avancée considérable lorsqu’il y arrive.

    Toutefois, l’action syndicale ne permet pas une intervention politique systématique sur tous les sujets, et encore moins, suffisamment radicale, quant au fond.

    De plus, le souci d’unité, dans une organisation de masse, tend à tirer le niveau de conscience moyen précisément au niveau moyen, au mieux.

    Le mouvement ouvrier révolutionnaire ne peut renaitre sans un noyau réellement ML autour duquel pourra se reformer une avant garde efficace.

    C’est l’influence du noyau qui peut aider les éléments les plus avancés à se former en avant-garde. Ce noyau doit nettement apparaître comme cellule communiste ML. Son action est donc nécessairement différente de celle du syndicat, et dans un premier temps, elle s’exerce surtout de l’extérieur de l’entreprise, par exemple comme cellule locale ou de quartier, intervenant sur l’entreprise en aide et renfort des militants qui s’y trouveront nécessairement isolés, au début, y compris au sein des syndicats.

    Le combat pour la reconquête des directions syndicales n’est donc pas vital, en réalité. Le syndicat est d’abord le cadre dans lequel exercer une action légaliste, même si « de lutte de classe » dans l’esprit.

    N’importe laquelle des structures existantes peut faire, selon les circonstances, et sinon on peut en former encore d’autres. Dans les années 80, l’auteur de ces lignes a eu l’occasion de contribuer à l’organisation d’une « Association Ouvrière » qui s’était constituée en substitut d’un syndicat CGT local gravement atteint par la corruption, au point d’être devenu inopérant, de par le fait, pour sa fonction première. Les statuts, très courts, stipulaient que l’ensemble du personnel était membre de droit, sans avoir à payer de cotisation. En pratique cela fonctionnait sur la base des AG aux ateliers municipaux, effectivement ouvertes à tous. Une simple collecte de dons modestes à chaque fin d’AG suffisait à en couvrir les besoins matériels. Ses statuts, tels quels, étant régulièrement déposés, elle avait légalement les mêmes droits qu’une section syndicale autonome et pouvait se présenter aux élections de délégués au CTP, obtenant 12,5% des voix de l’ensemble du personnel communal, soit, en réalité, la quasi-totalité du personnel ouvrier, qui avait donc un titulaire élu pour défendre ses revendications.

    Peut importe le cadre, donc, l’essentiel est d’utiliser au mieux les droits syndicaux existants, et pour ce qu’ils peuvent apporter d’utile à la lutte de classe, sans se substituer au rôle d’une organisation politique, qu’ils ne pourront jamais remplacer, en fin de compte, ni sans trahir leur fonction réelle, ni sans trahir la lutte politique elle-même, in fine!

     

    Post-scriptum: l’observation faite par le camarade WH concernant la démarche idéaliste proposée par l’auteur, qui la revendique « à moitié », en quelque sorte, est évidemment caractéristique, même si flagrante, ici, de la démarche fondamentalement idéaliste de la « gauche » et même de l' »extrême-gauche » française, et cela depuis de trops longues décennies déjà… Cela fait partie des combats idéologique que nous avons entrepris de manière très clairement affirmée sur TML, ces derniers mois, en commençant par cette republication critique d’un article de LGS:

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/08/21/1973-2017-leffondrement-ideologique-de-la-gauche-francaise/

    Cette question revient, évidemment, à propos de l’état de division chronique de l' »extrême-gauche » française, y compris supposée « ML »…

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/09/01/de-lunite-communiste-comme-processus-dialectique/

    https://solydairinfo.wordpress.com/2017/09/03/nous-ne-sommes-rien-soyons-tout-mais-dabord-soyons-unis/

     

    Mais cette démarche a des racines anciennes, y compris au cœur du mouvement ML international:

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/08/18/doctobre-a-la-chute-de-lurss-problematique-du-rapport-de-force-et-de-la-superstructure/

     

    Mais surtout, à l’occasion du Centenaire d’Octobre, ce principe marxiste de base est également rappelé en préambule:

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/10/01/1917-2017-octobre-est-la-et-si-le-bolchevisme-etait-encore-une-idee-neuve/

     

    Et il est également résumé de manière schématique ici:

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/09/24/definition-of-base-and-superstructure-core-concepts-of-marxist-theory/

     

     

    « syndicalisme révolutionnaire » ou politique prolétarienne ML ?

    Le débat continue…

    Avec ce post reçu du camarade WH :

    Concernant les syndicats, je faisais référence au texte de Lénine, L’impérialisme et la scission du socialisme, où il disait :

    « L’un des sophismes kautskistes les plus répandus consiste à se référer aux « masses ». Nous ne voulons pas, prétendent-ils, nous détacher des masses et des organisations de masse ! Mais réfléchissez à la façon dont Engels pose la question. Les « organisations de masse » des trade-unions anglaises étaient au XIX° siècle du côté du parti ouvrier bourgeois. Marx et Engels ne recherchaient pas pour autant une conciliation avec ce dernier, mais le dénonçaient. Ils n’oubliaient pas, premièrement, que les organisations des trade-unions englobent directement une minorité du prolétariat. Dans l’Angleterre d’alors comme dans l’Allemagne d’aujourd’hui, les organisations ne rassemblent pas plus de 1/5 du prolétariat. On ne saurait penser sérieusement qu’il soit possible, en régime capitaliste, de faire entrer dans les organisations la majorité des prolétaires. Deuxièmement, et c’est là l’essentiel, il ne s’agit pas tellement du nombre des adhérents à l’organisation que de la signification réelle, objective, de sa politique : cette politique représente-t-elle les masses, sert-elle les masses, c’est-à-dire vise-t-elle à les affranchir du capitalisme, ou bien représente-t-elle les intérêts de la minorité, sa conciliation avec le capitalisme ? C’est précisément cette dernière conclusion qui était vraie pour l’Angleterre du XIX° siècle, et qui est vraie maintenant pour l’Allemagne, etc.

    Engels distingue entre le « parti ouvrier bourgeois » des vieilles trade-unions, la minorité privilégiée, et la « masse inférieure », la majorité véritable ; il en appelle à cette majorité qui n’est pas contaminée par la « respectabilité bourgeoise ». Là est le fond de la tactique marxiste ! »

    Voilà comment Lénine exposait la tactique juste sous l’impérialisme : aller vers les travailleurs non syndiqués et non la minorité privilégiée (ou qui s’accroche à ses privilèges en perdition).

    Tu dis : « Sa fonction essentielle reste d’unir les travailleurs autour de leurs revendications immédiates les plus urgentes, et c’est déjà une avancée considérable lorsqu’il y arrive. »

    A l’heure actuelle, aucune « revendication immédiate » ne peut aboutir, strictement aucune. Il n’y a rien de « tangible » à « gagner », la seule alternative est la révolution socialiste, il n’y en a aucune autre, et aucune revendication immédiate, « concrète » n’a un sens aujourd’hui.

    – A l’époque de Marx, la lutte économique préparait la lutte politique et la révolution. Elle était déjà assez corporatiste, mais était incontournable pour préparer la lutte de classe, c’est à dire la lutte politique.
    – A l’époque de l’impérialisme, la « lutte » économique n’est plus qu’un système de distribution de la corruption, de l’embourgeoisement du prolétariat, elle empêche la lutte politique, elle détourne de la voie révolutionnaire et se rattache au contraire à la défense de l’impérialisme, au social-chauvinisme.
    – A l’époque actuelle, où notre impérialisme se délite et où les « acquis sociaux » qui étaient attachés, sombrent avec, la lutte économique devient en plus inutile et totalement réactionnaire.

    Par conséquent, les marxistes doivent à l’heure actuelle, non pas espérer quoi que ce soit des syndicats, mais au contraire :
    – démystifier les « acquis sociaux »,
    – s’adresser aux travailleurs qui ne sont pas syndiqués,
    – sur le plan théorique, défendre les principes du marxisme,
    – sur le plan politique, démystifier la « démocratie » bourgeoise.

    Quant à savoir quelles formes prendront les organisations de prolétaires dans l’avenir, nous ne pouvons pas savoir pour l’instant. Ce qui est certain est que les syndicats actuels vont disparaître. Donc plutôt que de s’associer à leurs lamentations, nous devons les dénoncer et nous appuyer sur ce qui grandit et non sur ce qui meurt.

    *********************************

    Notre réponse :

    Concernant l’approche fondamentale de la situation, ton analyse est juste, mais concrètement, tu en fais une application dogmatique, comme si tu n’avais pas d’expérience réelle de la vie en usine où même dans une entreprise de service ou de commerce où se trouve également le prolétariat aujourd’hui. En effet, à en juger par cette affirmation péremptoire :

    “A l’heure actuelle, aucune « revendication immédiate » ne peut aboutir, strictement aucune. Il n’y a rien de « tangible » à « gagner », la seule alternative est la révolution socialiste, il n’y en a aucune autre, et aucune revendication immédiate, « concrète » n’a un sens aujourd’hui.”

    Dans la vie d’une entreprise, il y a quantité de sujets de revendications matérielles, sur les conditions de travail, les horaires, les cadences, l’hygiène, la sécurité, etc… qui font l’objet de conflits quasi permanents, même si pas toujours exprimés, et donc sont l’enjeu de rapports de force, sur le terrain, entre patrons et prolétaires.

    Si les communistes ne sont pas capables d’intervenir sur ce terrain, il ne sont pas davantage crédibles sur le plan politique.

    La lutte de classe au quotidien commence par ce type de résistance. Le cadre syndical, en tant que droit acquis par la résistance des luttes antérieures, permet de continuer ce combat, et en abordant les revendications plus générales, de montrer la nécessité de leur donner une dimension politique qui permette leur réalisation à terme, dans la construction démocratique d’une alternative prolétarienne anticapitaliste.

    Il y a donc une synergie à construire entre la résistance au quotidien, qu’elle qu’en soit la forme, syndicale, associative ou autre, et l’organisation politique qui intervient précisément pour élever le niveau de conscience en éclairant par des explications plus analytiques la véritable orientation à donner à la lutte de classe, celle de la révolution socialiste prolétarienne.
    Sinon, se contenter d’encourager la FI comme le propose le camarade Viriato, ou d’attendre une sorte de “passage obligé” par un gouvernement FN, comme tu le proposes également, de ta part, pour faire avancer les consciences par l’expérience de l’échec, cela équivaut à une nouvelle forme de spontanéisme, en pratique.

    La conscience ne naît pas spontanément de l’expérience de l’échec, que ce soit celui du réformisme, de la social-démocratie “de gauche” ou social-chauvine, genre PRCF, ou même du social-fascisme, Lepéniste ou autre.
    Au moins pire des cas, ces échecs ne prennent leur vrai sens que si les ML ont déjà commencé à construire le noyau de la résistance prolétarienne et sont capables d’amorcer une contre-offensive politique.

     

    Et le spontanéisme, comme tu le sais, est aux antipodes du ML. Vérité que l’on ne peut passer à la trappe, même en isolant, ici ou là, telle citation coupée de son contexte et de la réalité de son époque.

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